Essai, eh. XVIII
Cependant, qui jugera si le prince et les législateurs passent rétendue de leur pouvoir T II n'y a point de tiers. — Locke répond que le juge en dernier ressort, c'est celui en qui réside la souveraineté, c'est-à-dire le peuple. « Car, dit-il, qui est-ce qui pourra « mieux juger si Ton s*acquitte bien d'une commission que celui e qui Ta donnée T Certainement Dieu est le seul juge de droit. m Mais cela n'empêche pas que chaque homme ne puisse juger « pour soi-même et décider si un autre homme s'est mis en état
' a de guerre avec lui, et s'il a droit d'appeler au souverain juge, « comme fit Jephté. En un mot, c'est à la partie offensée de juger o pour elle-même. (1) » Ne l'oublions pas, en effet, selon Locke,
' l'état de nature a recommencé par la violation du pacte social. Un tel droit de résistance n'existerait pas si le pouvoir législatif de la nation était organisé de telle sorte, par le suffrage universel, qu'elle pût toujours faire entendre sa voix pacifiquement et modifier régulièrement sa constitution ; mais, en rd)sence du droit universel de suffrage, ou lorsque ce droit est violé, Locke déclare qu'en fait le droit naturel de résistance tient la place des droits légaux qui font défaut au peuple.
Les rapports de l'État et de TÉglise sont étudiés par Locke dans ses Lettres sur la tolérance: ces rapports se réduisent, selon lui, à la séparation réciproque. L'État a en vue la vie terrestre; l'Église, la vie céleste (2). Nous appartenons par la naissance à notre patrie, mais non à notre Église : nous n'y entrons qu'en nous y associant volontairement (3). « Tout le pouvoir civil n'a rapport qu'aux « intérêts civils, se borne aux choses de ce monde, et n'a rien à a faire avec le monde à venir. » Comme la société civile n'est point fondée sur les intérêts de l'Église, les lois de l'État ne doivent avoir aucun égard à la foi religieuse. Il ne peut êti*e question, dit Locke, d'un État « chrétien » : la foi ne peut pas exclure du droit. Le principe de l'État est que chacun doit jouir de tous les droits qu'il reconnaît aux autres : il convient donc que l'État tolère toute espèce de culte extérieur. La superstition et l'incrédulité peuvent ne pas être sans péché ; mais l'État n'a pas à punir les péchés, à moins qu'ils ne lèsent les droits d'autrui (4). Il faut d'autre part que l'Église se gouverne elle-même dans tout ce qui