‹ Histoire de la philosophie ancienne et moderneChapitre 42 sur 72 · HT8T1QUE · texte numérisé non relu

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Pétrarque.

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Attaquer le réalisme , c'était engager contre l'autorité de l'Église, qui le soutenait^ une lutte dangereuse* Elle avait été déjà faiblement essayée à la fin du pre* mier Age de la scolastique ; mais elle avait été infructueuse, et pendant toute la durée du second il n'avait été nullement question du nominalisme. Les circonstances étaient devenues plus favorables : les rois et les prin(^, soumis jusqu'alors, comme la philosophie ^ au.pffvoir pontifical, tendaient de tous côtés à s'en affranchir. Déjà était engagée la lutte entre Boniface YIII et Philippe le Bel ; plus tard commença cdle de l'empereur Louis de Bavière avec le pape Jean XXII. tin cordelier du comté d'Occam, ep Angleterre^ tra^

248 piiiLosoraiE w moykn-age.

vailla avec ardeur, par ses écrits y à Tafllranchissement du pouvoir politique, et, non moins hardi dans sa philosopiiie I il prit hautement la défense de Topinion proscrite. Soutenu par la puissance des princes qu'il défendait avec sa plume (1), il porta au réalisme des coups dont il lui fut impossible de se relever.

Jean d'Occam, surnommé Doctor singtdaris, invmcibilis et venerabilis inceptOTy était parti de ce principe que, pour arriver à la connaissance de la vérité, ce n'est point à l'autorité qu'il faut s'en rapporter : de là la polémique engagée contre la réalité des notions générales, des prédicables et des prédicaU d'Arislote. «Quelleestlanaturedeces idées générales ? se demandat-il. Elles ne peuvent avoir d'existence indépendante que dans les choses , ou dans Dieu. Dans les choses il n'y a point d'idées générales, car elles y seraient ou le tout ou la partie ; dans Dieu elles ne sont pas comme essence indépendante , mais comme seul objet de connaissance ; dans l'esprit elles ne sont*pas autre chose. » Ainsi tombaient toutes les entités de la scolastique; ainsi fut posé l'axiome fondamental de la philosophie nominaliste : // ne yaut pas multiplier tes ê^es sans né" ressité : Entia non stmt multipUcanda prœter necessitatetn.

Une autre théorie aussi célèbre attira l'attention du philosophe réformateur, celle des espèces sensibles et intelligibles. Selon les scolastiquos , l'âme humûse ne pouvait immédiatement connaître les substances corporelles et les êtres spirituels. Entre les corps extérieurs et l'esprit de l'homme, existaient, comme médiateurs

(1) n écrivit à l'empereur Louis : Tu me défendus gladio , ego te defen» damcalamo.

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indispensables , des images conformes au système de Défflocrite^ des espèces sensibles qui représentaient les objets externes par la conformité qu'elles avaient avec eux. Us supposaient, de môme^ que Tesprit ne pouvait connaître les êtres spirituels que par Tintermédiaire des [espèces inietUgibles. Dans une argumentation qui rappelle celle d'Arcésilas contre l'école stoïcienne f et qui a été exposée avec beaucoup de sagacité et de clarté par Gabriel Biei. son disciple, Occam attaqua L'hypotbèse chimérique de ces idées-images , et fut dans la philosophie moderne le précurseur du chef de l'école écossaise.

Dès que la base du réalisme fut ainsi renversée, Occam , libre et dégagé d'entraves , put se tracer une nouvelle carrière. Toutes les théories qui reposaient sur le principe de l'existence des universaux , par exemple, celle du principe de VindwiduaîUm, qui avait tant occupé les partisans de St Thomas ou de Scot , s'étaient évanouies. U fut alors amené à chercher la source des con* naissances humaines dans la perception intuitive, à invoquer l'autorité si longtemps méconnue de l'expé^ rîence, à déterminer les rapports des connaissances abstraites aux connaissances sensibles. La réalité n'ap* partenant qu'aux individus, et les individus n'appartenant qu'aux sens, il n'était pluspossible de faire reposer la science sur le fondement dés notions générales.

