ÉCOLE D'ÉLÉE
L'influence que l'institut fondé par Pylhagore exerça sur les philosophes de son siècle et sur ceux des
fables que Tadmiration et l'enlbousiasme avaient inventées sur cet homme vraiment extraordinaire.
(1) Pour rappréeiatîon de cette école , nous nous sommes senris du bêan travail de M. Cousin sur Xénoptaane et Zenon d*Ëlée , imprimé dans ses Noureâux Fragments philosophiques , et dont nous ob saurions trop reoomnaMler la lecture.
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aiéûl68 postérieurs fut imaieiue. Elle m iait remtfrqMr d'une manière bien sensible dans une école fondéei en S90, & Éléa ou Yéiia^ dans la Grande-Gréoe , (Mttr l'Ionien XiNOPHAN£ ^ de Golophon* Né à la 40* ûlyni« piade (647 ans avant J.-G. ), il passa la plus grande partie de sa longue carrière dans l'Asie llioeufet lorsque sa patrie tomba sous le joug des Perses » il se retira en Sicile, dont il parcourait, dit-on, les différentes ^iHes 9 récitant ses vers et vivant du métier de rbap« flode* Il n'avait pas moins de quatre-vingts ans lorsqu'il vint s'établir à Éiée, colonie récemment fondée, dont les habitants, échappés aux désastres de toutes les autres colonies de l'Asie Mineure, offraient un asile à eeui de leurs compatriotes qui fuyaient le spectacle de la servitude et de la corruption de leur paysi 11 y vécut eneore une vingtaine d'années, si l'on en croit las témoignages des écrivains de l'antiquité^ qui attes^ tent qu'il vécut au moins un siècle.
Fondateur d'une école destinée à porter si haut l'idéalisme pythagoricien , Xénophane , Ionien de sang et d'habîRide, arrivé très-tard à Élée, présente, dans non système , deux esprits bien opposés ; ils attestent les deux antécédents k travers lesquels il a passé , et dont il forme le peint de réunion. Ce mélange de deux systèmes si différents , cette alliance des contraires , est un des faits les plus intéressants et des plus pro^ près k faire connaître le développement graduel et la marche progressive de la raison philosophique. Ainsi, d'abord sa physique et sa cosmologie sont empruntées i la physique ionienne ; comme les Ioniens , il s'arrête à Tapparence sensible; c'est la terre ^ et non le soleil.
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qui est le ceiUte du monde; on retrouve, daos sa physique , Veau de Thaïes , yair d' Anaxiinène , le feu d'Heraclite : lepoint.de départ , la route et le but , la méthode et les résultats , tout est emprunté aux sens et à la matière.
Mais l'influence du pythagorisme se fait bienti^t sentir dans une théologie qui nous montre à découvert le plus pur et le plus noble théisme, c'est-à-dire une doctrine qui ne se trouvait alors que chez les pythagoriciens de la Grande-Grèce. Cependant, tout en profitant de l'esprit nouveau qu'il rencontra sur les côtes d'Italie , Xénophane resta fidèle à l'esprit de liberté qui caractérisait les Ioniens. En effet , au lieu de poser simplement des dogmes, comme aurait fait un pythagoricien ordinaire , si toutefois il eût osé enfreindre le secret prescrit aux membres de l'institut pythagorique , au lieu de prononcer des sentences et presque des oracles^ et de parler par symboles, Xénophane raisonna.
Aristote et Théophraste nous ont conservé le corps de l'argumentation par laquelle il démontrait que Dieu n'a pas eu de commencement et n'a pas pu naître. Dans un autre fragment qui nous a été pareillement conservé , il déduisait l'unité de Dieu de sa toute-puissance et de sa toute-bonté. Là se trouve la première tentative qui ait été faite de porter la dialectique jusque dans les qualités essentielles de Dieu, de soumettre ces qualités à une dépendance réciproque, et d'en former une théorie.
Voilà donc, dès les premiers jours de la philosophie grecque , Dieu conçu et établi comme souverainement puissant , souverainement bon , et par cela même
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comme es8enticl^0]ll6nt un.: ce n'est plus seulement la cause et la substance de toutes choses, comme nous l'avions vu précédwiment , c'est la cause et la substance sous un point de vue plus intellectuel; c'est la sagesse et la bonté, c'est déjà un Dieu moral.
