‹ Histoire de la philosophieChapitre 240 sur 397 · I6td, oh. XYIII · texte numérisé non relu

I6td, oh. XYIII

plus étendu que le droit naturel de chacun. Or, personne n'a sur soi-même ni sur les autres ce pouvoir absolu et arbitraire que Hobbes avait imaginé. Par exemple, je n'ai pas le droit de m*ôler la vie ni de vous Tôter ; je n*ai pas le droit de me mettre en esclavage ni de vous y réduire. Le pouvoir législatif, qui n'est institué que pour défendre nos droits, ne devra pas davantage tuer ou asservir. « Les lois de nature, dit Locke, subsistent tou- . « jours comme des règles éternelles pour tous les hommes, pour les « législateurs aussi bien que pour les autres. » Ainsi le pouvoir législatif n'a d'autres droits que ceux qui appartiennent naturellelement à chaque associé, et il a pour unique domaine la déclaration et la protection de ces droits sous forme de lois.

Des règles analogues sont applicables au pouvoir exécutif; mais Locke les déduit avec moins de force, et y mêle plus d'une erreur.

En instituant le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif, nous avons vu que la nation ne se démet point de son droit de souveraineté ; reste à savoir ce qui arrivera si, en fait, tes mandataires de la nation auxquels est remis le pouvoir, soit législatif, soit exécutif, violent leur mandat et veulent confisquer à leur profit les droits de la nation 7 — Par cette conduite, dit Locke, les mandataires du pouvoir rétablissent l'état de nature entre eux et les citoyens : car il n'y a plus de tiers à qui on puisse s'adresser pour résoudre la question ; il n'y a plus d'autorité commune qui puisse juger le conflit. Or, dans cet état de nature, l'appel à la force redevient légitime, par la faute de ceux qui ont rompu le lien social qu'ils étaient chargés de maintenir. Locke, songeant à la révolution d'Angleterre, déduit de ces principes le droit naturel^ sinon légal, de révolution, comme suprême ressource d'un peuple opprimé. Le but de cette révolution du peuple, ditil, c'est de substituer au pouvoir législatif qui usurpe un pouvoir législatif nouveau : la fin n'est donc pas la rébellion, mais au contraire l'institution de la loi véritable. Les vrais rebelles sont ceux qui ont violé leur mandat et, par le fait, déclaré la guerre à leurs mandataires ; celui qui a employé le premier la force contre le droit s'est mis par là même en état de lutte avec celui qu'il attaquait : dès lors, selon Locke, tous les engagements sont rompus, et tout autre droit cesse hors Ij droit de légitime défense (i).

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