Voilà donc Occam entré dans la route du sensualisme. C'est une chose remarquable , que dès le moment où la philosophie reprend un peu d'indépendance , elle ne le fait qu'en revêtant l'une des quatre formes que nous lui avons reconnues jusqu'ici ; et ce qui ne l'est pas

tSO PHILOSOPIIB DU MOTEN'AGE.

moio6, c'est que dès l'aurore de cette réforme phllow^ phique » c'est encore le sensualieme qui paraît le premier sur rhorizon. Mais un fait encore plus instructif poor nous 9 c'est le résultat que Jean d'Occam a tiré de aes principes 9 quelque faiblement qu'ils sment encore dé* veloppés : eh bien I ces résultats sont encore analogues à tous ceux que nous avons vus jusqu'à présent , et que nous verrons toujours désormais sortir de la philosophie sensualiste. Sans doute ce n'est point encore le sensualisme fort et conséquent que nous avons étudié dans les écoles de la Grèce; mais il ne faut pas oublier que nous sommes à la fin de la scolastique, et que l'école nominaliste écrit sous l'influence d'une autorité contestée , il est vrai , mais encore bien puissante.

Quelque faible cependant que soit la part de liberté qu'on lui laisse, la philosophie d'Occam laisse entrevoir déjà tous les heureux résultats que produit un système fondé sur l'observation sensible : les principaux sont le dédain de la méthode et des entités de la scolastique , et un goût de plus en plus prononcé pour l'analyse et l'étude des sciences physiques. On y trouve aussi qudques*uns des mauvais cdtés du sensualisme. Occam, éa jMrouvant que l'esprit humain n'arrive aux substances que par leurs qualités et par leurs attributs, soutient qu'il ne peut avoir aucune idée de la nature des substances. « Gomme on ne connaît Dieu que par ses at-» tributs, dit-il, de même on ne connaît l'âme que par ses qualités. On peut observer ces qualités et s'en rendre compte; mais quant à la substance de l'âme, comme on ne la perçoit -pas directement , il n'est pas aisé de dire qu'elle est immortelle, car on ne peut pas

TROISIÈME ÉMQra. SSi

même prouver qu'elle est immatérielle. On ne peut dé*monlrer quel est le siAstratum , l'agent qui réside sous ces qualités que nous connaissons ; cest peui-étre un ageni naturel et matériel. La foi seule ^t ici de mise. » Rien de plus faux que ce raisonnement, et c'est cependant la base de celui que nous verrons reproduit par le sage Locke et les partisans de sa doctrine. Nous ré* pondrons à ceux-ci , comme nous pouvons déjà le frire à Occam : que s*il n'y a pas de substance sans attributs, par cela même , toutes les fois qu'il nous sera donné tin attribut d'un certain caractère, toute substance d*une nature opposée é cet attribut sera exclue; ainsi, étant donnée la pensée comme attribut fondamental de Tàme, par cela seul une substance de l'âme, étaadue et matéridle , se trouve inévitablement exclue.

G*était assez pour les nominalistes d'avoir ébranlé fantorité d' Aristote , et détruit une partie des chimère» du réalisme. Il serait injuste d'exiger d'eux le dévelop* pement raisonné d'aticun système philosophique : toute leur activité dut être concentrée dans la lutte qu'ils eurent à soutenir contre les partiisans de la vieille doctrine scola6tique : elle fut vive, opinifttre, et Ton en vint plus d'une fois aux voies de fait. Les persécutions, comme on peut le croire , ne manquèrent pas aux nominalistes; leur chef, poursuivi parle ressentiment de Jean XXIf (i), mourut à Munich en 4347.

(1) C*e8t pendant le pontificat de Jean XXH que s'éleva , parmi les corde* lien, cette fameuse question qu'on appela le pain des Cordeliers, et qui eoBSistait à UToir si ces religieux aTaient la propriélé des «Aoses qu'on le«r donnait , dans le temps où ils en faisaient usager par exemple » si le pain leur appartenait quand Us le mangeaient, ou s'il appartenait à l'église romaine. Cette question frivole donna l>eaucoup d'occupation a« pape, aussi

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