‹ Histoire de la philosophieChapitre 6 sur 397 · VI. - DOCTSiRES PHIUSOPHIQOES DES HÉ8IEUX · texte numérisé non relu

VI. - DOCTSiRES PHIUSOPHIQOES DES HÉ8IEUX

I. — L'idée dominante dans la métaphysique des Hébreux n'est plus celle de la substance universelle, mais celle de la cause individuelle : Dieu est une puissance libre qui crée le monde par un acte de libre^rbitre. — L'homme est aussi une puissance libre, qui obéit ou désobéit par un acte de libre arbitre. — IL Selon la morale hébraïque, les devoirs découlent des attributs de Dieu, que l'homme doit aimer de toute son âme.

— Ha» ces devoirs sont surtout négatifs, et leur sanction est terrestre.

— III. La politique des Hébreux fut théocratique : la royauté y est considérée comme une chute et un mal. — Iv. Progrès aes idées de bienveillance et de charité dans les écoles iuîves. ^ Hillel l'ancien (tOO ans avant J.-Gh.) prêche la douceur et l'amour des hommes : Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fit. — Morale austère et contemplative dans les sectes des Esséniens et des Thérapeutes.

I. L'Inde et la Perse, où la race européenne eut son bercean, offrent déjà sous une forme tantôt instinctive et méthodique, tantôt réfléchie et philosophique, de hautes doctrines sur l'origine du monde et sur la destinée de l'homme (1).

La première doctrine de l'Inde fut le polythéisme, qui inspira les hymnes appelés Védas. Les dieux auxquels ces hymnes s'adressent sont toutes les puissances de la nature, surtout les phé* nomènes de la lumière, les clartés qui se succèdent du matin au soir, les feux qui parcourent l'espace céleste, en un mot les dévaSj c'est-à-dire les lumineux.

« Toujours jeune, toujours nouvelle, l'aurore renaît pour éveiller les êtres.

« Telle qu'une vierge aux formes légères, 6 déesse, tu accours vers le lieu du sacrifice.

M Ferme et riante, tu marches la première et tu dévoiles ton sein bril-

1. Nous n'en pouvons donner ici qu'un résumé rapide. Sur le brahmanisme et le bouddhisme, voir Eugène Burnouf, Introduction à Vhistoire du bouddhisme : Emile Burnouf, Essai sur le Véda; F. Nève, le BouddhUmc ; Max Muller, A history of ancient sanskrit literature; Barthélémy Saint-IIiiuire, le Bouddha ; Vassilief, le Bouddhisme, traduit par La Comme.

lânt. Pareille à la jeune fille que sa mère vient de purifier, tu révèles à l'œil réclatante beauté de ton corps.

« Aurore fortunée, brille par excellence : aucune des aurores passées ne fut plus belle que toi. >

Autour du foyer, les chantres indiens invoquent le feu et le di- Tinisent.

« Donne-nons, ô Agni, de vaillants compagnons, une beureuse abondance, une belle famille et de grandes ricbesses. >

Tous les phénomènes naturels sont doués par llndien de passion et de Yolonté. L*honinie, n'ayant point encore la connaissance scientifique des lois naturelles, modèle les puissances de la nature sur le seul type dont il ait conscience : il les croit vivantes et passionnées comme lui-même; point de distinction entre Tinanimô et le vivant, entre la chose et la personne ; tout est volonté.

Puis, du polythéisme védique, la pensée indienne passe aa panthéisme brahmanique. D*abord on voit les dieux nombreux et flottants se rassembler sous trois dieux souverains ; puis, derrière eux, apparaît la grande âme (atma) qui opère par eux et anime toutes choses : son organe est le soleil ; enfin, derrière le soleil et sa lumière, on entrevoit une puissance idéale, à laquelle on donne le nom de la Prière ou de la Parole sainte : Brahma.

• Lui qui donne la vie et la force, lui dont tous les dieux eux-mêmes invoquent la bénédiction ! l'immortalité et la mort ne sont que son ombre. A quel Dieu offrirons-nous Tholocauste ?

« Lui dont les montagnes couvertes de neige, dont le courant lointain de la mer annoncent la puissance ; lui dont les bras entourent l'étendue des cieux I A quel Dieu offrirons-nous Tbolocauste ?

