Contrat socialy II, m
384 LA PH1L060PRIB FRANÇAISE AU DIX-HDITlàllK 6IÈCLB.
La volonté vraiment générale et aniverselle, mise en regard des volontés particulières, devient loi. Dans la pratique, on appelle loi Texpression de la volonté présumée générale, et, pour obtenir la présomption la plus forte, on consulte tous les citoyens. « La loi réunissant Tuniversalité da la volonté et celle c de Tobjety ce qu*un homme, quel qu'il puisse être, ordonne de c son chef n'est point une loi; ce qu'ordonne même le souverain c [c'est-à-dire la nation] surunobjelpar<icii/tern*estpas non plus « une loi, mais un décret; ni un acte de souveraineté, mais de € magistrature... Les lois ne sont proprement que les conditions de « l'association civile. Le peuple soumis aux lois en doit être l'au- € teur : il n'appartient qu*à ceux qui s'associent de régler les « conditions de la société... Pour qu'une volonté soit générale, il € n'est pas toujours nécessaire qu'elle soit unanime [sur tel ou tel « objet déterminé] ; mais il est nécessaire que toutes les voix « soient comptées; toute exclusion formelle rompt la généralité... c II importe, pour avoir bien l'énoncé de la volonté générale, € que chaque citoyen n'opine que d'après lui (1). »
Il ne faut du reste pas confondre la volonté générale avec son énoncé; l'une est l'idéal de la loi, qui se confond avec le bien même de tous ; l'autre est la loi réelle, qui n'est pas toujours bonne. « Ce qui est bien et conforme à l'ordre, dit Rousseau, tt est tel par la nature des choses et indépendamment des conveu- « tiens humaines. Toute justice vient de Dieu, lui seul en est la « source; mais, si nous savions la recevoir de si haut, nous tt n'aurions besoin ni de gouvernement ni de lois. Sans doute, il tt est une justice universelle émanée de la raison seule ; mais « cette justice, pourêtre admise entre nous, doit être réciproque... tt II faut donc des conventions et des lois pour unir les droits aux « devoirs et ramener la justice à son objet... Quand on aura dit tt [comme Montesquieu] ce que c'est qu'une loi de la nature, on tt n'en saura pas mieux ce que c'est qu'une loi de l'État (2). > H est donc entendu que la loi de TÉtat est la volonté générale s'efforçant d'exprimer, par le consentement de tous, ce qui est conforme à la raison. La loi de l'État peut être une interprétation erronée de la justice; voilà pourquoi toute loi peut être changée, et le peuple doit se réserver le pouvoir de modifier ou d'abroger toutes ses lois, c II est contre la nature du corps politiqueque le souverain