‹ Histoire de la philosophie ancienne et moderneChapitre 46 sur 72 · ÉCOLE IDÉALISTE PLATONICIENNE · texte numérisé non relu

ÉCOLE IDÉALISTE PLATONICIENNE

maicha ncn.

PléteD , ea introdiiisaiit le platonisme à Florence p tvail w iMpirer un vif intérôt pour cette doctrine i Gfttto l'Ancien y chef de la famille des Médicis, dont le fils Pierre* et le neveu Laurent , instruits par Piéton lai-nAmey héritèrent de cette prédilection décidée. L'amour de la philosophie de Platon engagea Côme i établir une académie platonicienne, dans laquelle il doAna la première place k Makule Ficin , né à flo» ftnee an 4438.

Le principal mérite de ce philosophe ^ celui qui nous le rend encore si précieux aujourd'hui , est d'avoir bit passer dans la langue latine les ouvrages de Platon et de Plotin» 9jum qu'une partie de ceux de Jamblique» de Porphyre, et de Produs. Il est aussi l'auteur de plusieurs écrits , dont le plus important porte le titre de Théologie plaummenne^ et renferme un traité complet de l'immortalité de l'âme. Cet ouvrage est dédié i Laurent de Médicis : l'idée principale qui y règne ^ et qui caractérise en général toute la philosophie de Ficin, c'est quei'âme de l'homme émane de la divinité, et qu'elle est destinée à se réunir i Dieu, pourvu qu'elle saehe se détacher des liens.de la matière et résister aw charmes séducteurs du corps. Pour faire voir comment l'esprit humain parvient à briser les liens de la mortalité, à connaître sa destinée immortelle, et à arriver au bonheur, il çh^wbe à prouve^ qu'outre le principe

matériel du monde physique , d'après lequel les mistes et la secte cyrénaique expliquaient l'univers, il existe encore un certain pouvoir actif, semblable à celui que les cyniques, les stoïciens et plusieurs autres sectes de Tantiquité admettaient. Mais il doit y ayoir au-dessus de la qualité, qui est soumise à la m6me divisibilité que la matière , une forme plus noble et d'un ordre supéirieur , qui , bien que susceptilde d'un certain changement , ne se prête pas toutefois à la divisibilité matérielle. C'est dans eette forme que les anciens théologiens plaçaient le siège de l'essence raisonnable de l'âme. De plus, il existe encore une nature spirituelle et angélique, indivisible, immuable, dont Anaxagore ainsi qu'Hermotime paraissaient avoir eu déjà connaissance. L'œil de cette nature spirituelle et angélique , qui cherche et embrasse la lumière de la vérité, contemple le soleil divin, vers lequel HalOD enseignait que l'âme épurée doit tourner ses regards. Lorsque nous sommes arrivés à cette hauteui- de la contemplation, nous pouvons comparer ensemble les cinq degrés de toutes les choses , la masse corporelle ou matérielle , le pouvoir actif ou la qualité, l'âme raisonnable , l'ange et la divinité. Comme les âmes raisonnables occupent le milieu de cette échelle, elles paraissent constituer le lien de la nature entière, régir les qualités et les corps, et se réunir avec les anges et la divinité. De là résulte qu'elles sont impérissables et indestructibles, puisqu'elles unissent ensemble les échelons des genres de toutes les choses existantes; que ce sont les substances les plus «nobles , car elles président à la maclûhe de l'univers ; que ce sont enfin

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les ètreê les plus heureux , puisqu'elles se réunissent à la divinité. Or, pour ^démontrer que notre âme se trouve réellement dans ce rapport, Ficin allègue d'abord des raisonnements populaires , ensuite des argumentations particulières , puis des analyses subtiles de nos facultés, et termine par la solution des doutes et des objections qui s'élèvent contre son système.

Telle est la marche adoptée et suivie par Ficin dans sa Théologie plaionicienne , où l'on peut voir à découvert l'esprit de ce qu'on appelait à cette époque le platonisme. On y trouve en effet, au lieu de la philosophie que Platon a exposée dans ses Dialogues, un mélange de dogmes empruntés à l'élève de Socrate , aux nouveaux platoniciens , notamment à Plotin, aux gnostiques, aux cabalistes, enfin à la doctrine chrétienne, telle qu'elle avait été développée par les Pères plato* nioiens de l'Église. Tout ce qui a rapport à la philosophie, dans ses autres ouvrages originaux, porte le même cachet. Si sa morale, comme celle de tous les B^platonieiens , présente le caractère du mysticisme , elle en offre aussi tout^la pureté et toute l'élévation : elle renferme une foule ne maximes excellentes, propres à épurer le caractère moral , et qui sont très-souvent exprimées d'une manière aussi noble qu'énergique. Nous devons toute notre estime au zèle véritablement philosophique avec lequel il s'efforça d'expliquer la nature humaine, le rôle qu'elle remplit dans l'univers, et sa destination morale. Les temps anciens et modernes ne nous offrent pas un seul philosophe qui ait allégué autant d'arguments que lui en faveur de la spiritualité et de l'immortalité de l'âme. Parmi les preuves théo-

Hê * PHaMonn mommie.

reliques rapportées par les moderMs, il s'en traoïwrit cKfiteilement quelqu'une, et peut-être même n'y en •t-H pas une seule k laquelle il n'ait déjà songé , ou qm m soit renfermée dans celles dont il a présraté Tialfrressaut tableau. Les spiritualistes modernes poiseraîettt dans son livre une abondante moisson d'idées utfles.

