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dmirat saàal, ibid

380 LA PniLOSOPBIR FRANÇAISE AU DIX-HUITIÈMB 81ÈCLB.

d'association ne saurait dire l'aliénation de la liberté de tous au profit d'un seul ou de plusieurs comme dans la monarchie héréditaire et Taristocratie : on ne peut user de ses droits pour s'enlever ses droits et pour confisquer les droits d'autrui ; on ne peut tourner son droit contre le droit d'autrui en môme temps que contre son droitpropre; on ne peut invoquer saliberté pour se mettre en servitude ou pour y mettre d'avance les générations à venir.

La question qui se pose maintenant est de savoir si le contrat social ne serait point l'aliénation de la liberté de chacun au profit de tous. Au lieu de mettre en présence divers individus, mettons en présence les individus et la société ; pourrons-nous considérer le contrat social comme une aliénation des individus à la société entière ? On reconnaît là le système appelé communisme au sens propre du mot, c'est-à-dire l'absorption de Tindividu dans la communauté. C'est le système auquel Rousseau semble tout d'abord aboutir; mais à vrai dire, dans son Contrat social^ il ne va faire que le traverser pour aller plus loin, par une méthode d'argumentation qui est d'ailleurs très-vicieuse.

La clause suprême du contrat social, dit Rousseau, est la suivante : « Aliénation totale de chaque associé, avec tous ses droits, c à toute la communauté. » Rousseau est dupe ici, comme le fut Platon dans l'antiquité, d'une sorte de panthéisme social qui consiste à voir dans la société un grand tout vivant dont les individus sont les organes. On peut accorder que, sous plusieurs rapports, la société est un vaste organisme où chaque individu sert à tous les autres, et que les diverses fonctions sont réparties entre les différents membres de la société comme entre les divers membres du corps humain ; c'est la conception dont s'inspiraient les démocraties antiques, surtout Sparte et Rome. Rousseau et le dix-huitième siècle tout entier hésitent trop souvent entre cette idée antique du corps soaial et l'idée moderne du contrat social. Rousseau va jusqu'à déterminer les organes particuliers du corps politique : « Le pouvoir souveraiUi dita il, représente la tête; les lois et les coutumes sont le cerveau ; « les juges et les magistrats sont les organes de la volonté et des « sens ; le commerce, l'industrie et l'agriculture sont la bouche tt et l'estomac, qui préparent la substance commune; les finances « publiques sont le sang, qu'une sage économie, en faisant les a fonctions du cœur, distribue par tout l'organisme ; les citoyens a sont le corps et les membres, qui font mouvoir, vivre et tra- I vailler la machine. On ne saurait blesser aucune partie sans

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m qu'aussitôt une sensation douloureuse ne s'en porte au cer- « veau, si Tanimal est dans un état de santé (f )• » Cet organisme décrit par Rousseau représente bien la société au point de vue des intérêts économiques, et pour ainsi dire au point de vue de l'animalité ; mais ce n'est point là encore la vraie société humaine^ dont le Contrat social nous avait promis de montrer la constitution ; Rousseau ne nous a point fait sortir du domaine de la fatalité physique, et l'individu n'a pas plus de liberté dans ce grand corps où il l'absorbe que la goutte de sang emportée dans les veines par le mouvement de la circulation.

Pour concilier, an moins en apparence, cette aliénation de l'individu au pro&t de la communauté avec le principe de la liberté inaliénable, Rousseau invente un expédient qui ressemble fort i un sophisme : « Chacun, dit-il, se donnant à tous, ne se donne « à personne ; et comme il n'y a pas un associé sur lequel on « n'acquière le même droit que sur soi, on gagne l'équivalent de « tout ce que Ton perd et plus de force pour conserver ce que « l'on a (2).» Ce raisonnement emprunte à l'abstraction des termes son apparence trompeuse : l'individu, en s'absorbant tout entier dans le corps social, ne trouverait point un réel équivalent de ce qu'il aurait perdu, et Tégale aliénation de toutes les libertés ne lui rendrait pas la sienne.

Rousseau d'ailleurs ne tarde pas à se corriger lui-même en disant plus loin : — a Ce que chacun aliène, » par le pacte social, de sa puissance, de ses biens, de sa liberté, « c'est seulement la partie de tout cela dont l'usage importe à la communauté. » — L'aliénation n'est donc plus ici présentée par Rousseau comme totale, mais seulement comme partielle. En&n Rousseau va plus loin encore et finit par nier toute aliénation, partielle ou totale : a II est si faux », dit-il, « que, dans le contrat social, il y ait de a la part deis particuliers aucune renonciation véritable, que tt leur situation, par l'efiet de ce contrat, se trouve réellement « préférable à ce qu'elle était auparavant (3). »

La vérité est donc, selon la dernière pensée de Rousseau luimême, que le pacte social n'a en aucune façon pour but l'aliénation de la liberté, mais au contraire l'augmentation de la li* \)erté. La vieille erreur des sociétés antiques obsédait l'esprit de

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