Clément Alex., Strom., m
ÉCOLES IDÉALISTES. — BMPÉDOCLB. 59
devient digne de revenir en Dieu, et tout rentrera à la fia dans l'unité primitive de l'amour.
Beaucoup de ces idées, qui rappellent à la fois l'Egypte, Moïse, Bouddha et Zoroastre, se retrouveront dans la physique et dans la métaphysique modernes. La physique admet encore l'attraction et la répulsion, ou, pour s'en tenir aux faits, le mouvement centripète et le mouvement centrifuge, l'intégration et la désintégration. La métaphysique considère Dieu comme Tidéal de l'amour dans sa pureté, et la Nature comme un mélange d'amour et de discorde, de liberté et.de nécessité, c'est-à-dire de tendances désintéressées et de tendances égoïstes, de guerre et de paix. La théorie d^Empédocle fut un progrès notable, et mit en lumière un principe nouveau, supérieur à la force et même à Tintelligence abstraite : Tamour « ennemi de Tintolérable nécessité».
1. Voir, dans nos Extraits des philosophes, livre deuxième, chapitre premier. Philosophes ioniens^ Thaïes, p. 23. Diogène d'Apolloaie, 23. Pensées d'Heraclite, 25. Anaxagore, 26. Démocrite, 27. — Les vers dorés attribués à Pvthagore, 29. Les nombres et l'harmonie, 31. Philolaûs, 32. Parméaide, 33. Sur la Nature, 33. De la vérité, 34. Empédocle, 35.
CHAPFTRE TROISIÈME Les Sophistes. Protagoras et Gorgias.
L — - Les professeurs de science et de rhétorique ou sophistes étaient devenus très-nombreux à la fin du cinquième siècle. Sans l'ormcr une secte proprement dite, ils avaient une méthode et des doctrines analogues. La lutte des systèmes, frappante surtout à Athènes, vint détruire toute idée de vrai absolu : les sophistes en conclurent que tout est vrai relativement pour qui sait le soutenir, et que rien n*est vrai absolument, — II Protagoras d*Âbdèretirc du scnsuaiit^me ionien les conséquences qu'il renferme. L'homme est la a mesure de toutes choses » par la sensation ; car les choses ne sont pour nous que comme elles nous apparaissent, c'est-à-dire comme nous les sentons. De là relativité uni— ver^elle des pensées. — III. Gorgias, de Léontium en Sicile, tire les conséquences sceptiques de ridcalîsme éléate. Rien n'existe; ou, si
auelque chose existe, il ne peut être connu ; ou s'il existe etestconnu, ne peut être exprimé. Telles sont les trois thèses de Gorgias. — IV. Après avoir substitué le relatif et le vraisemblable à l'absolu et au vrai dans la métaphysique, les sophistes substituent, dans la morale^ le bien relatif, qui est Tagréable ou l'utile, au bien absolu. Dans la politique, ils remplacent 1 idée absolue d'un droit quelconque par l'idée relative de la force. — La doctrine de l'universelle relativité fut un moment utile dans le développement de la philosophie grecque : les sophistes ramènent la pensée des objets au sujet et montrent que c'est la pensée elle-même qui doiieire la mesure aes choses. Mais ils ne voient dans la pensée aue la sensation variable^ au lieu d'y apercevoir la raison» et, plus profunaément encore, la volonté.
I. Les sophistes () ) recherchaient les jeunes gens riches et étaient recherchés par eux *, maîtres et élèves avaient le même but : le
1. Le mot de sophiste signifie proprement celui qal hii profession de savoir (vo^^Copac) et de communiquer son savoir aux autres ; le sophiste est le sage ou savant de profession, le professeur de sagesse. A l'origine, ce nom n'avait rien de déshonorant. On l'appliquait à tous les maîtres de musique^ c'est-à-dire à ceux qui enseignaient les arts des Muses et les sciences de l'époque : rhétorique, astronomie, géographie, physique, etc.
Cette profession de savoir et d'enseigner la sagesse ne pouvait man* quer d'exciter une certaine jalousie et une certaine défiance chez le peuple athénien. Les sophistes, d'ailleurs, avaient naturellement des idées