‹ Histoire de la philosophieChapitre 59 sur 397 · PROCÈS, DÉPENSE ET MORT DE SOGRATE · texte numérisé non relu

PROCÈS, DÉPENSE ET MORT DE SOGRATE

n'est pour lui qu'une dialectique divine appliquée aux choses humaines.

Se tournant alors vers ceux qui l'ont acquitté, Socrate s'entretient avec eux et leur ouvre son àme. Cette voix intérieure qui n'avait cessé de se faire entendre à lui dans tout le cours de sa vie, pour le détourner de ce qu*il allait faire de mal, a gardé le silence en €6 jour suprême. Ce silence le confirme dans ses pensées d'optimisme ; il en conclut que«ce qui lui arrive est un bien, et il se félicite d'échapper à ceux qui se prétendent ici-bas des juges, pour comparaître bientôt devant la vraie justice.

c G*est pourquoi, soyez pleins d'espérance dans la mort, et ne pensez qu'à cette vérité, qu'il n'y a aucun mal pour l'homme de bien, ni pendant sa vie ni après sa mort, et que les dieux ne Tabandonnent jamais. Car ce qui m'arrive n'est point l'effet du hasard Aussi, je n'ai aucun ressentiment contre mes accusateurs, ni contre ceux qui m'ont condamné, quoique leur intention n'ait pas été de me faire du bien et qu'ils n'aient cherché qu'à me nuire; en quoi j'aurais bien quelque raison de me plaindre d'eux. » Mais Socrate sait que sa doctrine lui en enlève le droit, en faisant du vice une erreur. « Je ne leur ferai qu'une seule prière. Lorsque mes enfants seront grands, si vous les voyez rechercher les richesses ou toute autre chose plus que la vertu, punissez-les en les tourmentant comme je vous ai tourmentés ; et s'ils se croient quelque chose, quoiqu'ils ne soient rien, faites-les rougir de leur insouciance et de leur présomption ; c'est ainsi que je me suis conduit avec vous. Si vous faites cela, moi et mes enfants nous n'aurons qu'à nous louer de votre justice. Mais il est temps que nous nous quittions, moi pour mourir, et vous pour vivre. Qui de nous a le meilleur partage 7 Personne ne le sait, excepté Dieu. »

Ainsi se termine l'Apologie dans un acte de foi à la Providence. La raison ne veut pas que le bien moral soit séparé du bonheur, •qu'il soit mal et bien tout ensemble, et qu'il enveloppe ainsi en lui-même une insoluble contradiction. Ayons donc foi dans la logique éternelle ; tôt ou tard, la raison et la science doivent triompher.

Le même esprit anime la réponse de Socrate à Criton, qui lui proposait de fuir. Comment Socrate, après avoir prêché le respect des lois et le mépris de la mort, pourrait-il se contredire dans ses actes ? Comment pourrait-il être dialecticien en paroles

saîss rétre aossi dans la conduite ? « Ces principes que j*ai pro* fessés toute ma vie, je ne puis les abandonner parce qu'un malheur m'arrive : je les vois toujours du même œil ; ils me paraissent aussi puissants, aussi respectables qu'auparavant (1). » Qu'importe en effet ce qui se passe dans la région inférieure des sens? La même lumière brille toujours dans la région de l'intelligence. L'œil voit les objets de la même manière, qu'ils nous blessent ou qu'ils ne nous blessent pas; ainsi la raison conserve sa vision uniforme de la vérité.

« Si tu n*as pas de meilleurs principes à me faire connaître, sache bien que tu ne m'ébranleras pas, quand la multitude irritée, pour m'épouvanter comme un en&nt, me présenterait des images plus affreuses encore que celles dont elle m'environne, les fers, la misère, la mort Ge n'est pas d'aujourd'hui

que j'ai pour principe de n'écouter en moi d'autre voix que celle de la raison. »

Or, la raison le déclare, c'est un devoir absolu de n'être jamais injuste. La raison ne met aucune restriction à ce devoir ; elle le détermine universellement^ xaOôXou. Il faut donc être juste, même envers ceux qui sont injustes à notre égard. Les lois de la patrie nous frappent injustement ; respectons-les. « Ne repoussons pas sans dignité l'injustice par l'injustice, le mal par le mal (2). » Ce serait là de la mauvaise dialectique et par conséquent de la mauvaise morale ; car on ne réfute pas le faux par le faux, mais par le vrai ; et on ne détruit pas le mal par le mal, mais par le bien. Si les Lois et la Patrie nous apparaissaient, elles nous i-eprocheraient justement de les violer.

« Laissons donc cette discussion, mon cher Griton, et marchons sans rien craindre où Dieu nous conduit. » Ce mot est dans la bouche de Socrate comme un fiât voluntas, parti de Tintelligence encore plus que du cœur.

Les doctrines métaphysiques et les arguments principaux du Phcdon sur la vie future appartiennent sans doute à Platon plutôt qu'à Socrate ; pourtant il est fort probable que ce dernier, sur le point de mourir, s'entretint de la mort même et de l'immortalité. II est presque impossible que ce sujet ne se soit pas imposé à lui par la force des circonstances.

Ce qui est également historique dans le Phédon^ c'est le por-

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