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Ibid

382 LA PHILOSOPHIE FRANÇAISE AU DlX-NBDVlittB SIÈCLE.

Rousseau au moment môme où il décrivait la société future : il finit pourtant par s'en dégager.

' Le contrat social, ajoute Rousseau, n'est pas moins favorable au fond et à l'égalité qu'à la liberté. « Au lieu de détruire l'égalité na- « turelle, le pacte fondamental substitue au contraire une égalité « morale et légitime à ce que la nature avait pu mettre dlnégalité c physique entre les hommes ; et, pouvant être inégaux en force ou € en génie, ils deviennent tous égaux par convention et de droit. ■

Une fois l'association des individus constituée par le contrat social, sous le nom d'État, oh résidera la souveraineté ? Avant le contrat, la souveraineté était inhérente à l'individu et se confondait avec sa liberté mâme ; après le contrat, la souveraineté réside dans la volonté de tous, dans la volonté universelle ou, comme dit Rousseau, générale^ au sens le plus absolu de ce mot. En d'autres termes, une nation ou association libre d'individus n'appartient qu'à elle-même ; elle est souveraine sur elle-même et doit se régler par des lois qui soient son oeuvre. Cette volonté absolument générale n'est pas seulement celle du plus grand nombre ; car « la loi de la pluralité des suffrages est elle- « même un établissement de convention et suppose au moins une « fois l'unanimité. » La volonté générale est celle de tous, et, à vrai dire, elle embrasse même les générations à venir ; car, si la vo* Ion té de ceux qui vivent aujourd'hui prétendait enchaîner d'avance la volonté de ceux qui naîtront demain, ce ne serait plus qu'une volonté particulière et passagère s'efforçant de se substituer par usurpation à la volonté universelle et durable.

La volonté universelle ainsi entendue doit toujours demeurer libre ou souveraine d'elle; c'est ce que Rousseau exprime en disant que la souveraineté de la nation est inaliénable. Un peuple peut bien dire : « Je veux actuellement ce que veut un tel homme, € ou du moins ce qu'il doit vouloir ; mais il ne peut pas dire : <t — Ce que cet homme voudra demain, je le voudrai encore, « puisqu'il est absurde que la volonté se donne des chaînes pour 4« Tavenir... Si donc le peuple promet simplement d'obéir, il se « dissout par cet acte, il perd sa qualité de peuple : à l'instant qu'il « y a un matU-e^ il n'y a plus ûesouverain^ et dès lors le corps polic tique est détruit (1). • De là la condamnation de l'hérédité monarchique et de tous les privilèges héréditaires des aristocraties.

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