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KANT. — POSSIBILITÉ DE LA SGIEMCB

mènes, mais des lois. Quaud notre sensibilité s'est représenté an phénomène, par exemple le feu, sous les symboles de Tespace et du temps, la science est encore loin d*étre achevée. Aux opérations de la sensibilité Tont succéder les opérations de rentendement ou faculté de juger.

L'entendement, pour relier les phénomènes, établit entre eux des relations invariables, des lois : il juge par exemple que I3 contact du feu et la brûlure sont invariablement liés. Voilà la tâche de l'entendement. Pour prononcer ces jugements, nous soumettons les choses aux trois lois universelles que Leibniz appelait prin« cipe de la raison suffisante, principe de Tharmonie réciproque, et principe de la permanence de la force. 1* Tout phénomène a sa condition ou raison suffisante dans un autre phénomène ; ?• tous les phénomènes sont en harmonie mutuelle; 3^ sous tous les phénomènes la même quantité de force ou de substance persiste. — En appliquant ces lois à chaque chose, cous faisons de iuuivers sensible un tout dont les parties se tiennent; c'est iTomme un immense réseau dont toutes les mailles sont jointes par nne inflexible nécessité. Cette universelle détermination des choses Tune par Tautre esl ce qu'on nomme le déterminisme universel ; et, selon Eant, le déterminisme est la condition même de toute science des choses ; nous ne pouvons soumettre à notre science que ce que notre entendement soumet aux lois de la nécessité : — permanence de la force, succession uniforme des causes et des effets, harmonie réciproque de toutes les parties de Tunivers.

Maintenant, ces lois que nous appliquons h tout ce que nous connaissons sont- elles réellement les lois de tout ce qui existe? -^ Rien ne nous assure, répond Kant, qu'il en soit ainsi, et qu'il s'y ait pas des réalités pour lesquelles le déterminisme n'est plus une loi. Le déterminisme embrasse tous les phénomènes dont cous avons l'expérience; mais notre expérience peut ne pas épuiser tout l'ordre des réaUlés. Qu'est-ce donc que ces lois nécessaires que la science impose au monde? Ce sont seulement les lois et les conditions de l'entendement humain. De même f ue tout à l'heure notre sensibilité avait besoin des cadres de l'espace et du temps pour 7 placer les objets, de même notre en« tendement a besoin des lois de succession, de permanence, de réciprocité, pour mettre en ordre les objets : le plan, comme les cadres, nous est imposé par notre constitution même : nous ne pouvons comprendre que ce qui rentre dans ce plan, comme

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nous ne pourons sentir que ce qui rentre dans ces cadres. La reste nous échappe ; mais ce n'est pas une raison pour le nier.

En résumé, selon Kant, les lois de la science, qui consistent à mettre partout la nécessité, ont une valeur purement subjective ; c'est-à-dire qu'elles sont des conditions de notre entendement^ comme les yeux sont des conditions de la vision : tout ce que nous pouvons connaître tombe sous ces lois de l'entendement comme tout ce que nous pouvons voir tombe sous la portée de nos yeux, mais nous ne voyons pas tout et nous ne connaissons pas tout.

Cette critique des deux premières facultés intellectuelles aboutit à la conclusion suivante : ^ La science positive est possible dans les limites de l'expérience, et conformément aux formes à priori de la sensibilité et de l'entendement.

n. - POSSIBILITÉ DE LA MÉTAPHYSIQUE.

La sensibilité et l'entendement n'ont pas encore réduit la connaissance à son unité la plus baute. Par une opération supérieure, qu'on nomme proprement raison, la pensée tâche d'embrasser eu sa totalité la chaîne des choses et de la suspendre tout entière à un premier anneau : parcourant toutes les séries de faits que la science a mis en ordre, remontant de loi en loi, de condition en condition, elle s'efforce d'atteindre un terme qui serait lui-même « incondUionné. » Cette recherche des premiers principes, comme l'appelaient les anciens philosophes, n'est plus la science positive, mais la métaphysique. Par exemple, le principe premier ou condition suprême de tout ce qui se passe en nous, c'est ce qu'on appelle l'âme; la condition suprême de tout ce qui se passe autour de nous, c'est celte universalité des objets de l'expérience qu'on nomme l'univers ; enfin la condition suprême de Tâme elle-même et du monde, c'est ce qu'on nomme Dieu. L'dme^ le moTule, DieUj tels sont les trois termes inconditionnés, les trois principes absolus^ que conçoit notre raison et que recherche la Métaphysique.

Ces trois termes peuvent-ils être l'objet d'un savoir théorique, et la métaphysique est-elle possible comme science? — Tel est le grand problème auquel la critique de la raison pure vient aboutir.

