‹ Histoire de la philosophieChapitre 385 sur 397 · IV. ^ BOIÎSSEAU · texte numérisé non relu

IV. ^ BOIÎSSEAU

Avec Rousseau, un mouvement nouveau se manifeste dans la philosophie sociale. Rousseau place le fondement de la justice sociale dans la volonté libre^ qui est à la fois l'essence de l'individu et le principe de la société. ^ 1« F<mdement de la société humaine. — Les hommes sont rapprochés par deux causes : la nécessité ou le besoin, et la liberté^ mais la véritable société entre les hommes ne commence qu'avec la libre acceptation du lien qui les unit. La famille même, née d'abord du besoin, ne subsiste que par la volonté de ses membres; à plus forte raison la tribu, la peuplade, la nation. — Tout Etat doit être une association libre entre les citoyens. — 2» Problème essentiel de la science sociale : c Trouver une forme d'association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun, s'unissant à tous, n'obéisse pourtant qu'à luimême et reste aussi libre qu'auparavant, i — S^' Solution du problèmes le contrat social. — La véntable association est celle qui est fondée sur un libre contrat entre les associés. — 4^ But et clauses du contrat sociaL — Le contrat social ne peut consister, comme Hobbes l'avait prétendu, dans l'aliénation de la liberté de tous au proilt d'un seul ou do plusieurs. La liberté est inaliénable en fait. Elle est aussi inaliénable sous le rapport du devoir, car nous devons conserver notre caractère d'êtres moraux, conséquemmeut d'êtres libres. Elle est inaliénable ea droit, car nous ne devons violer ni nos droits propres en renonçant à ces droits mêmes, ni les droits de nos descendants en aliénant

d'avance leur liberté. Le despotisme est donc la destruction da Tml lien social. — Selon Rousseau, le contrat social est raliéoalîoa de l.i lit>erté de tous au profit de la liberté de tous; c'est-à-dire qu'au ron.l il ne doit pas y avoir aliénation, mais garantie et augmentation de 1 1 liberté. — Rousseau, du reste, «mploie des formules inexactes et ambij^ués, qui semblent d'abord renfermer en elles le communisme. Il finit cependant par dire que le contrat social a pour but « la liberté et l'égalité de tous. « — 5<>D6 la souveraineté de la loi. — La scuoeraineté est le droit de faire la loi que tous les membres de l'association devront observer, et d'assurer l'exécution de celte loi. — A qui appartient la souveraineté? — À tous les membres de rassociatlon, dont chacun préalablement était souverain sur soi-même ou libre. — En d'autres termes, la souveraineté de tous se confond avec la liberté générale, qui elle-même se confond avec la volonté générale. Par la volonté générale, il faut entendre non la volonté de quelques-uns, ou celle de la majorité, ou celle même de la totalité présente, mais iioe volonté absolument universelle sous tous les rapports; universelle parce qu'elle est la volonté de la société entière, présente et à venir, et que de plus elle a un objet universel, savoir le bien de la société entière. — Toute volonté venant d'un groupe particulier et ayant des objets particuliers est elle-même une volonté particulière, qui est dominée par la souveraineté universelle. — La vraie souveraineté, • ou celle de l'universalité des citoyens, est l« inaliénable, comme n'étant que la liberté même de tous; 2<» indivisible, comme ne pouvant se fractionner dans son principe, mais seulement dans son exécution. La division des fonctions politiques ou di*s pouvoirs a pour but d'assurer l'unité même de la souveraineté universelle. — La volonté universelle, selon Rousseau, est toujours droite dans son intention.

Sourvu qu'elle soit vraiment la volonté de tous relativement aux droits e tous; mais elle n'est pas toujours droite dans ses applications et exécutions. — L'expression de la volonté universelle est la loi. — Comment obtenir une expression aussi exacte qu'il est possible de cette volonté universelle ? En consultant tous les membres de l'association, et, lorsqu'il y a désaccord, en convenant de suivre l'avis de la majorité. — - La loi ainsi obtenue constitue la loi positive, qui n'est pas toujours parfaite, mais qui est toujours perfectible parce qu'elle peut toujours être changée. — De lâi ce principe, que la nation doit toujours conserver le droit et le pouvoir de changer toutes ses lois, toutes ses institutions, tous ses mandataires. S'il en était autrement, il y aurait aliénation de la liberté commune et impossibilité du progrès commun. — 6« Dm gouvernement. — Rousseau, le premier, distingue avec précision le souverain, qui est la société entière ou la volonté générale; et le gouvernement, qui est un ensemble d'hommes choisis par lu société pour assurer l'exécution de la volonté générale. L'Ëtat ou la nation ne doit pas être confondu avec le gouvernement. — Les formes diverses de gouvernement ne peuvent porter sur le pouvoir législatif, qui doit

. toujours demeurer inhérent a la nation entière, mais seulement sur Texécutif. — Il y a donc une condition absolue de légitimité pour tous

. les gouvernements : c'est qu'ils n'aient rien de contraire à la souveraineté nationale, et qu'ils n'en impliquent à aucun degré l'aliénation. ~ Cette condition de iégilimiié remplie, il ne reste plus qu'à savoir si la souveraineté sera exercée directement par tous, ou par quelques-uns an nom de tous. — L'idéal de Rousseau consiste dans le gouvernement direct de tous par tous. — Mais il ajoute que ce gouvernement est impossible dès que l'Ëtat a une trop grande étendue. C'est ce qui a

. donné lieu au système représentatif. — Gc système, pour Rousseau,

n'est qu'un pis-aller et nn mécanisme provisoire. — Critique du système représentatif. — La Tolonlé nationale ne peut pas proprement ce représenter, c'est-ù-dire se subsiiluer à elle-mômed'aulres volontés. Cîe serait là, selon Rousseau, une aliénation et une abdication pour tout le temps où les représentants seraient substitués à la nation. — £n conséquence, la nation ne peut avoir que des mandataires ou des commissaires, toujours responsables, toujours révocables selon des formes définies, et ayant un mandat défini. — Les députés sont les mandataires de la nation et non ses représentants* — Rousseau, ayant rejeté le système représentatif comme contraire au véritable idéal du gouvernement direct aboutit t cette conclusion : que la vraie forme de gouvernement libre est la république confédérative : 1<> parce

3 ne chacun des petits Etats qui la composent pourra faire ses af^ires irectement; 2o parce que la confédération de ces Ëlats formera un Etat capable de résister nux agressions extérieures. — > Rapports de l'Etat et de la religion, — Rousseau demande la séparation de rEtat et des Eglises particulières ; mais, par une inconséquence lâcheuse, il veut fonder une sorte de reli/>ion civile dont les citoyens accepteraient préalablement les dogmes simples et peu nombreux. — Conclusion. Kousseau a compris que le vrai principe de l'ordre social est la volonté libre; mais, dans les applications, il n*a pas toujours été conséquent, et il a exagéré la puissance de l'Etat aux dépens de la liberté individuelle s 375

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