« Lui dont le regard puissant s'étendit sur les eaux qui portent la forée et qui enfantent le salut ; qui au dessus des dieux fut seul Dieu I A quel Dieu offrirons-nous l'bolocauste ? > (21* hymne du Rig-Véda,)

Tout sort de TEsprit divin, et tout y rentre.

« Que ferais-je > , dit Maitregi à son époux , c de ce qui ne peut me rendre immortelle ? Ce que mon seigneur sait de l'immortalité, puisse-t-il me le dire I > — c Toi qui m'es vraiment cbcre, lui répondit son époux, tu dis de chères paroles... Écoute-bien ce que je dis. Un époux est aimé, non parce que vous aimez l'époux, mais parce que vous aimez en lui l'Esprit divin. Une épouse est aimée, non parce que nous aimons l'épouse, mais parce que nous aimons en elle l'Esprit divin... L'Esprit divin, à épouse bien-aimée, voilà l'unique objet que nous devons voir, entendre, comprendre, méditer. Si nous le voyons, l'entendons, le comprenons et le connaissons, alors cet univers entier nous est connu... De même que nous ne pouvons saisir les tons d'une conque en eux-mêmes, mais que nous saisissons le son en saisis»

PHILOSOPHIE DE L INBB. BRABIfANISHB. 5

sant la conque ou le souffleur de conque; de même en est^il atec l'Esprit divin... Il en es! de nous, quand nous entrons dans l'Esprit dirin, comme d'une masse de sel qui serait jetée dans la mer : elle se dissout dans l'eau qui Ta produite et ne peut être reprise ; mais en quelque lieu que tous puisiez l'eau et la goûtiez, elle est salée... De même que l'eau dcTient sel et que le sel devient eau, ainsi nous naissons du diTin Esprit et nous y retournons. Quand nous avons passé, il ne reste de nous aucun nom. » Haitregi répondit : — c Ici tu m'as égarée, disant qu'il ne reste de nous aucun nom quand nous avons passé. > ~ « Ce que je dis n'est pas un mensonge, mais la plus haute vérité ; car, s'il y avait ici deux être» eo présence [Dieu et l'homme], alors l'un verrait l'autre, l'un entendrait, apercevrait et connaîtrait l'autre. Mais si le seul et divin Soi [ou Dieu] est le grand Tout, qui et par qui verrait-il, entendrait-il, percevrait*!!, ou connaîtrait-il (1) T ■

L'Inde a donc passé du naturalisme au panthéisme, et à cette doctrine de Témanation qui fait sortir tous les êtres de Dieu comme d'une source universelle, sans admettre de distinction absolue entre les êtres.

Cependant, le principe que Tlnde plaçait à Torigine des choses n'était pas une puissance ayeugle et indifférente : les sages Indiens conçurent Dieu comme engendrant par amour, mais par un amour mêlé de désir. Selon eux, l'Être, retiré d'abord en lui-même, vivant d'une vie solitaire^ « respirant et ne respirant pas », jette enfin du fond de son unité ce cri sublime : c Si j'étais plusieurs I 3 et, par la puissance de son c ardeur intellectuelle, » il engendre le monde. « L'amour, le premier, pénétra l'Etre unique, l'amour, ce premier germe de l'ardeur intellectuelle. Méditant dans leur esprit, les sages sentirent cet antique lien qui rattache l'être au néant (?). »

