‹ Histoire de la philosophieChapitre 344 sur 397 · Économie politique , I · texte numérisé non relu

Économie politique , I

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pour assurer la prédominance des peuchanls altruistes. Le développement du sens moral, c'est-à-dire des penchants sympathiques et altruistes, amène graduellement la chute des institutions coercitives : le respect et le besoin de Tautorité déclinent à mesure que croit le respect du droit de llndividu. L'idéal serait l'absorption du premier élément dans le second. Le gouvernement est donc, dit M. Spencer, un mal nécessaire et une fonction provisoire : il doit restreindre de plus en plus ses attributions.

« Ed divers pays et en divers temps, l'Etat a rempli cent fonctions diverses. Il n'y a peut-être pas deux gouveruemeots qui se soient ressemblés par le nombre et la nature des fonctions qu'ils se croyaient obligés de remplir; mais une seule n'a jamais été tout à fait négligée par aucun, la fonction de protection : ce qui prouve que c'est là la fonction essentielle... Le devoir de TEtat est de protéger, de maintenir les droits des hommes, c'est-à-dire d'administrer la justice.... Le gouvernement représentatif, tel qu'il existe de nos jours dans les pays où il est le mieux établi et où il produit ses meilleurs fruits, n'est encore qu'une forme transitoire da gouvernement. C'est celle qui convient à une société où les mœurs violentes et déprédatrices qui caractérisaient les âges passés n'ont pas encore fait place aux mœurs fondées sur la justice. Le mécanisme delà représentation nalionale est celui où se balancent le mieux les deux forces antagonistes, l'esprit conservateur et l'esprit réformateur. ... La force des sentiments conservateurs et celle des sentiments réformateurs expriment; par leur lutte et la résultante de leurs tendances, le degré de moralité des sociétés. Le triomphe des premiers indique une prédominance des habitudes violentes ; le triomphe des seconds prouve que les habitudes morales du respect des droits ont acquis la prépondérance. Une société peut être jugée d'après la proportion entre la contrainte exercée sur les citoyens au nom de la loi humaine, et l'obéissance volontaire à la loi de l'égalité dans la liberté. Où l'une fait défaut, l'autre la remplace. Si la loi morale n'a pas un pouvoir suffisant sur les cœurs, la contrainte la supplée ; mais aussi, quand la loi morale devient assez forte, la contrainte doit disparaître ; alors tout gouvernement devient inutile, un mal môme ; et les hommes ressentent une telle aversion pour les entraves de rautorité, ils se montrent si jaloux de leurs droits, que tout gouvernement devient impossible. Admirable exemple de la simplicité de la nature : le même sentiment qui nous rend propres à la liberté, nous rend libres... Nous marchons vers une forme où l'autorité sera réduite au minimum, et la liberté portée au maximum. La nature humaine sera si bien façonnée par la discipline sociale, si propre à la vie en société, qu'elle n'aura plus besoin de contrainte extérieure et qu'elle se contraindra elle-même. Le citoyen ne tolérera d'autre empiétement sur sa liberté que celui qui assure à tous une égale liberté. L'autorité suprême n'aura pas d'autre foncU^'n que d'assurer les conditions sous lesquelles les individus peuvent, par dei

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associations libres, développer Tindustrie, et s'acquitter de toutes les autres foDctioDS sociales. Enfin la vie de Tindividu sera portée au plus haut degré de compatibilité avec la vie sociale, et celle-ci n'aura pas d*autre but que d'assurer contre toute atteinte la vie individuelle... Au lieu d'une unifor* mité artificielle d'après un moule officiel, rhumanité nous présentera, comme la nature, une ressemblance générale varice par des différences infinitésimales. L'être social se défait de ses enveloppes par une sorte de desquamation, tout en gardant le bien qu'il a acquis sous leur protection. De siècle en siècle, on a aboli des lois tyranniques, et Tadministration de la justice n'en a pas été atteinte; au contraire, elle s'est épurée. De iDème, les croyances mortes et enterrées n'ont pas emporté avec elles le fonds de moralité qu'elles renfermaient ; ce fond existe encore, mais purifié des souillures de la superstition (1). »

Des formes intermédiaires et passagères se succéderont, dit M. Spencer, entre la monarchie absolue des despotes de l'Orient et la démocratie finale, où la nation, ajoutent- il, sera le vrai corps délibérant, faisant exécuter ses volontés par des délégués chargés de mandats déterminés et formels, librement consentis de part et d'autre.

