Trad. Schlegel, p. 142 el
PHILOSOPHIE DB l'iNDE. BOUDDHISUB. Il
Au mysticisme de cette école se rattache la réforme de Çakyalilouni, surnommé le Bouddha, c'est-à-dire le sarant.
IV. Siddhartha, dit Çakya-Mouui (le solitaire de la famille des Çakyas), ou le Bouddha, ne s'est donné que pour un philosophe: ii n'a jamais prétendu parler au nom de la divinité ; c'est par des préceptes de morale et des théories métaphysiques qu'il a accompli la grande réforme à laquelle son nom est attaché, et il n'est pour rien dans les superstitions qui s*y sont ensuite mêlées.
Çakya-Mouni (600 ans avant J.-Ch.), fils d'un roi de ITnd» centrale, avait à vingt- neuf ans quitté le pays de son père pour embrasser la vie d'ascète et prêcher les « quatre vérités sublimes.^
Ces vérités se rattachaient à la doctrine alors régnante de la transmigration des âmes ou de Tezistence aux formes successives. La première vérité, c'est qu'une telle ezist^ice a pour conséquence nécessaire la douleur. Çakya le démontre par sa théorie de l'en* chainement mutuel des douze causes qui produisent la vie. La mort et la vieillesse ont pour cause la naissance ; la naissance a a pour cause l'existence mobile ; l'existence a pour cause l'attachement aux choses, sans lequel l'être ne renaîtrait pas. L'atta-^ chement a pour cause le désir ou la soif de l'être. Le désir, cet insatiable besoin de rechercher ce qui plaît et de fuir ce qui est désagréable, a pour cause la sensation. Celle-ci a pour cause le contact avec les objets ; le contact a pour cause les sens ; les sena ont pour cause la forme qui rend les objets distincts et permet de les nommer. La forme a pour cause Tentendement qui représenteles objets et les distingue; l'entendement a pour cause les conceptions, sorte de miroir à travers lequel l'imagination voit le monde. Ces conceptions, enfin, ont pour cause l'ignorance, c'est-à-dire l'illusion qui nous fait attribuer aux choses de ce monde la durée, la permanence et la réalité. C'est là l'illusion primitive, origine de l'existence. Qu'est ce donc, en définitive, que l'existence de ce monde? Une illusion immense. Voilà la première vérité sublime.
La seconde vérité, c'est que le désir est la cause de la douleur, t Les qualités du désir, toujours accompagnées de crainte et de mi- « sère, sont les racines des douleurs. Elles sont plus redoutables que « le tranchant de l'épée ou la feuille de l'arbre vénéneux. Comme » une image réfléchie, comme un écho, comme un éblouissement • ou le vertige de la danse, comme un songe, comme un discours
< vain et futile, comme la magie et le mirage, elles sont remplies
< de faussetés ; elles sont vides comme l'écume et la bulle d'eau... « Tout composé est périssable ; c'est le vase d'argile que brise 1»
« moindre choc. Tout composé est tour à tour efiet et cause ; nul « être n'existe gui ne vienne d'un autre, et de là la perpétuité € apparente des substances. Mais le sage ne s'y laisse point troai- € per. En y réfléchissant, il s'aperçoit que tout composé, toute f agrégation n'est que le yide, qui seul est immobile. Les êtres € que nos sens nous révèlent sont vides au dedans, vides au de^* € hors. (1) 3
La troisième vérité sublime, propre à consoler des deux précédentes, c'est que riUusion de l'existence et la douleur du désir peu vent cesser. Gomment? Par l'anéantissement de l'existence illusoire, par le nirvana. Le mot de nirvana signifie Textinction ou l'absence de souffle. Le nirvana met fin à Tuniverselle métamorphose, aux naissances et aux renaissances, aux épreuves et aux expiations, au vertige incessant de la vie. Le nirvana est-il donc un anéantissement absolu de toute existence, ou n'est-il que l'anéantissement de Texistence mobile au sein d'une existence immuable ? Ces deux interprétations ont été soutenues ; la seconde est la plus conforme au iieste de la doctrine. Ce qui est i vide au dedans et au dehors », c'est Texistence composée et visible : l'anéantissement de ce vide n'est donc pas lui-même le vide, mais plutôt la plénitude. L'illusion cesse : la réalité demeure.
Ija quatrième vérité sublime, c'est que la méthode morale pour arriver au nirvana est le renoncement absolu et l'extinction de tout désir. C'est le principe de la morale bouddhique. Se détacher de soi, renoncer à soi-même, anéantir en soi tout désir, voilà la loi fondamentale.
Bouddha appelle tous les hommes au salut et au nirvana, sans distinction de castes, et proclame l'égalité religieuse de toutes les classes sociales. « Ma loi est une loi de grâce pour tous. Et qu'estce qu'une loi de grâce pour tous T C'est une loi sous laquelle de misérables mendiants se font religieux (2). » a Celui-là est un sage qui ne voit pas la différence entre le corps d'un prince et celui d'un esclave .... L'essen tiel en ce monde, c'est ce qui peut tout aussi bien se trouver dans un corps vil (la vertu), et que les sages doivent saluer et honorer. » De même que le prince, le prêtre ou brahmane n'est point supérieur aux autres hommes, c II n'y a pas entre un brahmane et un autre homme la différence qui existe entre la pierre et l'or, entre les ténèbres et la lumière. » Bouddha
1. E. Burnr ufy Introduction à l'histoire du b<mddhisme, '^^ 808. Ibid. 375