1. Voir Max Mûlicr, A Mstory ofaneieni sanskrit lUerahxts, p. 222.

2. ■ Alors rien n'existait, ni le non-ètre, ni l'être, ni monde, ni air, ni région supérieure. Quelle était donc l'enveloope de toutes choses ? Où était, quel était le réce|>tacle de l'eau? Où était la profondeur impénétrable de Tair ? U n'y avait point de mort, point d'immortalité, pas de flambeaux du jour et de la nuit. Mais lui seul respirait sans respirer, absorbé dans l'ardeur de sa propre pensée. Il n'entendait rien, absolument rien autre mie lui. Les ténèbres étaient au commencement enveloppées de ténèbres ; 1 eau était sans éclat. Mais l'être reposait dans le vide ciui le portait, et cet univers fut enfin produit par la force de son ardeur intellectuelle... Mais qui connaît exactement ces choses ? Qui pourra les dire ? Ces êtres, d'où viennent-ils ? Cette création, d'où vient-elle? Les dieux ont été produits parce qu'il a bien voulu les produire ; mais lui, qui peut savoir d'où il vient lui-même? Qui peut savoir a'où est sortie cette création si diverse ? Peutelle, ne peut-elle pas se soutenir elle-même ? Celui qui du haut du ciel a Ifs yeux sur ce monde qu'il domine, peut seul savoir si cela est, ou savoir

Plus tard, ces idées encore vagues se précisent dans des doc* trines arrêtées. D'après la cosmogonie de Manou, Brahma est le dieu unique, tour à tour producteur et destructeur de l'univers. « Passant du sommeil à la veille, et de la veille au sommeil, constamment il fait nattre à la vie tout ce qui a le mouvement et tout ce qui ne Ta pas ; puis il Tanéantitet demeure immobile. Les créations et les destructions des mondes sont innombrables ; et rÊtre suprême les renouvelle comme en se jouant (1). » C'est la loi d'alternative, qu'on appelle aujourd'hui l'universelle évolution.

Plus tard il parut naturel de distinguer, de séparer, dans l'Être infini, la force qui détruit et la force qui crée. Brahma resta le dieu créateur, mais il vit se dresser devant lui le dieu destructeur, Çiva. Par Çiva, les feuilles se dessèchent, la vieillesse remplace la jeunesse, le fleuve s'engloutit dans la mer, Tannée épuisée achève sa carrière. Si ce dieu de mort était livré à lui-même, le monde serait bientôt anéanti ; mais une force réparatrice préserve le monde, c'est le dieu conservateur et sauveur, Vichnou. Ainsi Brahma, Çiva, Vichnou, représentant la création, la destruction et la renaissance, forment la trinité indienne, la Trimourti. Mais

fî cela n'est pas. • — • Eternel, connaissant tout, pénétrant tout, toujours plein de joie, toujours pur, plein de raison, affranchi, Brahma est Tintelligence et la félicité... » — « A Torif^ine, Tèlre était unique... Il était seul au commencement, sans second. Il éprouva un désir : Plût à Dieu, ditil, que je fusse plusieurs et que j'engendrasse I Et il créa la lumière. La lumière éprouva le môme désir et créa les eaux. Les eaux désirèrent également, et elles dirent : Plût au ciel que nous fussions multipliées et fécondes ! Et elles créèrent la terre. ■ — t C'est par la propre volonté de Brahma, non par l'acte propre des éléments, qu'ils sont ainsi développés; et ils pénètrent réciproquement l'un dans l'autre dans un ordre inverse, et sont réabsorbes à la dissolution générale des mondes, qui précède la rénovation des choses. > — c La cause toute-puissante, omnisciente et percevante de l'univers est essentiellement heureuse. Elle est la personne brillante, dorée, vue dans l'orbe solaire et dans l'œil humain. Cet être est Télément éthéré dont toutes choses procèdent, et auquel elles retournent toutes. Il est le souffle dans lequel se plongent tous les êtres, au sein duquel ils naissent tous. Il est la lumière qui brille dans le ciel et dans tous les lieux hauts et bas, partout, à travers ce monde et dans la personne humaine. Il est le souffle et la personnalité intelligente, immortelle, impérissable et heureuse^ avec laquelle Indra s'identifie. » — a Gomme l'araignée projette et retire son fil, comme les plantes •ortent dn sol et j retournent, comme les cheveux de la tète et les poils du corps croissent sur un homme vivant, ainsi l'univers sort de Vinaltérable. > — « Lui. l'invincible, le sage, se contemple comme la source ou la cause de tous les êtres. > — On trouve aussi dans le Ekagavad-Gita : I Enfm qu'estril besoin d'arcumuler tant de preuves de ma puissance ? Un seul atome émane de moi a produit l'univers, et je suis encore moi tout entier. » (Ibid,) 1. Lois de Manou, trad. par Loiseleur-Deslongchamps, liv. L

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