Cf. RayaissoQ, I, 58t
126 PHIL030PHIB GRECQUE.
• la Pensée est la pensée de la pensée (t). » Tout autre objet que Tintelligence même participerait nécessairement des régions inférieures de la contingence, du mouvement, de la matière, et l'intelligence divine ne pourrait l'atteindre qu'en descendant d& la hauteur de son activité pure pour recevoir dans son sein le mal et l'imperfection. Non ; mieux vaut ne point apercevoir ce qu'oa apercevrait au préjudice de sa dignité et de sa perfection (2) ; mieux vaut ne pas connaître le monde, si le monde est au-dessous de Dieu.
Telle est la doctrine d*Âristote. •— Mais, aurait pu répondre Platon, s'il est difficile de comprendre comment Dieu peut con* naître ce qui est au-dessous de lui, il est encore plus difficile d& comprendre comment, dans votre système, une chose pourrait être actuelle ou possible, lui fût-elle infiniment inférieure, sans lui devoir son actualité et sa possibilité même. Il est des choses, dites-vous, qu'il vaut mieux ne pas voir que de les voir. Non, il vaut mieux voir l'imperfection et la c pauvreté », pour lui accorder un regard d'amour, l'attirer dans son sein et la remplir d» ses richesses. — Aureste, la coexistence même de cette imperfection avec une bonté parfaite et, par hypothèse, toute-puissante » demeure toujours inexplicable.
A vrai dire, ni Platon ni Aristote ne s'élevèrent à la vraie notion de Tamour. Platon, du moins, a le mérite d'avoir compris que s'il existe un Dieu pai*fait, ce Dieu doit être supérieur dans sa perfection intime à l'intelligence proprement dite, qu'il doit être le bien exempt d'envie et par cela même fécond en bien pour tous les êtres possibles. Il est vrai qu'alors l'existence du mal est incompatible avec sa bontéet sa puissance. — Aristote, lui, identifie absolument le bien idéal, le divin, avec l'intelligence. Dès lors, son Dieu est une individualité à moitié absorbée dans la conscience de soi, et, si cette pensée agit sur le monde, c'est sans penser le monde même. On se demande s'il y a des raisons suffisantes pour admettre l'existence de ce Dieu, ainsi retiré en soi.
Quelle est la relation de la pensée divine, d'abord avec l'ordre du monde, puis avec la substance même du monde ?
On peut dire que le Dieu d'Aristote est une providence, avec cette restriction qu'il est providence sans penser les objets qui subissent son action libératrice. Il n'eu est pas moins le principe