L-idée
se vérifie
philosophique, qui empêchent dé Tassimiler complètement au progrès scientihque. Distinction de deux sortes de vérités dans la philosophie : les unes susceptibles de vérification expérimentale et de démonstration logique, les autres dépassant la portée de rexpérience ou du raisonnement. 1" Progrès de la philosophie dans sa partie expérimentale ou logique : psychologie, logique, esthétique, morale appliquée. 2^ Partie métaphysique et conjecturale de la philosophie. Importance et difficulté de la métaphysique. Nécessité des systèmes et des hypothèses dans la métaphysique Progrès par lequel ces systèmes se complètent lun Tautre et s'absorbent dans un système supérieur. — Quels sont les deux grands systèmes entre lesquels se partage la métaphysique contemporaine. L'essence de toutes choses est-elle la nécessité ou la liberté, est-elle un principe purement physique ou un principe moral?
Lldée de progrès, qui est devenue dominante dans la philosophie, se vérifie par l'histoire même de la philosophie. Cette longue suite de systèmes que nous avons vus sd succéder a beau, comme par une sorte de rhythme, ramener souvent des idées semblables sous des formes différentes, la pensée humaine, ou plutôt la volonté humaine, ne recule que pour avancer de nouveau et se rapproche sans cesse du terme auquel elle aspire : parfaite conscience de soi, parfaite possession de soi. L'histoire de la philoso* phie est Pbistoire de la réflexion par laquelle l'homme, se connaissant de plus en plus soi-même, comprend de plus en plus le principe, immanent, aux êtres par lequel s'explique l'univers.
Toutefois, la philosophie a des caractères propres gui empêchent d'assimiler complètement le progrès philosopliique au progrès scientifique.
En premier lieu, nous avons vu que la philosophie renferme deux sortes de vérités, les unes susceptibles de vérification expérimentale ou de démonstration logique, les autres dépassant la portée^ de l'expérience simple ou du simple raisonnement. Le progrès ne saurait être le même dans ces deux ordres d'études.
La psychologie purement expérimentale^ telle que les Anglais la conçoiventi est une science d'observation plus ou moins analogue aux sciences naturelles ; la logique, telle qu'Aristote, Descartes, Bacon, Font constituée, est une science de démonstration plus ou moins analogue aux mathématiques. La psychologie expérimentale étudie simplement les relations des phénomènes entre eux ou les lois de leur succession, par exemple les lois de Thabitude, de l'association des idées, des passions, etc.; quant à la logique, elle étudie les relations des idées, ou les lois du raisonnement, quelle que soit d'ailleurs la valeur absolue des principes, par exemple les conditions d'up syllogisme rigoureux ou d'une induction rigoureuse. Dans ces deux sciences, on s'attache à de pures relations entre des objets déterminés et délimités ; et ces relations sont des faits ou des lois plus ou moins complexes, mais toujours susceptibles d'une connaissance positive. Aussi la psychologie expérimentale et la logique nous ont-elles offert, dans leur développement, un progrès analogue à celui des sciences physiques et mathématiques. L'analyse de l'esprit humain, de ses facultés, de ses opérations, de ses affections et de ses passions, n'a pas cessé, depuis Platon et Aristote, d'enrichir la psychologie d'observations nouvelles et même de théories scientifiques : par exemple, les phénomènes de la mémoire sont en partie expliqués, ainsi que les lois de l'habitude et de l'association des idées; l'analyse des penchants et des passions a été également perfectionnée. De son côté, la logique, après avoir acquis avec Aristote le rang d'une science exacte pour tout ce qui concernait la déduction, a fait de nouveaux progrès depuis le xvi* siècle pour la théorie de l'induction ; on comprend de mieux en mieux tous les procédés de la méthode dans les divers ordres de connaissances.
L'esthétique, en sa partie expérimentale, n'est qu'une application de la psychologie : elle nous a offert le môme progrès que cette dernière. La science du beau et des beaux-arts s'est développée surtout depuis un siècle, et le mot même d'esthétique ne date que du siècle dernier (1).
