Phys., VIII, I
Ainsi se retrouve daus Aristote roptimisme de Socrate et de Platon. La nature tend de toutes parts au Bien sans être vue de )ui, et sans le voir elle-même au-dessus d*elle comme un lointain idéal, mais sous l'immédiate influence du désir. Son élan vers le bien est spontané, inconscient, et par conséquent aveugle; et cependant il produit et ordonne toutes choses comme le ferait le calcul abstrait d'une réflexion prévoyante (1). C'est que la raison, IK)ur être spontanée, n'en est pas moins la raison : ce qui fait 1 être et la vie de la nature, c'est la pensée ; la nature ne peut donc rien produire qui ne porte la marque de la pensée, qui ne soit intelligible, rationnel, beau et bon.
Nous venons do voir que Tordre du monde, selon Aristote, a sa cause dans Tattraction exercée par l'acte divin sur la puissance matérielle ; reste à savoir où est la cause de l'existence même du monde 7 est-elle à la fois en Dieu et dans la matière? Quel est le caractère définitif de la physique péripatéticienne? est-ce le dualisme, est-ce l'unité ?
Aristote ne souffre pas qu'on fasse du monde une c collection d'épisodes sans unité, comme une mauvaise tragédie; ^y les êtres, dit-il, ne veulent pas être mal gouvernés : — // n'est pas bon quil y ait plusieurs chefs, un seul suffit (2). « Ceux qui reconnaissent deux principes suprêmes, dit-il encore, doivent admettre ensuite un autre principe supérieur (3). » Il en est ainsi de tous ceux qui posent pour premiers principes des contraires, comme l'Amitié et la Discorde, l'intelligence et le Chaos, le Jour et la Nuit.
Puissance et acte^ tels sont, selon Aristote, les deux seuls termes qui demeurent en présence et dans lesquels se résolvent nécessairement tous les autres; mais, en admettant ces deux termes, Aristote ne croit nullement conserver le dualisme dans sa philosophie; la puissance n'existe que par Tacte, et il n'y a au fond qu'un seul principe réel, qu'une seule réalité : l'unité actuelle de la Pensée. L'essence de la matière sensible est le mouvement ; l'essence du mouvement est la tendance, la force, le désir ; l'essence du désir est V&me ; l'essence de Tâme, la pensée ; l'essence de la pensée, la pensée en soi, l'acte pur de la pensée. Et comme la pensée est
l.P%s., IF, vm.
2 Met., Xll, loc. cit.