‹ Histoire de la philosophieChapitre 9 sur 397 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

PHILOSOPHIE DB l'iNDB. BOUODHlSIfB* 13

renverse lautoritô sacerdotale en affranchissant la morale du culte, en abolissant les cérémonies et les pratiques religieuses pour y substituer les devoirs moraux, a Tout ce que l'univers peut offrir de sacrifices en une année, tout ce que chaque homme peut immoler dans une vue intéressée, ne vaut pas le quart du respect religieux professé par un homme envers la vertu. »

Au principe de l'égalité religieuse entre les hommes, le boud* dhisme ajoute d'admirables principes d'humanité, de fraternité, de pardon des offenses, de douceur et d'humilité. « Vivez en cachant Yos bonnes œuvres et en montrant vos fautes; aimez les autres hommes ; aimez tous les éti*es. Une légende représente Bouddha donnant son corps en pâture à une tigresse affamée, qui n*avait plus la force d'allaiter ses petits. -^ « Ce n'est pas la naissance qui fait le vrai brahmane ; cela ne dépend pas de la mère : j'appelle brahmane le pauvre qui n*a aucun désir !... Celui qui, tout innocent qu'il soit, supporte l'injure, les coups, les fers, sort avec patience et douceur, celui-là je l'appelle brahmane I Celui qui ne bat pas un faible animd, ni un fort, ni ne permet qu'on les batte, celui-là je l'appelle brahmane I Celui qui, attaqué, ne résiste pas et se montre doux à ses ennemis, celui qui n'envie rien aux envieux, celui-là seul je l'appelle brahmane f »

La tolérance est également précbée par Bouddha. « Il ne faut jamais blâmer la croyance des autres ; c'est ainsi qu'on ne fera de tort à personne. Il y a même des circonstances où Ton doit honorer en autrui la croyance que l'on ne partage pas. En agissant de cette manière, on fortifie sa propre croyance, et on sert celle d*autrui. L*homme, quel qu'il soit, qui, par dévotion à sa propre croyance, l'exalte et attaque la croyance des autres en disant : Mettons notre foi en lumière^ ne fait que nuire gravement à la croyance qu'il professe. Puissent les disciples de chaque doctrine être riches en sagesse et heureux par la vertu (1)1»

Une des plus belles traditions où se montre cet esprit de charité, est l'entretien de Bouddha avec son disciple Puma, sur un voyage que ce dernier voulait entreprendre dans un pays habité par des hommes barbares, pour leur enseigner la morale nouvelle.

a Ce sont, loi dit Bouddha, des hommes emportés, cruels, colères, furieux, «( insolents. S'ils t'adressent en face des paroles méchantes et grossières, « s'ils se mettent en colère contre toi, que penseras-tu ? — S'ils m'adres- « sent en face des paroles insolentes et grossières, voici ce que je penserai:

1. Yassiliel, le Bouddha^ p. 114. Voir nos Extraits des philosophes.

« Ce sont certainement des hommes bons, ces hommes qui m'adressent en « face des paroles méchantes, mais qui ne me frappent ni de la main ni « à coups de pierre. — Mais s'ils te frappent de la main et à coups de « pierre, que penseras-tu? — Je penserai que ce sont des hommes bons^ a des hommes doux, ceux qui me frappent de la main et à coups de pierre, « mais qui ne me frappent ni du bâton ni de Tépée. — Mais s'ils te frap- « pcnt du bâton et de Tépée ? — Ce sont des hommes bons, ce sont dc« « hommes doux, ceux qui me frappent du bâton et de Tépée, mais qui n^ « me privent pas complètement de la vie. — Mais s'ils te privent corn- « plétement de la vie ? — Ce sont des hommes bons, ce sont des hommes « doux, ceux qui me délivrent avec si peu de douleur de ce corps rempli « de souillures I — Bien, bien, Puma! tu peux habiter dans le pays de ces « barbares. Va, Purna ; di^Iivré, délivre ; consolé, console : parvenu au « nirvana complet, Cais-y arriver les autres (1) I »

Malgré sa grandeur, la morale bouddhiste est trop mystique el trop contemplative : Tidée de la charité y est admirablement développée ; mais l'idée du droit en est absente. La résignation à l'injustice peut être une vertu dans certains cas, surtout si Ton e». seul en cause ; mais le maintien de son droit et du droit d'autrui est aussi une vertu, et la charité même commande de ne pas se résigner si facilement aux injustices dont souffrent nos semblables. Les vertus civiles, politiques et patriotiques, les vertus du citoyen sont inconnues à TOrienl: on ne songe qu'à la sainteté et à Tezistence éternelle (2).

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