La morale appliquée dépend en partie de la psychologie expérimentale et de l'économie sociale, autre science d'observation. Telle fin étant une fois admise comme but suprême pour l'individu
1. On sait qu'il fut employé pour la première fois au milieu du xvur siècle par un philosophe allemand, Baumgarten, qui composa un ouTraj^e intitule JBsthetica.
et pour la société, la science des mœurs doit déterminer la série de moyens la plus propre à atteindre cette fin ; c'est là une partie de la morale qui offre un caractère scientifique et un progrès incontestable. Les conditions de la moralité dans l'individu et dans la société sont évidemment mieux comprises aujourd'hui que dans le monde antique. La jurisprudence et la science politique sont de mieux en mieux déduites de la morale même et acquièrent peu à peu la rigueur des études positives ; la science sociale se fait sous nos yeux, et il semble que le siècle prochain soit destiné surtout à en résoudre les plus difficiles problèmes.
Enfin, jusque dans les spéculations transcendantes de la théodicée il existe une partie démonstrative et purement logique. Étant donnée l'idée de Dieu, soit que Dieu existe ou n'existe pas, on peut essayer de déterminer rationnellement ce qui convient et ce qui ne convient point à l'idéal que nous nous en formons. Cette dé* termination logique de ce qu*on pourrait appeler le contenu de Tidéal divin est progressive de sa nature, et Thistoire nous en a montré les réels progrès. Si on conteste aujourd'hui plus que jamais l'existence propre de Dieu en dehors de la pensée et du monde, du moins comprend-on de mieux en mieux ce que Dieu devraU être $'il existait. L'idée d'une perfection vraiment divine s'est élevée et purifiée ; et tout ce qu'on a éliminé de cette idée par voie de négation, — comme la haine, la vengeance, le caprice et l'arbitraire,— prouve qu'on en a au fond quelque idée positive. Un Dieu puissant et même un dieu intelligent ne suffiraient plus à notre pensée: nous voulons un dieu bon. C'est que Tidée de divinité, étant au fond identique à celle de la moralité parfaite dont elle est la per* sonuification, suit les progrès de la morale elle-même.
Ainsi l'histoire nous a fait reconnaître d*abord, dans la philosophie, une partie positive et progressive : celle où il s'agissait simplement d'établir des relations tantôt entre des faits observables, tantôt entre des idées susceptibles d'analyse.
Mais ce n'est point là toute la philosophie, et même, à vrai dire, les études purement empiriques ou logiques, quelle qu'en soit l'importance, sont seulement les préliminaires de la philosophie. Celle-ci, en efiet, a pour essence de remonter vers les premiers principes de toutes choses, vers ce qui ne dépend de rien et tient le reste sous sa dépendance, c'est-à-dire vers l'absolu. Que sommes-nous en nous-mêmes et dans notre essence intime ? Libres ou nécessités, esprit ou matière ? Question de psychologie supé-
rieure, qui rentre dans la métaphysique. Qu*est-ce que la vérité absolue et pouvons-nous Tatteindre d*une certitude absolue ? Question de logique supérieure, qui rentre dans la métaphysique. Qu'est-ce que le beau en lui-même, et de quel principe secret nous révèle-t-il la présence T Question d'esthétique supérieure et de métaphysique. Qu'est-ce que le bien en soi ? quelle est la fin absolue à laquelle nous devons tendre 7 est-ce le plaisir fatalement recherché, ou Tidéal librement réalisé ! Question de morale supérieure et métaphysique. Qu'est-ce enfin que Dieu ? Un simple idéal de la pensée, ou une réalité suprême 7 Le principe premier de Tunivers est-il quelque nécessité primitive ou quelque primitive liberté? Cette liberté est elle immanente à Tuaivers même ou transcendante ? Questions de théodicée supérieure et métaphysique. En un mot, la métaphysique est l'effort de Tesprit humain pour descendre au fond des choses ou monter au sommet. Tandis que les sciences inférieures cherchent les relations des choses entre elles, la philosophie première cherche la relation des choses avec cet absolu dont nous avons tout au moins l'idée en nous-mêmes. Le principe du monde, P&me, la matière, c'est l'absolu poursuivi dans diverses directions.
