‹ Histoire de la philosophie ancienne et moderneChapitre 49 sur 72 · ÉCOLE PÉRIPATÉTICIENNE · texte numérisé non relu

ÉCOLE PÉRIPATÉTICIENNE

Pendant que les doctrines de Platon et de Plotin , grâce aux commentaires de Marcile Ficin et des philosophes de son école, s'élevaient sur les ruines de la scolastiquC) avec un tel éclat, qu'il était question defiûrc

décerner à Platon, par rautorité ecclésiastique, l'hon*neur dont Âristote avait été sur le point d* être décoré vers la fin du treizième siècle, la philosophie péripatéticienne recevait en quelque sorte une nouvelle vie , par les soins d'un grand nombre de savants italiens, et ne comptait pas moins de- sectateurs que sa rivale. Les efforts de l'érudition et de la critique se réunirent pour éclaircir^ rectifier et propager les écrits d' Aristote. Les noms de ces commentateurs célèbres, Erasme, Scâliger, Ges- NER, Sylburge, Yatable, ct tant d'autres, sont as^ez connus dans l'histoire littéraire. Le résultat de leurs travaux fut que l'on commença dès lors à mieux comprendre les ouvrages d' Aristote, et à concevoir une idée plus complète, plus précise et plus exacte de son système philosophique. Un autre résultat non moins important , c'est que Ton cessa de s'astreindre servilement à la lettre des dogmes du sage de Stagyre^ et que Ton porta dans leur examen un esprit de critique, qui avait manqué aux comtd^ntateurs des siècles précédents.

A l'égard du véritable sens de l'aristotélisme , les péripatéticiens modernes se partagèrent en deux sectes rivales , dont l'une suivait dans ses commentaires Alexandre d' Aphrodise , et l'autre prenait Averroès pour guide4 Les philosophes de la première école furent appelés Akxandrisies y et ceux de la seconde i^y^rrot^^^.

mbrrb pomponjlt.

Pierre Pomponazzi, ou Pomponat, né à Mantoue^ en 1462, chef des alexandristes , dut le commencement de sa célébrité à la lutte qu'il soutint à Padouc ,

874 raiLOsoraiE moderne.

contro l'ave rroîste Achillini. Il enseigna plus tard à Bo« logne , où il exeerça la profession de médecin , ce qui lui procura une fortune considérable. Un de ses prin* cipaux ouvrages a pour titre : le DesHn , h Providence , et le libre arbitre. C'était une tentative assez difficile pour un péripatéticien que de concilier le destin, Ma providence et la liberté de l'homme : aussi ^ après les efforts les plus laborieux, il n'aboutit à aucun résultat bien précis; il donna les solutions connues , tirées de la scolastique régnante , en avouant que c'étaient plutôt des illusions que de véritables réponses.

Son traité de l'immortalité de l'Ame lui attira des persécutions, auxquelles il aurait peut-être succombé sans l'intervention du cardinal Bembo , son protecteur et son ami. Il avait dit avec les péripatéticiens que l'âme pense bien par la vertu qui est en elle, mais qu'elle pense seulement à la condition qu'il y ait dans la conscience une image venue du dehors. Or, si l'âme ne pense qu'à la condition d'une* Image, et si cette image est attachée à la sensibilité, et celle-ci à l'existence du corps, il s'ensuit qu'à la dissolution du corps l'image périt ; alors il semble que la pensée doit périr avec elle, et que par conséquent il n'est pas possible de donner une preuve démonstrative de Timmoptalité d^ l'âme. Dénoncé à l'inquisition de Venise, il répon-» dit , pour se justiCer ^ qu^il ne résultait de sa doctrine aucun inconvénient pour la religion .chrétienne, qui fournissait d^ bases sufQsantes au dogme de l'immortalité. Il se sauva par cette distinction entre les vérités de la philosophie et les "vérités de la foi ; conipromis assez commode, dont les philosophes seos^o^listes ge

servirent plus d^une fois à son exemple , qui permet de nier d'un c6té ce qu'on a l'air de respecter de l'autre , et qui caractérise à merveille cette époque de transition, ce passage de la servitude entière de la raison à son entière indépendance.

)L' école de Bologne produisit plusieurs hommes distingués^ et entre autres Simon Porta , Napolitain, professeur de philosophie à Pise, qui, à une connaissance parfiaite du péripatétisme , joignait un goût plus épqré que celui de Pomponat et un style infiniment plus élégant ; Césab Grémonini , qui enseigna la pl)ilûsophie et la médecine à Ferrare; Sepulyéda, cet adversaire de Las-Gasas ^ dont nous avons déjà parlé ;

PlCC«LOMINI, ZaBA&ELLA , Ct GÉSALPINI.

