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LES ÉCONOMISTES ET LES SOCIALISTES

pour lui assigner sa fonction propre? L'autorité. Qui jugera les « œuvres de chacun » pour lui assurer sa rémunération propre ?

« la religion, sur le pouvoir, sur la liberté, et enfin sur tons les grands

« problèmes qui s*agitent aujourd'hui dans toute l'Europe d'une manière

« st désordonnée et si yiolente ; mais il s'en faut de beaucoup que ces

« idées soient celles qu'on leur attribue. Le système de communauté dcà

« biens s'entend universellement du partage égal, entre tous les membres

« de la société, soit du fonds lui-môme de la production, soit du fruit du

« travail de tous; les saint-simoniens repoussent ce partage égal delà

M propriété, qui constituerait à leurs yeux une violence plus grande, une

« injustice plus révoltante que le partage inégal qui s'est cfTcctué primi-

« tlvement par la force des armes, par la conquête. Car ils croient à

m rioégalité naturelle des hommes, et regardent cette inégalité comme la

H. base même de l'association, comme la condition indispensable de l'ordre

« social. Ils repoussent le système de la communauté des biens, car ce

« système serait une violation manifeste de la première de toutes les lois

« morales qu'ils ont reçu mission d'enseigner, et oui veut qu'à l'avenir

« chacun soit placé selon sa capacité et rétribué selon ses œuvres. Mais,

« en verta de cette loi, ils demandent l'abolition de tous les privilèges de

« naissance, sans exception, et par conséquent la destruction de l'héritage,

« le plus grand de ces privilèges, celui qui les comprend tous aujourd'hui,-

« et dont l'elTet est de laisser au hasard la répartition des privilèges

« sociaux parmi le petit nombre de ceux qui peuvent y prétenare, et de

« condamner la classe la plus nombreuse à la dépravation, à l'ignorance,

« à la misère. Ils demandent que tous les instruments de travail, les

« terres et les capitaux qui forment aujourd'hui le fonds morcelé des

« propriétés particulières, soient exploités par association et hiérarchi*

« quement, de manière à ce que la tâche de chacun soit l'expression de

« sa capacité, et sa richesse, la mesure de ses œuvres. Les saint-simoniens

• ne viennent porter atteinte à la propriété qu'autant qu'elle consacre « pour quelques-uns le privilège inique de l'oisiveté, c'est-à-dire de vivre « du travail d'autrui ; qu'autant qu'elle abandonne au hasard de la nais- « sance le classement des individus. — Le christianisme a tiré les femmes n de la servitude, mais il les a condamnées pourtant à la subalternité, et « partout dans l'Europe chrétienne, nous les voyons encore frappées d'in* « terdiction religieuse, politique et civile. Les saint-simoniens viennent « annoncer leur affranchissement définitif, leur complète émancipation, « mais sans prétendre pour cela abolir la sainte loi du mariage, proclamée « par le christianisme; ils viennent au contraire pour accomplir cette loi, « pour lui donner une nouvelle sanction, pour ajouter à la puissance et à « rînviolabiiité de l'union qu'elle consacre. Ils demandent, comme les « chrétiens, qu'un seul homme soit uni à une smile femme ; mais ils 4L enseignent que l'épouse doit devenir l'égale de l'époux, et que, selon la « grâce particulière que Dieu a dévolue à son sexe, elle doit lui être « associée dans l'exercice de la triple fonction du temple, de l'Etat et de « la famille; de manière à ce que l'individu social, qui, jusqu'à ce jour, « a été l'homme seulement, soit désormais l'homme et la femme. La reli- « gion de Saint-Simon ne vient que pour mettre fin à ce trafic honteux^ « a cette prostitution l^ale qui, sous le nom de mariage, consacre fré- « cfuemment aujourd'hui l'union monstrueuse du dévouement et de « 1 égoïsme. des lumières et de l'ignorance, de la jeunesse et de la décré- « pitude. Telles sont les idées les plus générales des saint-simoniens par « les changements qu'ils appellent dans la constitution de la propriété et

• dans la con^lition sociale des femmes. » — On voit que cette constitution de la liberté et de la propriété en contient la destruction partielle*

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L*autorité. La liberté est donc supprimée. Quaat au droit de propriéléy il implique le droit de disposer soi-même de ses biens peudan t sa vie, sans être soumis à une autorité despotique ; il implique aussi le droit de disposer de ses biens après sa mort par l'héritage, toutes dettes payées d'ailleurs, 7 compris la portion plus ou moins grande que TEtat peut prélever sur les héritages comme compensation de ses propres services. Enfin la justice distributive, quand on la confie, comme les saint-simoniens, à l'autorité et non à la liberté elle-même, n'est que le déguisement du despotisme. Nous avons vu que la justice distributive doit faire place partout dans la société à la justice commutative, dont le libre contrat est l'expression. Lie saint-simonisme recule donc en croyant avancer.

