KANT. — POSSIBIUTÉ DE LA MÉTAPHYSIQUE
Il future avec autant de certitude qu'une éclipse de lune ou de c soleil (1). » Faut-il immédiatement en conclure que nous ne sommes point libres ? — G*est aller trop vite, répond Kant ; c-'est sauter d'un ordre de choses à un autre. Il ne suffit pas, pour expliquer la vie d'un homme, de montrer que chacun des phénomènes dont elle se compose est déterminé nécessairement par les phénomènes qui le précèdent : il reste encore à expliquer le tout, la vie entière considérée en son ensemble, le caractère moral dont la série des actes visibles est l'expression à travers le temps. Pour cette explication, ditKant, vous ne pouvez plus invoquer des phénomènes soumis à la nécessité, car il s'agit ici de réalités intelligibles, non plus d*apparences sensibles. Or, qui vous dit que nous ne sommes pas libres dans notre caractère moral, bon ou mauvais ? qui vous dit que nous ne produisons pas nous-mêmes ce caractère moral par un acte de liberté supérieur au temps? Peut-être notre vrai moi^ notre moi invisible et intelligible, dans un acte c intemporel, » veut-il être bon ou méchant ; puis seloa le choix qu'il fait ainsi en une sphère supérieure au temps, sa vie temporelle devient une manifestation de bonté et de méchan* celé. En un mot nous pouvons, sans antinomie réelle, être libres et nécessités selon le point de vue : libres dans noire moi supérieur au temps, nécessités dans toutes nos actions à travers le temps.
Une image pourrait rendre sensible la pensée subtile de Kant. Un rayon de lumière unique à son origine, en traversant un milieu inégal, se colore de mille nuances et s'épanouit en un cône dont les parties sont multiples comme celles du temps et de Tespace* Une fois le rayon donné avec le milieu, on pourra sans doute calculer le cône et toutes ses parties ; mais encore faut-il que le rayon soit donné ; eh bien, dans Tordre intelligible, il est possible qu'il se donne lui-même, qu'il se fasse lui-même plus ou moine brillant et plus ou mois ardent, et qu'il soit responsable de soi. Ainsi, selon Kant, la nécessité qui règne dans l'ordre des phéno* mènes ne prouve point que le moi intelligible n'est pas libre (2).
On répondra : — Soit, la nécessité qui règne dans la région inférieure ne rend pas impossible la liberté dans une région supérieure; mais comment savoir si, oui ou non, cette liberté existe? — Selon Kant, on ne peut en effet le savoir ni par l'expô-