L'école ionienne et l'école pythagoricienne ont introduit dans la philosophie ,^recque les deux éléments fondamentaux de toute philosophie : la physique et la théologie , l'idée du Inonde et celle jde Dieu. Les deux termes extr^esde toute spéculation étant ainsi donnés, il ne reste, plus qu'à trouver leur rapport : or la solution qui se présente d'abord à l'esprit humain , préoccupé qu'il est néces^irement de l'idée de l'unité, c'est d'absorber l'un dosAermes dans l'autre, d'identifier le monde avec Dieu , ou Dieu avec le monde , et par là de trancher le nœud au lieu de le résoudre. L'école ionienne, appliquant l'idée d'unité au monde, était tombée dans le panthéisme ; les philosophes pythagoriciens, id|6alisant tout, et parlant de principes invisibles , absorbaient le monde dans cette unité absolue et idéale, à laquelle ils ramenaient toutes choses. Xénophane , Ionien et Italien à la fois , qui participa de ces deux philosophies, les combina-t-il de manière à les fondre ensemble, et à les tempérer l'une par l'autre dans le sein d'un sage éclectisme? Releva-t-il le panthéisme en le rattachant au théisme, comme l'effet à la cause, et vivifia-t-il le théisme en en tirant le panthéisme , comme du sein de la cause sort et se développe la série indéfinie des effets ? Devança*l-il ainsi l'ordre des temps et de son siècle ? Non; personne ne devance son siècle > chacun fait son rôle ^ et Xénophane
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n'a pas dérobé à Platon celui qui avait été assigné i ce grand homme, à son siècle, à Athènes. Xénophane, combinant deux idées opposées , en composa un système parfaitement bien caractérisé par Aristote, comme on système indécis, où le théisme et le panthéisme coexistent d'une manière un peu confuse, mais avec une prédominance de l'élément pythagoricien et théiste, qui, s*accroissant et se développant entre les mains de ses successeurs, a fini par absorber l'élément panthéiste et ionien dans une unité absolue et un idéalisme exclusif.
Parménide fut exclusivement Dorien, théiste, idéaliste, unitaire. Après avoir ihit , dans son poème sur fa nature, la distinction du monde de l'apparence et du monde de la raison, il en déduisit deux espèces de connaissances , dont l'une est produite par nos sens , et l'autre par notre raison : la première nous montre partent la pluralité , le multiple , le variable , le contingent ; la seconde nous élève à l'unité, |iu simple, au nécessaire , à l'absolu. Dans son poème , Parménide part de l'idée de Têtre pur, qu'il identifie avec la pensée et [la connaissance, et il conclut que le non-être ne saurait être possible; que toute chose existante est une et tden* tique; qu'ainsi ce qui existe n'a point de commencement, qu'il est invariable, indivisible, qu'il remplit Fespace tout entier, et que par conséquent tout changement, tout mouvement, est une pure apparence. Tel est le système idéaliste auquel aboutit l'école d'Élée, et que Mêlissus , de Samos, développa avec beaucoup de profondeur. Parvenu au somjnet, et pour ainsi dire wr le trdne de Tafoslraetion , Tidéalisme systé-^
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matiqoe des Éléates devait Décessairement paraître bizarre et absurde au plus grand nombre. L'unité absolue n'excluait pas seulement tout ce oui n*est pas elle, elle excluait pareillement , en elle-même , toute diftè* renée , toute distinction , tout rapport d*elle-même à elle-même. C'était une substance sans cause , et pai; conséquent une substance vaine , puisqu'elle était dé« pourvue de l'attribut essentiel qui constitue la substanee. Les objections les plus graves accusaient l'absurdité d'un pareil système.
Zenon fut le soldat et le martyr de Técole qui avait ea pour fondateur Xénophane , et pour législateur Parménide. U naquit à Elée, vers la 69* olympiade (504 ans avant J.-C. ) , et passa la première partie de sa ^ dttis l'étude de la philosophie de Parménide, son maître et son ami. Tous les auteurs s'accordent sur son ardent patriotisme. C'était l'époque de raflfranchisseiMnt 4^ la Grèce et de l'élan général vers la Kberté «t riodé* pendance. De toutes parts on travaillait i secouer le )oog des Perses, à se donner des institutions pkw libres. Elée s'adressa à ses philosophes pour fixer sa constitution et ses lois. Zenon , satisfait d'avoir coih tribué à donner à sa patrie des institutions sages , n'y voulut pas avoir d'autre pouvoir que celui de ses TorUis et de ses talents, il menait une vie modeste et retirée » lorsque Elée étant tombée sous le joug d*utt tyran, nommé par quelques historiens Néarque, et par d'autres Démylos, il s'arracha à ses études philosophiques pour défendre les instilutions delà patrie. Ses généreux efforts ne furent point couronoéi» de succès ;
il fut pris et périt dans un supplice horrible» qu*il subit avec un courage héroïque (i).
