LE POSITIVISME
appelle la période scientifique. Il ajoute à la loi des trois états une classification des sciences, suivant leur degré de simplicité et de complpzité, depuis les mathématiques jusqu'à la science sociale, et défend absolument à chaque science d'employer la méthode des autres.
La morale positiviste est fondée non sur l'idée de devoir absolu, qui est chimérique selon Auguste Comte, ni sur Tidée de la liberté morale, également chimérique à ses yeux (même comme idéal), mais. sur la domination de ce penchant qui nous porte vers autrui et gu*il nomme altruisme, L^homme est partagé entre les instincts égoïstes et les instincts altruistes ; la prépondérance de ces derniers, qui résulte fatalement de Téducation et de la science, constitue la moralité.
Le droit, comme le devoir, est aux yeux d*Auguste Comte une entité métaphysique, parce qu'il renferme encore une notion d*absolu, une notion de cause agissant par elle-même et respec* table pour elle-même. Abandonnant la tradition française du xviu* siècle, Auguste Comte repousse toute considération de ce qu'on appelait les « droits de Thomme » , droits naturels et moraux, droits inaliénables et imprescriptibles. L'individu n'a, selon lui, que les droits tout relatifs qui lui sont conférés par la société (1).
Ici se manifeste la tendance autoritaire qui, comme nous le verrons, fut commune aux sectes saint-simoniennes. Auguste Comte veut m organiser la société par la science » ; pour cela, il croit nécessaire de confier la plus haute autorité à un corps de savants officiels chargés de réglementer la science même. La liberté individuelle disparaît, dans cette politique, au profit d*un& aristocratie intellectuelle et industrielle qui exercerait sur touteschoses un pouvoir despotique.
En somme, Auguste Comte, savant universel, penseur profond et grand initiateur, a eu le mérite d'insistersur les méthodes qui conviennent aux sf iences de la nature ; mais il faut avouer que ces. méthodes étaient connues avant lui. Quant à sa critique de la connaissance humaine et de ses lois, elle perd beaucoup de sa valeur quand on la compare à celle de Kant. Enfin sa morale et sa sociologie suppriment tout d'abord l'idéal de la liberté chez rirjdividu, et finissent par supprimer la liberté réelle dans la société même. Ainsi, tout en prétendant se tenir en dehors des systèmes métaphysiques, le positivisme s*est fait système à son tour par ses tendances
1» Voir notre Idée moderne du droite livre 111.
4?8 L4 PHILOSOPHfB FRAKÇAI8B AU DIX-NBUVIÈtfB SIÈCLB.
exclusives» par ses vues trop étroites» par ses négations non justifiées. Il a besoin de s'élargir et s'élargit en effet de plus en plus.