CHAPITRE HUITIÈME
PHILOSOPHIE ALLtiMANOB AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE. — KANT.
MÉTHODE DE Kant. ^ Entre le dogmatisme et le scepticisme, Kant veut fonder une philosophie critique, dont le point de départ sera la critique de notre faculté de connaître, de notre raison, soit dans son usage théorique (Critiqiie de la raison pure), soit dans son usage moral {Critique de la raison pratique) 394
Critique de la raison pure. — I. Possibilité de la science. — Principe fondamcntil de la critique de nos facultés : distinction des choses telles qu'elles apparaissent (phénomènes) et des choses telles qu'elles sont (réalités intelligibles ou noumènes). Nous ne pouvons connaître les choses que comme elles apparaissent à nos facultés, et la manière dont elles apparaissent est réglée sur la nature même de ces facultés. Kant, au lieu de soumettre la pensée aux choses, soumet les choses à la pensée. Gomment il se compare lui-même à Copernic. — La nature essentielle de la pensée, c'est l'unité ; et penser, c'est unir. Les trois opérations par lesquelles nous introduisons une unité de plus en nlus ffrande dans les matériaux de notre connaissance sont la sensibilité, Fentendement et la raison. — Analyse et critique des trois facultés intellectuelles. — 1« Sensihilité. — Nous n'avons d'abord que des sensations multiples et incohérentes. La sensibilité externe range les objets dansTespace. Le sens interne ou conscience empirique range les obicis
dans lo temps. — Criliqae des notions d'^pace et de temps. L'espace et le temps sont des conditions de notre sensibilité sans lesquelles nous ne pourrions rien percevoir, des cadres et des formes nécessaires k l'exercice de la pensée ; mais rien ne prouve que l'espace et le temps soient aussi les conditions des choses telles qu*elles sont en ellesmêmes. Constitués d'une autre manière, nous ne verrions peut-être plus les choses sous les formes de l'espace et du temps. Ces formes sont subjectives. — 2<> Entendement. — L'entendement on faculté de juger établit entre les phénomènes des relations invariables, qui sont les lois de la science. Les trois grandes lois auxquelles se ramènent toutes les autres sont celles que^Leibnix appelait principe de la raison suflisante, principe de l'harmonie réciproque entre tous les êtres, et principe de la permanence de la Torce. Ces trois lois font de l'univers un tout soumis à la nécessité et enchaîné par un déterminisme universel. Le déterminisme est la condition même de l'expérience et de la science. — Mais les lois de succession uniforme, de permanence, de réciprocité, que nous im^sons aux objets, peuvent être encore des conditions toutes subjectives de notre connaissance. Il est possible que le déterminisme exprime la manière dont les choses nous apparaissent, et non la manière dont elles sont. — Conclusion: la science positive est possible dans les limites de l'expérience et conformément aux lois
à priori de la sensibilité et de l'entendement 396
II. POSSIBILITÉ DE LA MÉrAPHTsiQUB. — La Sensibilité et l'entendement
Sur ces trois idées repose toute hi métaphysique. — La métaphysique est elle possible comme science, ou simplement comme croyance? — Critique des prétentions du doji^matisme qui VQut.faire de la métaphysique une science positive. — I. Lùme. — Première question de l'ancienne ontologie. Démontrer l'existence de Pâme conçue comme substance simple et identique. — Impossibilité d'une telle démonstration, par laquelle nous passerions du sujet qui se connaît lui-même à un objet qui lui est inconnu, la substance. — IL L'univers. Déterminisme et liberté. — Seconde question de Pontologie spéculative: quelle est la nature absolue de l'univers. Celte question donne lieu à des thèses contraires, qui peuvent également se soutenir, c'est-à-dire à des « antinomies. » Première antinomie: Le monde est-il limité ou illimité dans le temps et dans l'espace? Deuxième antinomie: Le monde est-il divisible à rintini, ou a-t-il des parties simples? Troisième antinomie : Existet-il une liberté morale, ou n'existe-t-il qu'un déterminisme physique? Quatrième antinomie : Ya-til un être nécessaire, ou seulement des êtres contingents ? — La plus importante des antinomies est celle de la liberté et du déterminisme. Notre vie est double. Nous sommes soumis au déterminisme dans nos actions