Zenon avait fait avec Parikiénide , en 460 , un voyage à Athènes , pour défendre les doctrines de son école contre les attaques de l'empirisme ionien^ tout-puissant alors dans cette ville. Charfé de soutenir la diseussion , Zenon , au lieu de rester survies hauteurs de ridéalisme, descendit sur le terrain même de Tempirisme; et, tournant contre ses adversaires leurs propres objections , les força de convenir qu'il n'est pas phis aisé d'expliquer tout par la pluralité que par la seule unité : < Vous prétendez, leur dit-il, qu'il n'existe que ce que les sens vous attestent, qu'ainsi la pluralité seule existe, et vous triomphez dans l'énuméraiion des différences que vousop'posez à la doctrine de Tunité absolue; vous triomphez surtout du mouvement universel que vous opposez à l'immobilité absolue, qui résulte de l'unité absolue d^' Parménide : eh bien, je vous prends par vos propres arguments, et je vous démontre que si tout diffère , comme vous le pensez , par cela même tout se ressemble, et que si tout se meut, tout est en repos ; qu'ainsi votre système même vous pousse à des conséquences opposées à votre propre système. L'empirisme est donc condamné à la contradiction , et à une contradiction perpétuelle. Cette contradiction est votre monde, le monde de la pluralité et de l'apparence , que les sens vous attestent et que l'opinion vulgaire admet.
(1) Diogène-Laërce rapporte , d*aprè8 Hermippus, que Zenon fût jeté dans un mortier et pilé. Plularque raconte aussi qu'avant de mourir, il se coupa la langue avec les dents et la cracha à la figure du tyran.
Il ne faut croire qu'à la raison, non aux sens et à l'opinion : or la raison condamne la pluralité à l'extra- \agance; donc la pluralité n'existe point. » Cette polémique d'un genre tout nouveau déconcerta les partisans de. la philosophie ionienne , excita une vive curiosité et un haut intérêt pour les doctrines italiques ; ainsi fut déposé dans la capitale de la civilisation grecque, avec un élément nouveau et une nouvelle donnée philosophique, le germe fécond d'un développement supérieur. Zenon , avec sa dialectique subtile et audacieuse, apparut aux Athéniens comme une sorte de Palamède en fait de discussion philosophique (i).
Le litre principal auquel est attaché le nom de ce philosophe , c'est l'invention de la Dulectiqu» : et nous ne parlerons pas ici de la dialectique qu'on trouvait déjà dans les essais de Xénophane , et qui n'a pas manqué non plus à Parménide ; nous voulons parler de la dialectique considérée comme un art, avec ses formes, avec l'appareil et l'autorité d'une méthode positive. C'est un point sur lequel tous les auteurs sont d'accord : les quatre démonstrations logiques de Zenon contre le mouvement , et en particulier le fameux argument dît Y Achille (2) , ont puissaminent contribué à sa célébrité. La lutte entre l'empirisme ionien et l'/déalisme
(1) Platon , Phéd. , Irad. de M. Cousin , t. VI , pag. 85.
.(2) Bayle ( art. Zenon ) a reproduit et développé ces divers argumeols el en a tiré la conclusion que Zenon était un sceptique universel. C*est aussi Topinion d*un granU nombre d'auteurs. On 8*est mépris sur le but et les intentions du philosophe d'Elée. On n'a pas vu que ses objections contre lé mouvemeut n'avaient pour but que de convaincre d'absurdité la divisibilité infiuie de la matière , et de montrer qu'en adoptant ce système , ou arrivait nécessairement à la négation du mouvement.
SO PHIJLOSOnilE ANCIBmfE.
éléalique dura près d'uD siècle : Téoole d'Éiée, «vec sa dialectique, coûfondait aisément rempirisme iooieti et le poussait à la contradiction et à l'absurde » en lui prouvant que y soit dans k monde extérieur , soit dans la conscience , la variété n'est possible et n'est eonce^ vaUe qu'à la condition de l'unité. En même temps le bon sens de l'empinsme ionien faisait aisément justice de l'unité éléatique, qui, existant seule, sans aueon dualisme , et par conséquent sans pensée , car toiit« pensée suppose au moins la dualité du sujet et de l'objet, se réduisait à une existence absolue, qui ressem* blait au néant de l'existence.