Une élude qui se propose un tel objet est certainement la plus élevée de toutes, mais c'est par cela même aussi la plus complexe et la plus difficile : son histoire nous en a fourni la preuve. Gomme Âristote l'avait fait voir longtemps avant Auguste Comte et les positivistes, une science est d'autant plus facile et d*autant plus rapide en ses progrès qu'elle est plus élémentaire, d'autant plus élémentaire qu'elle est plus simple, d'autant plus simple qu'elle est plus abstraite, d'autant plus abstraite qu'elle touche moins au fond intime de la réalité, au mystère môme de l'être. La géométrie par exemple, dont l'histoire constate les progrès dès la haute antiquité, est la plus facile et la plus certaine des sciences, parce qu'elle délimite elle-même son objet en faisant abstraction da reste, définit exactement ce qu'elle veut étudier, ligne, surface, triangle, cercle, et ne met dans ses déQnilions que ce qu'elle y veut mettre. La physique et la chimie, dont le progrès est bien plus tardif dans l'histoire, sont déjà beaucoup plus complexes et moins rigoureuses, parce qu'elles étudient des faits concrets et xéels. Enfin les sciences de la vie et celles de l'esprit sont encore plus difficiles : de même pour les sciences sociales. A mesure donc que la science croit en importance et en dignité, elle croit en difficulté et son avancement est plus laborieux : car un objet
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plus riche livre plus facilement et moins rapidement ses secrets. Aussi la métaptiysique, dont l'objet est à la fois le plus infini en lui-même et le plus difllcile à définir pour la pensée, n'accomplit son laborieux progrès que par une succession de phases qui lui donne un caractère original.
D'abord la métaphysique, étant une construction à la fois intellectuelle, esthétique et morale, un mélange de connaissances et d*hypothèses, prend inévitablement la forme d'un système ; et quoique chaque système métaphysique ait pour but de montrer les choses au point de vue universel, il est toujours en même temps une vue individuelle. G*est une perspective sur l'infini, qui a pour centre un individu. La métaphysique, étude en grande partie conjecturale, demande donc une intelligence aussi compréhensive et aussi ouverte au dehors qu*il est possible; elle demande en même temps un effort individuel aussi voisin que possible d'une vraie création. En raison de ce double caractère, elle dépend plus que toute autre étude de la personnalité même du philosophe, je veux dire de l'étendue et de la fécondité de son intelligence. La métaphysique n'est pas encore une science qu'on puisse recevoir toute faite : il faut la refaire soi-même en partie ; il faut y mettre du sien, il faut y exprimer son esprit, ses sentiments et même sa moralité propre. C'est pour cela que les grandes hypothèses métaphysiques nous ont paru, comme les grandes œuvres d'art, porter l'empreinte du génie personnel.
Ce caraclère d'individualité et d'universalité tout à la fois, qui est nécessaire aux doctrines métaphysiques, devait produire et a produit réellement une multiplicité de systèmes. En efiet, comme l'universel ne peut jamais être complètement embrassé, à côté de ce qu'un philosophe avait vu il restait toujours une infinité de choses qu'il n'avait pu voir. En outre, son centre de perspective étant plus ou moins personnel, les autres individus, d'un Centre différent, ne pouvaient manquer d'avoir une perspective différente.
Bien plus, chaque philosophe nous a toujours paru porté, en affirmant ce qu'il voyait ou croyait voir, à nier ce qu'il ne voyait pas : et comme le problème métaphysique est précisément d'apercevoir ou plutôt de concevoir le tout, les métaphysiciens ont proposé le plus souvent une vue partielle comme une vue d'ensemble. C'est ce qui n'a pas lieu dans les autres sciences, où on ne propose une explication particuUère que pour un objet particulier. Les métaphysiciens ont été ainsi amenés à croire que ce q**
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le rentrait pas ou ne paraissait pas rentrer dans leur doctrine t'existait point : de là leurs controverses et leur difficulté de s'ea. rendre mutuellement, avec une langue qui n*a pas la précision des sciences positives.
Pourtant, de ces discussions nous avons vu sortir progressivement une métaphysique plus voisine, ce semble, de ce qu'elle doit être.
