‹ Histoire de la philosophieChapitre 327 sur 397 · V. — SCHOPENHAUER · texte numérisé non relu

V. — SCHOPENHAUER

Schopenhauer s^avoue disciple de Kant, dont Hegel, dit-il, s'est écarté. Il admet d'abord les deux thèses fondamentales de Kant : 1* nécessité de soumettre à la critique l'entendement humain pour en déterminer les limites ; 2* nécessité de ne point dépasser Texpérience et de renoncer à la connaissance de tout ce qui est « transcendant », comme Dieu. Hais Schopenhauer diffère de Kaiit en ce qu'il admet que, même dans ce domaine de la pure expérience, une science métaphysique est possible, à la condition d'embrasser et de systématiser Texpérience tout entière. Cette meta* physique, dit-il, sera par nature complètement libre de toute théologie ou théodicée, également indifférente au théisme et à

1. 1788-1860. Fils d'un banquier de Dantzig et de Jeanne Schopenhauer, écriTain connu en Allemagne. Principal ouvrage : Le monde eonsidére comme volonté et représentation {Die Welt als Wille und Vorstellmg^) 2* édition, 1854.

Tathéisme : « elle doit rester une cosmologie et ne jamais devenir une théologie. »

« Elle doit se limiter à ce monde, exprimer complètement ce qu'il est dans son fond le plus intime ; c*e$t là tout ce qu'elle peut dire loyalement. Voilà pourquoi ma doctrine, quand elle a atteint son point culminant, prend un caractère négatif et finit par une négation... La Yéritable philosophie est celle qui nous apprend à connaître Tessence du monde et nous élève ainsi au-dessus des phénomènes: elle ne se demande ni (foù vient le monde, ni oit il va, ni pourquoi il est, mais simplement ce qu'il est (1). » R Toutes les autres questions sont transcendantes, c'est-à-dire que les formes et les fonctions de l'intelligence ne peuvent servir à les résoudre : rintelligence est aussi impuissante à leur égard que la sensibilité vis-à-vis des qualités des corps dont le sens nous fait défaut. Fatalement liée à la loi de causalité ou du déterminisme, rintelligence ne comprend que ce qui est soumis à cette loi. Les métaphysiciens dogmatistes et transcendantalistes, en accumulant les • pourquoi? • les • d'où vient? > oublient que pourquoi signifie par quelle cause, qu'il n'y a des causes et des efiets que dans la succession des moments du temps (théorie kantienne], que, par conséquent, dans le domaine de ce qui échappe à la forme du temps comme de l'espace, dans le domaine du transcendant, iepotcrguot* n'a plus de sens, parce qu'il n'y a plus ni avant ni après. De tous côtés, la pensée se heurte à des problèmes insolubles comme aux murs d'une prison... L'essence des choses est inaccessible à rintelligence, et non-seulement à la nôtre, mais très-probablement à rintelligence en général ; elle est à la fois inintelligible et inintelligente, et l'intelligence n'en est qu'une forme, un appendice, un accident... Le Iv xal TTsEy, la doctrine de l'unité d'essence de tous les êtres, je la partage avec les Éléates, Scot Érigène, Bruno, Spinoza et Schelling; seulement je me garde d'ajouter : rh irôv Sioç ; en quoi je me distingue essentiellement des panthéistes. Le Ocoç des panthéistes est une inconnue x par laquelle ils prétendent expliquer le connu. Ma « Volonté », au contraire, est une donnée de l'expérience. Je procède, comme toute vraie science doit procéder, du connu à l'inconnu. La source de toute connaissance pour la métaphysique, c'est l'expérience seule, mais l'expérience interne aussi bien que l'expérience externe. La philosophie ne peut pas se construire avec de pures idées ; essence, substance, être, perfection, ' nécessité, infini, absolu, sont des mots qui semblent tomber du ciel, mais qui, comme toutes les idées, doivent dériver d'intuitions primitives de la conscience... Ma méthode est donc expérimentale, analytique, inductive; celle des métaphysiciens panthéistes est synthétique et déductive... Enfin, le panthéisme est synonyme d'optimisme; dans mon système, au contraire, le mal qui est dans le monde est franchement avoué et reconnu en toute sa réalité : mon système se distingue sous ce rapport de la plu-

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