En résumé, l'école anglaise tend à se rapprocher de l'idéal proposé déjà par la philosophie française du xvni* siècle, et en particulier par J.- J. Rousseau : mais nous retrouvons toujours celte essentielle différence entre les deux philosophies, que l'une re* pose sur l'intérêt, l'autre sur l'idéal du droit. La première attend la réalisation de ses espérances des nécessités mécaniques ou intellectuelles qui entraînent le monde ; la seconde demande cette réalisation à la volonté morale de l'homme, qui seule peut s'imprimer à elle-même le mouvement vers la justice.

Si le ressort auquel se confie l'école anglaise était le seul, l'égoïsme aurait beau se transformer, il subsisterait toujours, et aucune nécessité physique ou logique ne pourrait amener Tindividu à se désintéresser de soi malgré soi. La volonté, se proposant à elle-même l'idéal moral du droit, peut seule réaliser dans la société une liberté et une égalité qui ne soient pas apparentes, un désintéressement et une fraternité qui ne soient pas illusoires. L'école anglaise a bien vu le mécanisme extérieur par lequel le moi individuel et la société se développent; mais elle ne s'est point placée à ce point de vue de la conscience, seul vraiment

1. Social Statics, 4C7, 476; Essay on rcpresenlative govcrnment, 112, et suiv.

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psychologique et yraiment moral, où la volonté se saisit elle-m6me avec son idéal de liberté toujours présent à la pensée, et érige en} règle le respect de soi^ le progrès vers la liberté. La philoso-i phie anglaise demeure donc un naturalisme trop exclusif, quv aspire en quelque sorte à reproduire ou à remplacer Tidéale mcH ralité, mais qui, quoique s*élevant toujours, reste toujours au-, dessous d'elle. Ce naturalisme a besoin d'être complété par ce qu'on pourrait appeler l'idéalisme moral.

Voir dans nos Extraits des Philosophes : Havilton, 539. I. Des associations latentes, 539. IL L'idée de cause et le principe de causalité, 540. m. L'absolu est inconnaissable. 542. Bbnthav, 545. 1. Le calcul des plaisirs et l'arithmétique morale^ 545. IL Critique de l'idée de vertu par Bentbam» 547. III. La vertu utilitaire, 548. IV. La prudence personnelle^ vertu principale d'après Benlham, 550. Stuart Mill, 552. I. Lois de l'association des idées, 552. IL Stuart Mill nie l'universalité des principes, 554. III. Explication de l'origine du principe de causalité, 554. IV. Les vérités nécessaires réduites à une association d'idées inséparables, 556. V. Ce qu'il faut entendre par proposition inconcevable, 557. VI. Vraie utilité de la logique, 558. VII. Procèdes el règles de la méthode expérimentale. — Application de la méthode à la théorie de la rosée, 559. VIII. La spéculation, agent

Srincipal du progrès dans l'humanité, 563. IX. Du progrès illimité, 565. . Le principe U utilité, 566. XL Distinction entre la Quantité et la qualité des plaisirs, 567. XII. Le sentiment de dignité, 567. Xill. Identité entre le boqheur personnel et le bonheur général, 568. XIV. La vertu et l'association des idées, 569. XV. Le bonheur, principe de la morale et en général de la pratique, 569. XVI. L'idée utilitaire, 570. XVII. Insuffisance finale de la morale de Bentham. — Son effet décourageant sur la volonté, bTL

» de progrès, cpi est devenue domioante dans la philosophie même, rériûe par Thistoire de la philosophie. — Caractères du progrès

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