A quoi en effet peut se reconnaître une doctrine supérieure en métaphysique? — A ce qu'elle concilie les vérités des autres doe» trines (1). Supposez des observateurs du ciel placés sur différents points du monde, par exemple sur différents astres, le ciel ne leur offrirait point le même aspect : les astres paraîtraient décrii*e des lignes différentes, avec des irrégularités et des rebroussements : il y aurait pour chacun un ciel apparent, quoique le ciel réel soit le même pour tous. Gomment donc découvrir ce ciel réel ? — En supposant certaines lignes qui puissent rendre compte à la fois des apparences diverses : plus une ligne, avec la formule qui la représente, sera simple et féconde tout ensemble, plus on sera sûr par cette hypothèse de se rapprocher du ciel véritable : car cette ligne conciliera à la fois le ciel apparent vu par un observateur de tel point du monde et le ciel apparent vu par un autre observateur. C'est ce que fit Kepler pour les révolutions de la planète Mars, lignes si irrégulières et si changeantes qu'elles paraissaient échapper à toute loi ; on sait comment, à force de calculs, il expliqua cette multiplicité d'apparences par un mouvement elliptique analogue h celui des auti*es planètes, et comment il fit rentrer les exceptions dans la règle. Quand même le ciel léel, qu'on a appelé le ciel absolu, se déroberait finalement à nos prises, nous n'en pourrions pas moins nous rapprocher toujours de cette réalité insaisissable, en reliant les apparences diverses par des relations de plus en plus simples, capables de les ramener sous une commune loi. Ces apparences de plus en plus voisines du réel nous suffisent dans la pratique, et elles sont dans la théorie un objet de savoir certain, à la condition qu'on ne prenne pas des relations plus voisines de l'absolu pour l'absolu luimême,*eten quelque sorte un ciel plus voisin de la réalité pour le ciel réel. Ainsi doit faire la métaphysique dans l'étude de ce que Platon et Malebranche nommaient le ciel intelligible, le ciel des idées.
!• Voir plus haut rin(roducfton.
Les systèmes ont été nécessaires pour compléter un point de ▼ue par un autre, une perspective par une autre. Aujourd'hui on commence à comprendre que ces perspectives diverses peuvent et doivent s'unir au lieu de s'opposer. Bien plus, Ttiistoire de la philosopliie nous montre que, dans la réalité, cette union se produit.
Si en etTet nous nous rappelons les derniers résultats des recherches métaphysiques en Allemagne, en France et en Angleterre, nous voyons qu'on s'accorde de plus en plus sur deux points essentiels. En premier lieu, on reconnaît que le fond de Tezistence, objet de la métaphysique, doit être le même pour tous les êtres, et que la différence des êtres est une simple différence de développement. En second lieu, on s*accorde à reconnaître que ce fond de toute existence doit être l'action. — Mais en quoi consiste cette action, et quelle en est la véritable essence ? C'est sur cette question finale que nous voyons encore s'opposer les deux grandes directions entre lesquelles se partage la métaphysique contemporaine.
Selon les partisans de la nécessité universelle, l'action à laquelle toute existence se ramène est soumise à des lois fatales, et tout idéal de liberté est chimérique : la moralité de Thomme s'absorbe donc à leurs yeux dans le mécanisme de la nature. Au contraire, selon les partisans de la volonté universelle, c'est la nécessité qui est l'apparence extérieure, la forme du développement des êtres, la série des moments de leurs progrès ; le fond intérieur est une volonté toujours présente et toujours agissante, intelligente ou capable de le devenir, qui tend à la liberté et . s'en rapproche progressivement à mesure qu'elle conçoit mieux cet idéal de l'existence. Pour ceux-ci, la vraie essence de l'être est le volontaire, l'intellectuel, le moral; le physique n'est qu'extérieur ; pour les autres, le physique est l'essence, le moral est un accident de surface. Selon la philosophie de la liberté, c'est seulement par le dehors que les êtres se font échec, luttent, s'imposent Tun à l'autre des contraintes et des nécessités, deviennent l'un pour l'autre des forces brutales ; l'intérieur de chaque être est une volonté qui, après s'être suffisamment développée et éclairée, ne peut manquer tôt ou tard de se mettre librement d'accord avec les autres volontés ; la guerre universelle est donc transitoire, le terme final et idéal est la paix. Selon la philosoph e de la nécessité obsolue, c'est par le dedans que les êtres se font obstacle : essentiellement ennemis, impénétrables l'un à Tautre,
ils sont foncièrement égoïstes alors même qu'ils sympathisent à l'extérieur : tout s'explique dans le monde par Téternelle lutte pour la vie, les lois morales elles-mêmes se ramènent aux lois mécaniques, et l'ordre social n'est que le meilleur moyen de satisfaire à la fois tous les égolsmes.
