Livre I, chap. VI
V. Voir noire «tudc sur ta Théorie de l'État dans la Revue des t)eux^ Mondes (1879).
chose arbitraire et comme une armure extérieure dont ou puisse se dépouiller, car nous ne pouvons nous dépouiller de notre personnalité même ni renoncer à ôtre respectés: le droit est inaliénable. La liberté enfin, principe du devoir et du droit, n'est pas \ine chose arbitraire, mais la condition ou plutôt l'essence même de la moralité : la liberté est inaliénable (1).
Outre que le contrat d'aliénation proposé par Hobbes et Grotius est immoral, il est contradictoire par essence, c G*est une « convention vaine et contradictoire, dit Rousseau, de stipuler « d'une part une autorité absolue, et de l'autre une obéissance « sans bornes. N'est-il pas clair qu'on n'est engagé à rien envers « celui dont on a droit de tout exiger? Et cette seule condition, « sans équivalent, sans échange, n'entraine-t-elle pas la nullité « de l'acte?» Lecontrat, en effet, n'a de valeur que comme échange; si l'un est tout et l'autre rien, il n'y a plus d'échange, il n'y a plus de contrat. Celui qui se priverait de ses droits par contrat se priverait par cela même du droit de contracter, et le contrat, aussitôt fait, serait défait ; il se nierait en s'afflrmant. Il n'y aurait donc vraiment plus de contrat, et l'obligation d'en respecter les clauses disparaîtrait.
. Rousseau montre ensuite que le contrat d'aliénation est injuste envers les autres hommes, dont on prétend confisquer le droit même de contracter. L'association humaine reçoit perpétuel* lement dans son sein de nouveaux associés : ce sont tous les enfants qui naissent ; on n*a pas le droit de leur imposer d'avance une servitude, par aucun contrat formel ou tacite, et dans quelque mesure que ce soit. — « Quand chacun pourrait « s'aliéner lui-même, dit Rousseau, il ne peut aliéner ses enfants; « ils naissent hommes et libres ; leur liberté leur appartient ; nul « n'a le droit d'en disposer qu'eux. Avant qu'ils soient en âge de 4i raison, le père peut, en leur nom, stipuler des conditions pour « leur conservation, pour leur bien-être, mais non les donner •« irrévocablement et sans condition, car un tel don est contraire « aux fins de la nature et passe les droits de la paternité (2). »
Telles sont les raisona d'où Rousseau conclut que le contrat
1. « Renoncer à sa liberté », dit Rousseau, • c'est renoncer à sa qualité •d'homme, aux droits de Thamanité, même à ses devoirs. Uoe telle renonciation est incompatible avec la nature de Tbomme, et c'est ôter toute moralité à ses actions que d'ôter toute liberté à sa volonté. » Contrat social, livre I, cfoap. IV.