‹ Histoire de la philosophie ancienne et moderneChapitre 30 sur 72 · PYTHAGORICIENS · texte numérisé non relu

PYTHAGORICIENS

Le mystère qui couvrait l'histoire et les doctrines de Py tbagore , les traditions miraculeuses qui relevaient la sainteté de sa personne, devaient attirer sur ce philosophe l'attention àes hommes disposés à se laisser entraioer par ce goût pour le merveilleux*, qui cornmençaft i se manifester dans le monde. De ce nombre furent Q. Sextius et Sotion d'Alexandrie , tous deux connus de Sénèque, et surtout le famedx Apollonhjs de Thyane en Cappadoce, e^t imitateur de Pythagore, qui s'était adonné à la divination et associait le mysticisme religieux aux doctrines morales. Son biographe , Philostrate , semble avoir voulu foire de lui une espèce de Messie du polythéÎMne. Phisieurs

ihVtes* philosophes, à son exemple, appliquèrent Id pythagorisme à l'étude de la nature , ou cherchèrent à découvrir dans la doctrine des nombres de Pythagore une science supérieure et occulte , et ils la fondirent dans les théories de Platon,

HEUGIEUSE ET MYSTIQUE.

Après tant d'eflbrts pour soutenir, éclaircir et appliquer les résultats obtenus par la philosophie grecque/ dans son premier et son second âge, l'esprit humain ne pouvait être entièrement satisfait. Trop de motifs' avaient été allégués pour démontrer l'insuffisance de' (ous les systèmes, pour qu'il pût s'arrêter à aucun^ d'eux. L'homme a besoin de croire; il ne vit que de' tbi. Mais les conditions de sa foi changent avec les' siècles ; et il était impossible , à cette époque , que des systèmes philosophiques qui s'étaient mutuellement ruinés dans une guerre si longue et si animée, remplissent en aucune manière les conditions qu'il exigeait. Tous lés moyens avaient été employés par les philo-' sophes pour ie conduire à la vérité , et tous avaient été successivement attaqués et détruits par le scepticisme.

Dans cette situation désespérante, la philosophie devait nécessairement chercher s'il n'y avait pas dans Inintelligence une forcé Jusque-là inconnue ou trop négligée, qui, sans s'appuyer sur l'abstraction que le scepticisme avait convaincue de se dissiper souvent en vaines rêveries, ou sur l'empirisme dont l'insuffisance ^vait été pareillement démontrée , pût atteindre direc-

iM PHaaaoHiiE anciknne.

tement à la vérité; et noo pas à latérite rektite» maU à La vérité absolue ; et non pas seulement a la vérité abstraite ) mais au principe réel de toute vérité , à aoD principe absolu , c'est-à-dire, à Dieu.

A ce besoin impérienx de croire, le christiaaiaxDâ avait déjà suffisamment répondu. Cette religion sublime, qui prescrivait Tamour désintéressé de Dieu et de l'humanité, qui annonçait à tous les peuples, sans aucun appareil scientifique, l'alliance de Dieu et du genre humain, était venue apporter ses douces consolations à des âmes flétries par le doute et rincertituda* 14a liberté grec(|ue était perdue sans retour ; la puis* sance romaine , à peu près achevée , déjà se dévorait elle-même , et laissant Tâme sans intérêt pratique g<^ néral, la livrait à la merci dç tous les capricçs d*un QWif égoisme. Partout se faisait sentir le besoin d'é* motions nouvelles : il n'y avait plus rien de grandi feire dans ce monde; et lorsqu'au temps marqué par la Providence, le christianisme vint ouvrir à l'eaprit humain les voies nouvelles qu'il cherchait, il s'j précipita avec enthousiasme, impatient qu'il était d'aban-. donner la terre pour le ciel, etlecqmmerce d'une société Qorrompue pour celui de Dieu même.

Ce qu'avait feit le christianisme, la philosophie dut l'essayer à son tour. Mais au moment où elle devenait essentiellement religieuse, elle ne pouvait employer lea méthodes qui lui avaient servi jusqu'à ce moment , el dont elle avait d'ailleurs reconnu Timpuissance. Ce ne fut donc plus à Tobservation sensible,, à Faoalyse, à l'abstraction, qu'elle s'adressa : ses nw>jemi fur^ol i'inapîratÎQny l'entfMusiasmie , TilliuninatioA^

lu. ooiabredeB caus^ extérieure» qui déyoteyfiiweit deos la phUosophie ce nouveau caractère , il faut rou^ptir en première ligne le contact de re&prit grec e^ dt ï^ prit oriental. Ce qui distingue l'Orient, m eUel^c'eit un idéaliame myitîqua fondé sur la contemplatioii mmSh diate et sur l'extase. Une b;pothèse adoptée ftm ^g^ <|a« caritiques distingués ^ et que les plaftOMeiens d'Alesafidrie avaîenc déjà niîse au jour, explîqu<mît à'mat wanière . satt^isaftte la iaeUité aveiç laquoUe a'opéta oette fusion. La jdtilosopbîe grecque^ sdM cette hypothèse , serait dérivée eUe-même daa aatiqiMs traditions de l'Asie et des mystères de la Thrace. ZoROASTRE, HERicta, Orwéb ,^ auTaJent été les vérita* blés instituteurs des Pythagore, des Platon. Les phi-< loaof^s grecs, adaûs à la pajrticipatio» de oMAe aagfsse prÎBaiiive, n'auraient fait quç la dépouîUer du iicûl^d«a iiQUons, U revêtir de9 forjpnes siçientiâquas» an, lui defsoiMt uQ développ^mievt mélhodiquQ. ^in^îj^Ioraque )e4 doctrines pl^itcwiciennea prirent à AleitandiiB un UfOuye^u Qaractère,/ elles n'awaient fait an qudque sorte quei remonta à l^ur source; dlea auisai^t été ûQ«imeAtécs dans Iq; même esprit qui préaida i leur ivéation^ n est certaiti , du moins à nos yeui , qu'une partie de» traditions de l'Asie passa ebea les Greca^ d'abord par les allégories mylMogiques que Isa poëlaa ont admises, reproduites, mais altérées) emuitei i l'aide des initiaUens mystérieuses; enfin, eld'una wa*nière plus directe, par l'intermédiaire des philosopbes enn-môQDeS) qui» comme Pytbag<Nreet Platou» recueillirent ces doctrines dans teurs voyages. Mais il ue dut pas donner à cette opinion une valeur trop abaolue,

bifiiMb r'oht fait les nëôpïatoaiciènà d'ÀléxandricV qui ]piMirraféDt bien, comme ils en ont élé accusés, être éu'x-mémes les auteurs de quelques-uns de ces oracles de 2!ioroastre, de ces écrits d*Herraès-Trismégiste , 4u de ces fragments orphiques , sur lesquels ils appuient si fiiéquanment leurs doctrines.

'^ Quelques essais irréguliers précédèrent le dévelopt>ement méthodique de ce mysticisme alexandrin si cétélFré dans les fastes de la philosophie , et si dhér^ ëerfient jugé. Commençons par ceux qui ftirent tentés par les Juirs et les Gnostk^des.

Page 1