On le voit» les écoles rivales diffèrent par le rang qu'elles accordent aux deux éléments les plus essentiels du problème métaphysique : la nécessité et la liberté.
Mais d'abord l'antithèse des deux termes n'est peut-être pas absolue ; on peut se faire de la liberté morale une idée qui la rende compatible avec le déterminisme de la nature. Pour cela il faut concevoir la liberté non comme une puissance de décision indifférente entre les contraires» comme une liberté d'indifférence ou un libre arbitre vulgaire, mais comme une puissance de dé* veloppement indéfini dont l'essence consiste dans le pouvoir de se désintéresser et d'aimer (I). La fatalité est l'égolsme, la liberté est Tamour de tous les êtres. Or, il se peut que l'égolsme soit imposé provisoirement par une nécessité du dehors et n'exprime pas le fond même de l'être ; il se peut que le désintéressement, au contraire, soit le dégagement et la délivrance de notre vraie nature, si cette nature est précisément une bonne volonté que les circonstances seules et les besoins physiques semblent rendi-e mauvaise. En tout cas, l'idéal de la bonne volonté n*est pas en contradiction absolue avec notre nature puisqu'on fait nous la concevons, nous la désirons, nous la voulons. Il n'y a donc plus qu'un pas à faire pour admettre qu'elle est au fond notre nature même, notre essence et celle de tous les êtres, en un mot que la bonne volonté fait le fond de tout ce qui agit, vit, sent et veut. ' Les progrés à venir de la métaphysique et des sciences positive? pourront sans cesse apporter de nouvelles lumières dans ce difficile problème; mais, dès aujourd'hui, l'alternative où U se résume peut et doit être résolue pratiquement, sinon théoriquement. En effet, les deux systèmes qui demeurent en présence n'ont pas la même valeur au point de vue do l'idéal moral, de l'idéal pratique, puisque l'un est l'fxceptation et l'autre le rejet de cet idéal même. Or le fatalisme absolu est une hypothèse toute spéculative ; la doctrine de la liberté et du désintéressement, au contraire, est une hypothèse pratique et pratiquement utile, conséquence
1. Voir notre livre sur la Liberté et le Détet^minisme, 2« partie et noire Kfre sur Vidée moderne du droit, livre iv.
de ridéal que notre volonté se propose à elle-même. Dès lors, qu'est-ce qui déterminera la direction que nous prendrons? — La puissance même que cet idéal exerce sur nous. L'homme en qui rinfluence de Tidéal moral est prédominante agit envers soi et envers les autres comme envers des êtres moraux ; il règle sa volonté et ses actions comme si la bonne volonté était l'essence universelle qu^il dépend de nous de manifester, comme si la force fatale et égoïste était un obstacle qu'il dépend de nous soit de détruire, soit de reculer, soit de tourner au profit de la volonté même.
Ainsi la volonté, lorsque en elle prédomine la conscience et i*amour de son idéal intérieur, tranche pratiquement pour son propre compte le problème relatif à Tessence de l'être, que la pure théorie n'est pas encore parvenue à résoudre. Cette induction métaphysique fait le fond de tout acte moral. A ce point de vue idéaliste, où est le relatif et le provisoire f C'est dans la fatalité de Tégolsme et dans la lutte brutale qu'elle engendre. Où est le vrai et le définitif ? G*est dans l'idéale liberté, c'est-à-dire dans la puissance de se désintéresser ou d'aimer, et dans l'union morale ou sociale que sa réalisation progressive prépare entre tous les êtres.