LA PHILOSOPHIE ALLEMANDS AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
salions en séries régulières* H nous est aussi impossible de relier nos sensations sans l'espace et le temps qu'il est impossible à un peintre de faire un tableau sans une toile pour disposer ses couleurs. S'ensuit-il que la toile, condition du tableau, soit aussi une condition des choses elles-mêmes ? Nullement. Ainsi Tespace et le temps, conditions de notre sensibilité, peuvent fort bien n'être pas les conditions des choses telles qu'elles sont en ellesmêmes. Ce sont, dit Kant, des moules ou cadres dans lesquels les choses viennent prendre la forme qui nous permet de nous les représenter ; ce sont, eu un mot, les « formes de la sensibilité. »
N'oublions point que ces formes ne nous viennent pas du dehors ; c'est nous, au contraire, qui les imposons à la matière extérieure. Aussi sont-elles à priori^ non à posteriori : elles ne sont pas des « résultats » de l'expérience, comme le prétend le sensualisme ; elles sont, dit Kant, les c conditions » de l'expérience. Voilà pourquoi nous ne pouvons nous défaire de ces formes : nous avons beau essayer, nous ne pouvons supprimer en nous la représentation de l'espace, la représentation du temps . l'espace et le temps offrent relativement à notre pensée un caractère de nécessité. Cela ne veut pas dire que l'espace et le temps soient nécessaires en eux-mêmes : loin de là, l'impossibilité où nous sommes de nous délivrer de ces représentations prouve, selon Kant, qu'elles font partie de notre constitution même ou de notre organisation intellectuelle : ce senties procédés par lesquels le sujet sentant est forcé de se représenter les objets de ses sensations, et ces procédés n'ont de valeur que relativement au sujet sentant : si nous étions constitués intellectuellement d'une autre manière, nous ne verrions peut-être plus les choses sous ces formes de l'espace et du temps. Appelons donc l'espace et le temps des formes a subjectives », qui peuvent ne pas avoir de réalité c 06jective. »
£n un mot, le monde sensible est, selon Kant, un monde d'apparences : l'espace et le temps ne sont que des symboles da quelque réalité cachée ; vouloir juger cette réalité d'après nos modes de représentation, c'est affirmer que les choses sont telles qu'elles apparaissent^ affirmation gratuite, improbable, qui abou» tit à des contradictions insolubles.— Telle est la critique faite par Kant de notre faculté de sentir, qui fournit à la science positive ses premiers matériaux : les phénomènes extérieurs ou intérieurs.
La science positive n'a pas seulement pour objet des phéno-