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CHAPITRE NEUVIÈME

PHILOSOPHIE FRANÇAISE AO DIX-NEUVlâUE SIÈCLE. I. — HAINE De BIRAff.

I. Méthode de réflexion. — La vraie méthode de la philosophie est celle oui 6e préoccupe du sujet actif et pensant, noa des obiets sur lesquels rexercont Tactiviié et la pensée. Le procédé essentiel de cette méthode est la réflexion^ par laquelle le moi prend conscience de lui-mérae. Maine de Biran oppose ce procédé de la vraie psycholog^ie à Tobservation supernciclle des phénomènes intérieurs, telle que rcntendent les Ecossais et les Anglais, et à la spéculation sur les substances transcendantes telle que Ta pratiquée Tancien ne ontologie. — IL Résultat de la méthode psychologique : conscience de la volonté. — La réflexion aboutit k la conscience de la volonté, qui est plus intime au moi que la pensée même. Il ne faut pas dire seulement : Je pense, donc je suis, mais : Je veux, donc je suis. — La conscience de vouloir est la conscience d*étre cause : elle est Torigine de Tidée de cause. — Le moi, qui se saisit intérieurement comme cause, s'ignore absolument comme substance. La cause, c'est le sujet actif; la substance, c'est un objet qui servirait de support au sujet môme : un tel objet nous échappe. ~ Quant au principe de causalité universelle : « tout changement a une cause », il est une induction et une extension au dehors de la causalité qui est en nous. — L'intelligence n'est gu'une forme de la volonté: percevoir, c'est mouvoir ; avoir la conscience de soi, c'est agir ; avoir la raison, c'est étendre et attribuer à tous les êtres Tactivité qui est en nousmêmes. — III. Développement graduel de la volonté à travers les « trois vies. • — lo Vie inférieure et animale, consistant dans des afTections passives et dans des représentations ou images : c'est la vie inconsciente de l'animal, qui subsiste encorechez Tliomme. — 2* Vie moyenne et proprement humaine, consistant dans la perception des objets et dans la réflexion du sujet sur lui-même. Perception et réflexion sont inséparablement liées dans le « fait primitif de conscience >, qui est • Tefibrt moteur. » Maine .de Biran essaye de prouver contre Hume que nous avons conscience de notre force motrice, c'est-à-dire d'une puissance de mouvoir en connexion immédiate avec une résistance. Le moi se pose par l'eflort, en rencontrant l'opposition du non-moi. Maine de Biran flnit par réduire le moi tout entier à la conscience de Tefl'ort, la volonté à ta force motrice. Il n'insiste pas assez sur la volonté véritable, qui rédideraituans la liberté morale et non dans TelTort physique. — 3« Vie divine. Aussi, lorsque Maine de Biran sent le besoin de concevoir une vie supérieure à celle de l'effort matériel, au lieu de se la représenter comme l'exaltation et l'union des personnalités, il se la représente comme l'abolition de la personnalité, comme l'absorption du moi et de la conscience humaine dans la grâce divine. De là le mysticisme auquel, dans la dernière période de son existence, aboutit Maine de Biran 418

IL — VICTOR COUSIN ET L*éCLECTISHB.

Victor Cousin mêle à la philosophie trop timide de l'Ecosse des spéculations empruntées soit à Platon et aux Alexandrins, soit à la philosophie de Scbeiling et de Ho^el. Il veut substituer aux systèmes philosophiques un choix de vérités empruntées aux diverses doctrines

PAR onoRB FiiSTonrQUE. 537

et prend pourtinique rè^Ie de ce choix le sens commun. L'éclectisme. Qunlre systèmes auxquels Victor Cousin veut tout réduire : sensua- Hsnie, idéalisme, scepticisme, mysticisme. *- Théorie de l'origine des idées ; perceptions de Texpérience et conceptions de lu raison. Victor Gonsin ne donne aucune explication des conceptions prétendues innées. — Même absence d'originalité et d'invention dans la philosophie de l'histoire, dont Victor Cousin emprunte les conclusions à Hegel ; il glorifie le succès, la yictoire et les grands hommes. -* Victor Cousin finit par élever Thistoire do la philosophie aux dépens de tt philosophie même, qu'il réduit à un enseignement oratoire et officiel des vérités de sens commun. — La haute spéculation philosophique en Fi-nnce ne reparaîtra qu'en se rattachant d'une part à Maine de Birniî et ù Des(uirlcs, deTaulFeÀKant. . 422

IIL — LE POSITIVISUB.

Les doctrines sociales de Saint-Simon, jointes au naturalisme de Cabanis et de Broussais, donnent naissance au positivisme d'Auguste Comte. — I. Méthode positiviste. — Elle consiste à ne s'occuper que des faits et de leurs relations. Les faits sont les phénomènes qu'on peut constater par l'expérience. Auguste Comte admet, sans le prouver, que la seule expérience est celle des sens, que la psychologie est impossible et que tout se réduit à la physiologie. — Les relations entre les faits, selon le positivisme, sont celles de succession et de simultanéité dans l'espace et dans le temps. Auguste Comte admet, sans le piouver, qu'il n'existe aucune autre sorte de relations. Il rejette celles de la cause à l'effet et du moyen à la fin. — IL Doctrines positivistes. — Philosophie de l'histoire : loi des trois états par lesquels passe la connaissance humaine. Etat théologique, état métaphysique, état scientifique. — Morale : négation du devoir absolu et du droit. Réaction contre la tradition française du xvni^ siècle ; la science des mœurs fondée sur V « altruisme. » — Politique: Auguste Comte veut « organisera société par la science ; > il supprime la liberté individuelle au proût d'une aris* tocratie intellectuelle 424

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