Le socialisme, qui, chez Saint-Simon, était autoritaire, devient libéral chez Fourier; mais la conception psychologique de la liberté sur laquelle repose le fouriérisme n'est pas encore celle d'une volonté morale ; c'est simplement le libre jeu des passions sensibles, qui, en dernière analyse, se ramène à un jeu fatal.

Selon Fourier, une seule et même loi régit l'univers : l'attraction; dans le monde social^ elle prend la forme de la passion. Newton a découvert l'attraction matérielle ; Fourier croit avoir découvert l'attraction passionnelle. (}omment s*est formé le monde céleste? par la seule force des lois mathématiques, dont Tattraction est la formule ; comment se formera le vrai monde social ? par la seule force des passions humaines, qui renferment, elles aussi, une harmonie cachée : qu'on abandonne ces passions à leurs propres lois, et cette harmonie deviendra sensible. Tous les maux de la société actuelle naissent des passions contrariées; tous les biens de la société à venir naîtront des passions émancipées. Les passions, en e&et, révèlent la volonté divine, et il suffit à l'homme de suivre sa nature pour suivre la volonté de Dieu. Or, selon Fourier, on a jusqu'ici contrarié la nature au nom d'une loi que l'homme s'est faite à lui-même et qu'il a nommée le devoir. < Le devoir vient des hommes, Tattrao- « tion vient de Dieu. • c Les attractions, ajoute Fourier, sont proie portionnelles aux destinées ; céder à ses attractions, voilà la « vraie sagesse, car les passions sont une boussole permanente « que Dieu a mise en nous. » Dégagées de toute entrave, les passions s'organiseront elles-mêmes selon la justice, c'est-à-dire selon les mathématiques; car, d'après Fourier comme d après Pyibagore, la justice est mathématique par essence. —Ainsi dis*

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paraît^ dans la psychologie et dans la morale de Fourîer, ce qui lait la dignité de Thomme» ce qui fait rhomme même, la volonté libre, principe du devoir et du droit.

Les applications, malgré les étrangetés que Fourier y m61e« ▼aient mieux que les principes, parce qu'elles se déduisent d'une idée qui n'a rien d'incompatible avec une liberté mieux entendue et vraiment morale : Tidée d'association.

L'attraction mutuelle des hommes, — il faudrait dire aussi leur volonté, — les pousse à s'associer. La vraie association suppose le travail ou la coopération de tous. Aujourd'hui cepen* dant les uns travaillent, les autres sont oisifs ; le jour où une meilleure entente présidera à la distribution du travail, les oisifs disparaîtront. La répugnance pour le travail vient de ce qu'on n'a pas encore su le rendre « attrayant. » Pour cela, il faut qu'il soit une aîTaire d'option, un goût, une préférence, enfin un choix de la passion ; ^- Fourier aurait dû dire un choix de la volonté. — Ce qui rendra encore le travail attrayant, c'est sa variété et son peu de durée : on s'occupera à une chose en une courte séance, puis à une autre, et ce changement de travail sera un repos. L'ambition animera les divers groupes de l'association, et les excitera à une production de plus en plus grande.

Maintenant, comment aura lieu la distribution des produits ? — t En raison composée du capital, du travail et dv. oilent. n Formule importante, qu'un économiste a ainsi appréciée : c Ne dût-on à Charles Fourier que cette définition simple et précise, il aurait encore la gloire d'avoir fourni le premier mot concluant pour l'organisation du travail industriel ; car l'avenir, on peut l'espérer du moins, appartient à l'association (1). » Mais la vraie association, et c'est ce que Fourier n'a pas compris, est celle des libertés qui s'unissent pour accomplir leurs devoirs et protéger leurs droits, non celle des passions qui se rapprochent pour chercher en commun la jouissance. Ce qui manque en définitive à Fourier, c'est l'idée de la vraie justice, qui ne se confond pas avec les mathématiques, mais avec le droit idéal (3).

Un socialiste plus récent, qui se complut dans une polémique

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