‹ Histoire de la philosophieChapitre 313 sur 397 · A30 L\ PHILOSOPHIE FRANÇAISE AU DIX-NBUVIÉME SIÈCLE · texte numérisé non relu

A30 L\ PHILOSOPHIE FRANÇAISE AU DIX-NBUVIÉME SIÈCLE

Comte, — la chair, a frappée au moyen âge d*un injuste anathème, v doit être « réhabilitée » ; le honheur matériel de la vie présente doit être assuré; enfin, comme l'avait dit Condorcet, « le sort de la classe la plus malheureuse et la plus pauFre, de celle qui est vouée aux travaux matériels, doit être amélioré. » Saint- Simon croit que cette amélioration aura lieu en vertu d'une loi de progrès nécessaire qui régit l'histoire, et il reproduit en partie le fatalisme historique de Hegel. Quant au moyen par lequel, selon Saint-Simon, se réalisera la meilleure forme sociale, c'est l'organisation par voie d*autorité. La liberté n'a pas de valeur à ses yeux : elle n'est rien dans un univers physique et moral que régissent les lois mathématiques; elle n'est rien dans un univers social que régissent des lois non moins fatales, et où le mouvement des idées et des hommes suit une marche irrésistible. Reste à savoir quelle sera l'autorité chargée de la réforme sociale. Saint-Simon voulut successivement organiser la société à Taide de la science (prétention d'où sortit le positivisme^ puis à l'aide de rindustrie, et enfin à l'aide d'une religion nouvelle, capable de « forcer chacun de ses membres à suivre le précepte de l'amour du prochain. » Le prêtre de cette religion devait c relier la chair et l'esprit et sanctifier Tune par l'autre. » La politique du système saint-simonien aboutissait ainsi à une hiérarchie théocratique. L'humanité était divisée en trois classes, savants, artistes et industriels ; et les membres de ces diverses classes étaient hiérarchiquement soumis aux premiers industriels, aux premiers savants, aux premiers artistes. Les chefs des classes devaient administrer les intérêts matériels et intellectuels de la société suivant le mode de répartition fixé par cette formule : — « À chacun suivant sa capacité, à chaque capacité suivant ses œuvres. » — Enfin la femme, recouvrant tous ses droits civils et politiques, serait appelée à seconder le progrès général.

Quant aux doctrines sociales des saint-simoniens sur la propriété, elles se rapprochent du communisme par deux points capitaux : la négation du droit d'hérédité, et l'attribution de la justice distributive à l'autorité (1). Qui jugera la « capacité de chacun )>

1. Les saint-simoniens se sont cependant défendus d'aboutir à un communisme complet dans le programme adressé en 1830 à la Chambre des députés. Ce programme est un document de grande importance, comme exposition du système saint-simonien par ses propres partisans : « Oui sans doute D, disaient-ils, c les saint-simoniens professent, sur l'avenir de la société « et sur l'avenir des femmes, des idées qui leur sont particulières, et qui « se rattachent à des vues toutes particulières aussi et toutes nouvelles sur

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