‹ Histoire de la philosophieChapitre 278 sur 397 · Contrat social, livre II, ch. I · texte numérisé non relu

Contrat social, livre II, ch. I

Rousseau ajoute que « la souveraineté est indivisible en ellemême et dans son principe »\ c'est-à-dire qu'elle demeure toujours tout entière dans toute la nation» alors mdme qu'elle se manifeste et s'exécute par des pouvoirs séparés l'un de l'autre, comm^ le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. Le gouvernement peut se partager entre plusieurs personnes ou plusieurs corps qui sont les mandataires de la souveraineté générale ; mais celle-d n*est pas pour cela divisée : la nation demeure toujours dépositaire de la souveraineté législative, executive et judiciaire, alors même qu'elle partage ces fonctions entre plusieurs ; bien plus, cette division, excellente dans la pratique, a précisément pour but d'empêcher que tous les pouvoirs soient dans les mains des mêmes hommes ; conséquemment la division des pouvoirs a pour . fin Tunité indivisible de la souveraineté dans le corps entier de la nation.

La volonté générale ou universelle, avec l'étendue illimitée que Rousseau lui donne, peut être considérée comme la volonté du bien de tous partons, présents et à venir. Elevée à une telle généralité,, la volonté universelle semble se confondre avec la raison universelle, et Rousseau va jusqu'à dire: c La volonté générale est c toujours di-oite et tend toujours à l'utilité publique. • Il ne s'agit d'ailleurs ici que des intentions et des tendances de la volonté universelle ; aussi Rousseau ajoute-t-il immédiatement : • Il ne s'ensuit c pas que les délibérations du peuple aient toujours la même recti* c tude ; on veut toujours son bien, mais on ne le voit pas toujours... c Xi y a souvent bien de la différence entre la volonté de tous et la c volonté générale : celle-ci ne regarde qu'à l'intérêt commun, c l'autre regarde à l'intérêt privé et n'est qu'une somme de volonc tés particulières (1). • Par malheur, ces distinctions exprimées en langage ambigu sont difficiles à saisir; Rousseau finit par s'y perdre lui-même et semble enseigner une sorte d'infaillibilité de la nation. Tout ce qu'on peut raisonnablement lui accorder sur ce point, c'est ce que Kant lui accordera en effet : la volonté des individus ou des peuples est droite quand elle est absolument universelle et qu'elle porte sur un objet universel ; car alors elle se confond avec le devoir et avec le droit, qui offrent seuls ce caractère d'absolue universalité. Si au contraire Rousseau voulait dire qu'un peuple ne peut jamais être injuste envers lui-même ou envers tels et tels de ses membres, il soutiendrait un principe faux et dangereux.

Page 1