L - POSSIBILITÉ DE LA SCIENCE
Dans la Critique de la raison pure^ Kant examine cette qnestion: — Que pouvons-nous savoir? — Il recherche successivement si la science positive, qui se renferme dans les limites de l'expérience, est possible, et si la métaphysique, qui prétend dépasser les limites de l'expérience, est possible. Pour résoudre ces queslions, il faut soumettre à la critique nos facultés intellectuelles.
Le principe fondamental de la critique de nos facultés, c'est la distinction des choses telles qu*elles apparaissent et des choses telles qu'elles sont. Les apparences sensibles sont ce que Kant appelle les phénomènes ; les réalités que conçoit l'intelligence sont les choses intelligibles ou tioumènes [vov^Aivà]. Nous ne pouvons connaître les choses que comme elles apparaissent à notre conscience, de même que nous ne pouvons voir la lumière qu'avec l'apparence qu'elle offre à nos yeux : nos yeux sont-ils malades, comme dans la jaunisse, nous verrons tout en jaune; sont-ils astreints à regarder les objets au moyen de verres colorés, la couleur des verres se répandra sur les choses elles-mêmes. Les objets sont donc forcés de se régler en quelque sorte sur la nature de nos organes et de nos facultés : pour être connus, il faut avant tout qu'ils tombent sous les conditions de notre connaissance.
De ce principe fondamental, Kant conclut qu'il faut introduire dans la philosophie un changement complet de méthode. Il veut faire, dit-il, en philosophie, une révolution analogue à celle de Copernic en astronomie. Avant Copernic, on faisait tourner le soleil autour de la terre ; Copernic fit tourner la terre autour du soleil, et montra qu'ainsi, les apparences restant les mêmes, on plaçait le centre du système solaire en son lieu réel. Pareillement, dans le système de nos connaissances, il faut chercher oîî est le vrai centre. Est-ce la pensée qui se soumet aux objets et tourne pour ainsi dire autour d'eux, ou au contraire ne sont-ce pas les objets qui, pour être connus, sont nécessairement soumis par la pensée à ses propres lois ? Jusqu'ici on a supposé que l'intelligence se réglait sur les choses, et cette hypothèse n*a conduit à rien ; essayons, dit Kant, l'hypothèse contraire, qui consiste à admettre que c'est notre pensée qui règle les objets, du moins en tant qu'ils tombent sous notre connaissance ; car.