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IV. — L'ÉCOLE HÉGÉLIBNNB

L'école de Hegel s'est divisée d'abord en un parti conservateur, « la droite hégélienne », et en un parti avancé, a la gauche hégélienne. » La droite n'a pas tardé à disparaître. Quant à la gauche, elle a eu pour principal représentant le docteur Strauss, qui, dans sa Vie de Jésus, après une critique des textes où se déploie toute l'érudition allemande, soutient que la vie du Christ est « un

myibe (I), » et qu'il t^ut substituer daos le christianisme la DOtion hégélienne d'un Christ idéal, l'humanité divinisée, à la notion traditionnelle du Christ historique, c Dieu », dit-il dans sa Théologie dogmatique^ « n'est pas une personne à c6té et auc dessus d'autres personnes ; mais il est l'éternel mouvement de « l'universel se faisant sujet lui-môme... Au lieu de personnifier c l'absolu, il faut apprendre à le concevoir comme se person- « nifiant à l'infini (1). b

L'extrême gauche hégélienne va plus loin que Strauss. Feuerbach cherche à prouver, dans son < Essence du christianisme >, qu'il y va du salut du monde de renoncer non-seulement au christianisme, mais à toute religion admettant un Dieu supérieur à la conscience humaine. Il ne faut pas dire : o Que la volonté de Dieu soit faite », mais « Que la volonté de l'homme soit faite •; car c'est la vraie volonté de l'homme, en son essence, qui révèle la loi même et le but de l'univei^s. Toute religion, dit Feuerbach, est une illusion par laquelle l'homme attribue ses propres perfections à un être qu'il croit distinct de sa conscience. Dieu n'est que l'homme idéalisé, l'homme tel qu*il doit être, tel qu'un jour il sera. -- Bruno Bauer, soumettant de nouveau à la critique et à l'exégèse les textes sacrés, conclut que la théologie, après avoir été un progrès, est devenue une entrave pour l'esprit humain, et qu'elle doit faire place à l'anthropologie^ au au culte de l'humanité. — Enfin Max Stirner rejette même le culte de l'humanité considérée comme une sorte de Grand-Etre à la façon d'Auguste Comte ; rhumanité, dit-il, n'a d'existence et de valeur que dans les individus qui la composent ; le vrai culte est donc le culte de Tindi • vidu, le culte du moi, qui sera complet lorsque toutes les entités scolastiques de THumanité» de la Nationalité, de l'État, de l'Autorité, de la Loi, auront fait place à la réalité unique : le moi.

1. « Par un mythe, Strauss eolend la forme {symbolique que revêt une « Idée dominante... Strauss a cherché à établir d*abord que la vie de « Jésus-Christ, telle qu'elle est rapportée par les évangiles, dans sa plus « grande partie du moins, Q*a rien d'historique, que c'est un poème « religieux ;^en second lieu, que ce poème n*est pas un ouvrage entrepr» « à dessein par un seul ou par plusieurs, mais le produit spontané et « involontaire de toute la communauté chrétienne des premiers temps, « une tradition chrétienne ; enfin que cette tradition poétique, quant à « l'essentiel, a été déterminée, non par des réminiscences historiques, ni « par la seule imagination, mais par l'idéal que, selon la croyance tradi- « tionnelle, on s'était faite du Christ. » (Willm, Histoire de la philosophie allemande, tome III, p. 623.)

i. Olaubenslehre, II, 524.

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Le matérialisme, sortant de l'idéalisme hégélien, substitue le nom de la matière à celui de Vidéef par lequel Hegel désignait rétre préexistant à Tintelligence. Selon Holeschott^ autenr de la Circulation de la vie^ selon L. Bûchner, auteur de Force et matière^ selon Ch. Yogt, auteur des Scènes de la vie morale et des Lettres physiologiques^ l'absolu ne peut être connu, par la raison qu'il nY a rien d'absolu. La matière et le mouvement, sans commencement et sans fin, avec lenrs propriétés nécessaires, sont la seule réalité. Le théisme est ennemi de la science, et le panthéisme n*est qu'un théisme honteux ou un athéisme déguisé. Le mot de t transcendant * doit être banni du langage philosophique ; la métaphysique même doit s'absorber dans la physique. Quant à la liberté morale, toute cette école en rejette l'idée et la morale elle-même s'y perd dans la physique.

Ces négations et ces affirmations extrêmes excitèrent en Allemagne une nouvelle forme de métaphysique, non plus fondée sur des spéculations d priori ou des idées transcendantes, mais sur une interprétation de l'expérience et de Tunivers. Est-il impossible de construire une métaphysique expérimentale enfermée dans les limites du monde, qui soit supérieure tout ensemble à ridéalisme abstrait de Hegel et au matérialisme exclusif de ses derniers disciples ? — Telle est la question que se proposèrent Schopenhauer et son école, et qu'ils s'efforcèrent de résoudre par un système nouveau de Tunivers.

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