‹ Histoire de la philosophieChapitre 90 sur 397 · PLATON · texte numérisé non relu

PLATON

TesdaTage, régalîté civile et politiquei la tolérance religieuse, radoucissement des lois pénales, les progrès de Tiastruction populaire, la suppression d'un grand nombre de privilèges, la liberté de Tindustrie et du commerce, et tant d'autres réformes? C'est un fAcheux préjugé de croire que la politique est une science toute pratique et empirique, qui ne peut s'apprendre par la théorie. On traite d'utopistes les théoriciens et les philosophes comme Platon, jusqu'à ce que leurs idées soient enfin passées dans les lois ; ou encore on déclare que ce qui est vrai en théorie cesse de l'eu e dans ia pratique, comme s^l pouvait y avoir deux vérités. Il y a des férités incomplètes et des vérités complètes, des théories exactes et des théories inexactes ; mais la vérité complète et la théorie exacte ne peuvent jamais être en contradiction avec la pratique. Entre Tidéal et le réel, Platon Ta bien compris, Topposition n'est jamais qu'apparente. Ce qui s'oppose au réel et au naturel, ce n'est pas le véritable idéal, mais Tutopie proprement dite. L*utopie est une fiction de l'imagination, qui non-seulement n*est point, mais ne peut pas être et ne doit pas être, car elle est contraire à la nature des choses. L'idéal, c'est le perfectionnement et l'achèvement delà nature, conçu par la raison ; c'est la fin à laquelle tend la nature même f t dont elle peut toujours se rapprocher ; l'idéal est donc naturel par excellence ; et s'il n'est pas encore réel, du moins il peiU et doit être réalisé de plus en plus. L'utopie est fausse et mauvaise; l'idéal est le vrai et le bien. L'abolition de la famille et de la propriété, rêvée par Platon, était une utopie ; la destruction de rignorance et de la misère, à laquelle tendent les sociétés modernes est un idéal qui se réalise progressivement. C'est donc un vice égal de méthode, en politique, soit de placer l'idéal dans Futopie par l'oubli de la réalité, soit d'accepter toute réalité pré* sente et tout fait accompli comme une chose immuable et définitive. On doit faire efibrt pour maintenir en harmonie ces deux termes : l'idéal et le réel (I).

Au reste, si Platon a compris que le vrai politique doit se régler sur une idée, il a mal déterminé cette idée régulatrice. Confondant la morale et la politique, il croit que le but de la législation doit être de développer la vertu en général, et non pas seulement de protéger cette vertu particulière, essentielle à la conservation de Tordre social : la justice. La doctrine de Platon sur ce point a pour conséquence le despotisme. C'est que Platon n'a pas vu la

1 . Voir notre livre intitulé : L'idée moderne du droit en Allemagne, en Angleterre et en France*

vraie fonction du gouvernemeut. Le gouvernement n'a point pour mission de nous rendre vertueux et heureux, mais seulement libres et justes, afin que nous puissions librement accomplir notre destinée sous la seule condition de ne pas faire tort aux autres. Le véritable objet de la politique est d'établir Tégalité des libertés et de maintenir chacun dans son droit* Le reste ne regarde pas l'État, mais l'individu; c'est à Tindividu de travailler en vue de ses intérêts matériels et moraux ou des intérêts d'autrui. Le gouvernement ne peut donc punir par la force que l'abus de la force ou la violation des contrats sociaux. Toutes les autres fauteSi quelle qu'en soit la gravité, soit contre nous-mêmes, soit c contre Dieu », soit contre la simple charité, ne regardent point l'État et ne peuvent être par lui punies; la société n*a que le droit de légitime défense contre Tinjustice qui tenci à la détruire; et il n'y a d'injustice que quand nous violons la liberté, la conscience, la personne physique» l'honneur et la réputation de nos semblables* L'impiété, par exemple, que Platon veut punir, n'est point proprement une injustice envers nos concitoyens; ces derniers n'ont donc point le droit d'in tervenir par la force, soit privée, soit publique : de là dérive le droit inviolable qu'on appelle la liberté de conscience. L'idée du droit était si mal élucidée dans Tanliquité que Platon, qui avait assisté à la mort de Socrate, eut l'inconséquence de proposer à son tour des peines sociales contre des fautes religieuses ou contre des opinions qui ne constituent pas un délit social. Il va jusqu'à condamner à mort celui qui persévère dans l'athéisme.

Toutes ces erreurs ont leur origine dans le dédain de Platon pour l'individu. Il fait de l'État une personne et un corps dont les citoyens sont les membres : il réalise l'abstraction de l'État, de même qu'il réalise tant d'autres entités sous le nom d'Idées; il croit que l'individu a sa fin dans TÉtat, tandis qu'au contraire c'est l'État qui a pour fin de protéger la liberté des citoyens.Telle est Terreur fondamentale de la République^ et cette erreur tient à ce que Platon dans sa théorie des Idées, plus poétique que scientifique, considérant l'individu comme une a ombre » et un « phénomène » sensible, le sacrifie en tout et partout à l'universel.

Voir dans nos Extraits des grands philosophes, livre deuxième, chapitra quatrième, les extraits des principaux disdo^ues de Platon.'

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