et dans notre vie sensible, qui se déroule à travers le temps. Mais nous pouvons être libres dans notre • moi absolu •, dans notre vie intelligible, qui est supérieure au temps. — Si la liberté est possible, existe-t-elie en fait ? Nous ne pouvons le sav(nr ni par rexpérience psychologique ni par la démonstration logique ; mais nous devons croire à notre liberté parce qu'elle est la condiiion du devoir, et que le devoir est ce qu'il a ue plus certain. La morale seule peut résoudre le problème de la liberté. — III. Dieu. — Troisième question de la métaphysique spéculative : L'existence de Dieu. — Critique de la preuve des causes finales: l'ordre imparfait dont nous sommes témoins ne peut nous apprendre si le monde est Pœuvre d'une intelligence parfaite ou imparfaite, consciente ou ia-^
PAR ORDRB HISTORIQUE* 535
consciente, unique ou multiple. ~ Critique de la preuve des causes eflicientes : la cause première peut être la matière, ou une pensée instinctive, ou tout autre principe. — Critique de la preuve ontologique : nous ne pouvons passer Iniquement de l'idée de perfection qui est dans notre pensée à un objet parfait qui serait en dehors de noire pensée. — Kant conclut que la mélapnysique spéculative est impuissante à démontrer Tcxistencc do Dieu. — IV. Possibilité de crùyances métaphysiques fondées sur la morale^ ou f postulats » métaphysiques de la morale. Nous pouvons avoir, non une science métaphysique, mais des croyances métaphysiques fondées sur la morale. Premier postulat de la morale : le souverain bien, que nous avons le dewrir de réaliser, est possible. — Deuxième postulat : pour que le souverain bien soit possible, il faut que la personne soit immortelle. — Troisième postulat : pour que la personne soit immortelle et réalise le souverain bien, il faut que le principe suprême de l'univers soit un principe mo* rai. — La conception de Dieu est un înoyen par lequel noas nous représentons le triomphe final de la moralité dans le monde. Nous ne savons pas si Dieu est ; nous voulons que Dieu soit, et que tout se passe comme si Dieu était. —Conclusion: ce n'est pas la morale qui se fonde sur la métaphysique et la théologie ; c'est au contraire la métaphysique et la théologie qui se fondent sur la morale. ... 400
Critique de la raison pratique. La morale.— I Le cievotr. *Deux espèces de commandements moraux ou d't impératifs». Commandements conditionnels ou hypothétiques, comme ceux de Tintérêt. Commandements absolus ou catégoriques, nui sont ceux du devoir. — IL Essence et formule du devoir. — Une seule chose dans le monde a une valeur absolue : la bonne volonté. La volonté libre et raisonnable est l'essence même du devoir ; elle est tout à la fois le sujet et l'objet de la loi morale. De là l'autonomie de la volonté. — Première formule de la loi morale : « Agis de telle sorte que tu traites toujours la volonté raisonnable, c'est-à-dire l'humanité, en toi et en autrui, comme une lin et non comme un moven. » «- Deuxième formule de la loi morale : • Agis comme si tu étais législateur en même temps que sujet dans la république des volontés libres et raisonnables. » — Troisième formule de la loi morale : « Agis de telle sorte que la raison de ton action puisse être érigée en loi universelle pour toute volonté raisonnable et libre.» — IIL Le droit. — Le respect absolu de la personne libre est le fondement moral du droit comme du devoir. Formule du droit : « Agis extérieurement de telle sorte que ta liberté puisse s'accorder avec la liberté de tous. » -— Tout droit engendre la faculté de contraindre. — ; Du droit de propriété. — Du droit international. C'est un devoir pour les individus et pour les peuples de travailler à rétablissement de la paix. « Projet de paix perpétuelle. » Conditions principales de cette paix 409
L'Art. — Entre la science théorique et la morale pratique, l'art est un intermédiaire. Critique du jugement esthétique. La beauté est la représentation symbolique de la moralité, et par consé(iuent de la liberté, au moyen des formes de la vie. Dilîérencedu beau etdu sublime. Le sublime est l'infini ; il n'est pas vraimentdansla nature mais dans la pensée*. Caractères- qui appartiennent aU' sentiment du sublime. — Conclu^gn : comme la science, comme la vertu, l'art a pour but de développer en nous la conscience de la liberté. •••••• 413