‹ Histoire de la philosophieChapitre 89 sur 397 · liép., X · texte numérisé non relu

liép., X

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Il semble à première vue que la perfection de Dieu soit un obstacle à sou être, et qu'elle s'oppose à Teiistence réelle ; mais^ à en croire Platon, cette perfection est la raison môme de Texis* tence de Dieu.

Il semble à première vue que la perfection de Dieu soit un obstacle à Têtre du monde, puisque le parfait se suffit à lui-mdme; mais, selon Platon, la perfection divine est la raison même de l'existence du monde.

Le platonisme est tout entier dans ces deui principes :

L*étre le meilleur en soi doit être aussi le plus réel en soi et le plus actuel : sa bonté est sa raison d'être. L'être le meilleur en soi doit être aussi le meilleur pour les autres, lo plus puissant, le plus fécond, le plus bienfaisant: sa bonté est leur raison d'être.

Platon a eu le tort de ne pas présenter ses spéculations métaphysiques pour ce qu'elles sont, c'est-à-dire pour de poétiques et séduisantes hypothèses, qui peuvent ne pas se trouver conformes à la dure réalité. Son dieu est un idéal dont il n'a pas prouvé l'existence et qui» même comme idéal, ne satisfait pas entièrement l'esprit : c'est plutôt le Bien en soi, la perfection, que la Bonté bienveillante et expansive.

Platon a, en outre, une notion trop faible de l'activité individuelle, de la volonté personnelle. Préoccupé avant tout de l'objet suprême de l'intelligence, de l'objet suprême du désir, il ne s'occupe guère du sujet pensant, désirant et voulant. Dans sa théorie des Idées, abstractions réalisées, il ne voit que les objets intelligibles, formes immuables de l'être, et néglige l'action de Tintelligence, qui forme elle-même ses connaissances. Dans sa tbéoàe de l'amour, il ne voit que l'objet désirable, et dédaigne l'activité qui désire; aussi arrive-t-il à confondre l'amour vrai avec le désir fatal : il n'aperçoit point dans l'amour la part de la volonté, la bienveillance qui fait d'elle-même un libre don.

C'est l'action de la volonté qui est absente de ce système idéaliste et tout intellectuel; alors même que Platon parle de l'amour, il n'entend guère qu'un amour intellectuel; alors même qu'il parle du bien, il n'entend guère qu'un bien intellectuel. Aussi la notion de l'individualité et de la personnalité s'efface chez lui au profit de l'universel et de l'impersonnel : il voit trop exclusivement le côté logique ou esthétique des choses. Il lui manque souvent le sens de la vie et de la nature, de la volonté qui fait le fond de la vie et de la nature mêmes.

Ces défauts se retrouvent dans la morale et dans la politique

de Platon. Sa morale, en supprimant la volonté, supprime par cela même et le véritable sujet et le véritable objet de la moralité. Qu'est-ce que le bien abstrait et impersonnel de Platon f il n*7 a de bien, au sens propre du mot, que dans la volonté ; les autres choses peuvent être vraies, peuvent sembler belles; seule la banne volonté est bonne ; seule du moins elle est morale; elle est le but des actions en même temps qu'elle en est le principe. Seule aussi elle fonde, avec la vraie justice, la vraie fraternité, à laquelle Platon aspire sans 7 atteindre.

Dans Tordre social, Platon ne pouvait s'élever à Tidée du droit, par cela même qu'il n'apercevait pas dans l'homme ce qui fait de l'homme un être vraiment respectable, sacré, inviolable par luimême : la volonté tendant à la liberté.

La politique de Platon, comme sa morale, a de grands méritea et des défauts encore plus grands. Ce qui est vrai d'abord, c'est que l'Etat a son idéal comme l'individu, son Idée à réaliser dans une visible image. En d'autres termes, l'empirisme ne peut suffire à fonder une véritable politique, et Platon a raison de soutenir que la philosophie est absolun.ent nécessaire à la science de l'État. La politique, en effet, étudie les meilleurs moyens de faire régner dans un État la justice ; comment donc serait-on un bon politique sans une idée exacte de la justice, de la véritable liberté et des véritables intérêts de rhumanité? Aussi, dit Platon, tant que les philosophes ne gouverneront pas les États ou que ceux qui les gouvernent ne seront pas vraiment et sérieusement philosophes, il n'est point de remède aux maux qui désolent les nations, ni même à ceux du genre humain. — On a trouvé long* temps cette assertion bien hardie; on commence à en entrevoir la vérité. Depuis des siècles, Thumanité a mis à l'essai la politique d'expédients et d'intérêts égoïstes, la politique sans idéal, et elle n'a pas lieu de s'en féliciter. Ne serait-il pas temps de mettre à l'essai la politique de principes, fondée sur le droit et la justice, telle que les philosophes la comprennent ; la politique qui ne s'occupe pas seulement des intérêts présents d'une seule classe ou d'un seul peuple, mais des intérêts universels et durables, identiques avec la justice même f C'est tout au moins une expérience à faire, après tant d'essais infructueux pour trouver la paix et le bonheur en dehors du droit. Cette expérience n'a été que commencée, et cependant elle a déjà produit les plus grands résultats : n'est-ce pas aux idées des philosophes répandues dans le siècle dernier que la société moderne doit l'abolition de

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