Les philosophes qui avaient précédé Kant se flattaient de cons*

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truire une science métaphysique» avec les seules ressources de la raison spéculative, sans avoir besoin de faire appel à la moralité pratique et à la volonté. Selon Kant» cette prétention du dogmatisme est une chimère : nous ne pouvons savoir par la raison théorique si TAme eiiste ou n'existe pas, si l'univers se suffit ou ne se suffit pas à lui-même, si Dieu existe ou n'existe pas.

Essayons d'abord de construire la métaphysique à Taide de l'expérience et de la logique réunies, comme nous construirions une physique ou une géométrie : c'est la vieille méthode, dit Kant, qui n'a produit et ne pouvait produire que des systèmes contradictoires, entre lesquels la spéculation pure ne saurait décider.

La première question de l'ancienne ontologie, c'était de savoir s'il y a en nous une substance simple et identique appelée âme, une sorte de chose pensante, res cogitans^ qui ne serait pas la pensée môme, mais un substratum ou support de la pensée. Or, dit Kant, il est clair tout d'abord que nous n'avons point l'expérience directe de cette substance ; en d'autres termes, nous ne l'atteignons pas immédiatement par la pensée, sans quoi elle serait simplement la pensée même, et ce n'est point là ce que la vieille ontologie suppose. Les ontologistes croient que la pensée a besoin d'autre chose qu'elle pour la soutenir. Il faut donc, pour établir l'existence d'une chose pensante, différente de la pensée, faire appel au raisonnement et conclure des phénomènes à la substance cachée dessous. Eh bien, cette conclusion est impossible, et se réduit selon Kant au paralogisme suivant : — La pensée ne se pense ellemême que comme une et simple ; donc la substance cachée sous la pensée est, elle aussi, une et simple. — Qu'en savez- vous? demande Kant. De quel droit passez-vous de ce qui est dans la pensée, je veux dire l'unité et la simplicité, à ce qui est en dehors et au-dessous de la pensée, je veux dire la substance une et simple 7 Rien ne prouve que cette substance, si elle existe, soit en elle-même telle qu'elle est pour notre pensée, et que la réalité inconnue soit entièrement conforme à l'apparence connue.

La seconde question de l'ontologie spéculative concerne la nature absolue de l'univers considéré dans sa totalité. Cette question donne lieu, dit Kant, à des thèses contraires, qui peuvent être également soutenues par des arguments spécieux. Kant Appelle ces thèses contraires des antinomies. Les antinomies sont la conséquence naturelle d'une illusion de la raison qui consiste

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à confondre les nécessités de notre pensée avec les nécessités des choses, et cette illusion est si invincible qu'elle subsiste même après avoir été reconnue pour telle, à peu près comme les illusions d'optique continuent à tromper les yeux même quand elles n'égarent plus le jugement.

Kaut admet quatre antinomies, deux qui reposent sur des idées mathématiques, deux qui reposent sur des idées dynamiques. Première antinomie : Le monde est-il limité dans le temps et dans l'espace 7 Oui selon la thèse, non selon l'antithèse. — Deuxième antinomie : Le monde est^il divisible en parties simples ou est- il divisible à l'infini ? Le oui et le non peuvent encore ici se soutenir. La solution de ces deux premières antinomies, selon Kant, consiste à rejeter à la fois la thèse et l'antithèse, parce que les adversaires en présence ont également le tort d'attribuer Hne réalité objective au temps et à l'espace, qui ne sont que des formes de la pensée. Restent les deux antinomies dynamiques : 1* Il existe une liberté morale (thèse); il n'existe qu'un déterminisme physique (antithèse); 2"" II existe un être nécessaire (thèse) ; û n'existe que des êtres contingents (antithèse). Ces dernières antinomies peuvent se résoudre, selon Kant, par la conciliation des deux thèses opposées, qui expriment deux points de vue diiîérents, mais également vrais.

La plus importante et, comme on a dit, « la plus dramatique • des antinomies, c'est celle de la liberté et du déterminisme, puisqu'elle exprime le problème capital de la moralité et de la responsabilité intérieure, dans ses rapports avec le monde extérieur. Eant espère résoudre cette antinomie par sa distinction essentielle entre les phénomènes soumis au temps ou à l'espace, et les réaliiée qui sont en dehors du temps et de l'espace. Notre vie, à ses yeux, est pour ainsi dire double : nous avons d'abord une existence sensible qui se développe en une série d'actions extérieures, enchaînées comme tous les phénomènes par les lois du déterminisme ; mais ces actions ne sont que des symboles et des manifestations de notre caractère propre, de notre véritable mot, lequel n'est plus dans le temps, mais hors du temps. Par la partie de nous-mêmes qui se déploie à travers ta durée, nous tombons, dit Kant, sous les lois de la nécessité : « Nos actions y sont en une relation nécessaire avec leurs anté- « eédents, c'est-à-dire avec leurs motifs et leurs mobiles ; aussi « celui qui connaîtrait tous nos motifs et tous nos mobiles, toutes « nos idées ettoutesnospassions,pourrait calculer notre conduite

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