Marcile Fiein eut pour disciples et amis les dewL cemles Iean Pic et François Pic de la Mirandele » auxquels il fit partager son enthousiasme pour la pUloao* phie de Platon. Le premier, homme d'un savoir pro* digieux, mais doué d'une imagination exaUée, eet celui qui ayant renoncé à sa petite couronne de Mtran* dola ^ pour se livrer entièrement à la philosophie, devait présenter à Rome, daii^ une espèce de carrousel phi» losophique, neuf cents thèses^ neuf cents propositions qu'il soutiendrait à tout venant. Cette grande solennité n'eut pas lieu. Il avait étudia les langues orieiilsAes, particulièrement les livres cabalistiques, pour lesquels il conserva toujours une espèce de prédilection. Son neveu François Pic,. qui n'avait pas à beaucoup prés autant de talents que lui , s'hacha e^dusiveoient au pur mysticisme , et combattiPa la fois la philosophie païenne et la scolastique.

L'autorité des trois platoniciens que nous venons de citer, et le crédit de leurs nombreux amis, contribuèrent singulièrement à mettre en honneur la philosophie à laquelle ils s'étaient dévoués. Devant ces théories nouvelles , si attrayantes et si habilement développées , que devenaient toutes les subtilités de la scolastique? Tel fut l'effet produit par l'apparition des ouvrages de Platon , que l'Europe tout entière en parut

etAftéfi. H 8*étâblit alors côDtre la pfaitoMphie de Pécole une réftètion qui devint de jour en jour plus pro^ iiomée. Déjà fortement attaquée par les nominalbtes , eUé êëfét néeessairement suecomber en présence de OM vastes systèmes , qui venaient ouvrir à l'esprit bu-* main une si hirge carri^.

Aristote continuait cependaat à conserver de nonn breux partisans : mais ce n'était plus cet Aristote du moyen-ftge , Tauteur du seul erganum ^ et le législateur du syllogisme; c'était Aristote tel que l'avait étudié Fantiquité dans ses ouvrages de physique, de politiquci d'histoire naturelle, de métaphysique; on en possédait le texte original, que Ton s'empressait d'étudiw, de commenter^ de traduire. Il s'était formé déjà une nouvelle école péripatéUcienne parmi les théologiens et l60 médecins* Ces derniers , qui étaient plus portés vers le nalwalisme, purent, sous ce manteau^ développer avec plus de sécurité diverses opinions particulières afpfMHTtenant k la philosophie de la nature ; la distinct tlcrn de la vérité philosophique et de la foi de l'église leyr servit le plus souvent d'abri contre le xèle des or* tfaodoxes, prompts k soupçonner l'hérésie.

Mais plus souvent encore dq violentes persécutions 'poursuivirent les partisans des doctrines nouvelles, et s'opposèrent à leur développement. Les mômes causes qui avaient arrêté l'essor de Roger Bacon se réunirent contre ses successeurs , plus hardis encore : ce fat au prix de leur sang que ^ingénieux et intéressant Jordano Bruno, que le courageux penseur Vanini, purent déposer en Europe le germe de cette révolution qui a produit la philosophie moderne.

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Certes l'autorité ecclésiastique , dans ces temps dé* ptorables , ne pouvait rêver cette tolérance religieuse que quatre siècles de guerres et de luttes ont à peine procurée au temps moderne; il était impossiUe que Ton comprit alors que la religion n'a rien à gagner dans ces persécutions et dans ces rigueurs par lesquelles on voudrait essayer de comprimer la liberté de la pensée. Il nous est aisé de dire aujourd'hui , après tant d'expériences^ que la pensée humaine» abandonnée à ellemôme^ peut atteindre directement toutes les irérités religieuses, et que la voie la plus courte pour y conduire les hommes ser» toujours celle de la liberté. Mais au moyen*àge, on ne pouvait soupçonner que tds seraient les inévitables résultats de la tolérance , quelque conforme qu'elle fût à l'esprit de l'Évangile. La situation des esprits, les habitudes, les mœurs , l'éducation, tout portait à des maximes opposées : une religion peu éclairée devait engendrer le fanatisme , et le fanatisme enfanter ces crimes horribles qui font frémir l'humaniié et que la vraie religion désavoue. Le christianisme avait grandi au milieu des rigueurs de la persécution.; la philosophie , à son tour , n'en continua pas moins sa marche progressive, lorsqu'elle eut ses martyrs.

L'idéalisme platonicien, parti de l'académie florentine , de Marcile Ficin et des Pic de la Mirandole , se prolonge et se développe régulièrement jusqu'à Jordano Bruno, pendant que la philosophie d'Aristote, suivant une marche parallèle, arrive, en partant de Pierre * Pomponat, jusqu'à Yanini. Faisons connaître succès* sivement les hommes les plus distingués de chacune de ces deux écoles.

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