Grémonini passa la plus grande partie de sa vie à Padoue, où il moyrpt de la peste en i630. Il admit, avec le commentateur Alexandre d'Àphrodise , que le <|ogme de la mortalité de l'âme est une suite nécessaire de la psychologie d'^ristote y et il soutint ouvertement cette doctrine dans ses Comevipiationes de anima. Il fut accusé d'impiété et d'athéisme ; il protesta de sa fidélité auiç doctrines enseignées par TËglife, et se tira d'affaire. Il parait cependant que ses contemporains ne se méprirent, pas sur ses véritahles sentiments; car c'est à lui qu'on attrihue l'adage si souvept répété par la suite : iiilii;^ ut libfily farts ut mma e^.

Gésalpioi d'Arezzo , professeur k Rome qt médecin de Glément YIII , se fit remarquer par la manière ar-> bitraire dont il interpréta le sens du péripatétisme ^ipiitif, et 4[>ar l'originalité des résultats auxquels il arriva* U s'attacha de préférence aux commentaires

d'Averroès. L'école à laquelle il appartenait considérait Dieu non comme la cause , mais comme la substance du monde. Césalpini développa cette espèce de panthéisme, et, comme ses prédécesseurs, se sauva de la persécution en reconnaissant expressément l'autorité suprême de TEglise et de la révélation.

VANIM.

Jules César Vanini fut plus hardi et plus malheureux. Né en 1586, dans les états du royaume de Naples, il voyagea en Allemagne , en Bohème , dans les Pays-Bas, en France et en Angleterre, et enseigna successivement dans chacune de ces contrées. Les inégalités de son caractère et son extrême liberté de penser lui firent partout un grand nombre d'ennemis. Après avoir erré longtemps de pays en pays, engageant partout des discussions sur les matières philosophiques et religieuses, il alla , pour son malheur , s'établir à Toulouse, où il fut accusé d'athéisme. Il appartenait à la secte averroïste, et par conséquent il regardait Dieu non comme la cause, mais comme la substance du monde. La citation suivante prouvera jusqu'à quel point était fondée l'accusation dont Vanini fut l'objet : « Tout être est fini ou infini ; il n'y a pas un seul être fini qui se suffise à lui-même , qui soit à lui-même sa substance propre. Yoilà pourquoi il est facile de donner une démonstration nécessaire de Dieu. Cette démonstratioa ne repose pas sur la relation de l'effet à la cause, mais sur la relation du phénomène à l'être, à la substance. Puisque tout être fini ne se suffit pas à lui-même , il faut qu'il y ait qu^quo chose d'infini; car autrement

il n'y aurait pas môme d'être fini possible , et il n'y aurait rien du tout ; par conséquent il est également impossible qu'il n'y ait pas un être infini et éternel* Cet être infini et éternel , c'est Dieu. »

Ce fut un certain Franconus qui le cita en justice. Là 9 plusieurs de ses anciens auditeurs vinrent déposer contre lui ; il essaya de se justifier, mais ce fut en vain. On rapporte que l'avocat général qui soutenait contre lui l'accusation d'athéisme , s'étant cru obligé de lui donner en même temps une leçon de théologie, et s'efforçant de l'accabler sous les preuves de l'existence de Dieu , qui passaient alors pour rigoureuses , Yanini se baissa, prit un brin de paille, et dit : « Si je n'avais d'autres preuves que celles que vous me donnez , je mériterais peut-être l'accusation que vous portez contre moi. Mais voici un brin- de paille : ce brin de paille ne s'est pas fait lui-même; donc Dieu existe (i). > Il fut brûlé comme athée.

Tels furent les principaux philosophes qui soutinrent et développèrent les principes du péripatétîsme. En Allemagne, les promoteurs de la révolution religieuse, Luther et Mélanchton , qui avaient d'abord conçu contre Aristote des préjugés défavorables, par le même mouvement qui leur avait fait rejeter la philosophie scolastique, finirent cependant par renoncer à leurs préventions; et Mélanchton, en particulier, répandit Ifps doctrines du péripatétisme dans les universités

(1) Ses deux ouvrages imprimés les plus eonnus, quoi<ni*a8sez rares, les seuls d'après lesquels on ait pu apprécier sa philosophie el son caractère , sont VAmphithealrum œtemœ Provideniiœ , et [fi livre De admirandisi naturœ régime deœque mortalium Arcanis , libri quatuor.

protestantes : on vit paraître alors une foule d'abrégés et de commentaires d'Aristote » qui eurent Tavantage de tenir en haleine les études rationnelles,

NOUVEAUX stoïciens.

Quoique la philosophie de TAcadénue et dn Lycée eût presque exclusivement attiré Tattention des savaats du seizième siècle, il était impossiUe que la doctrine du Portique ne trouvât pas quelques partisans ^ à une époque surtout où les écrits de Gicérpn , de Sénèque ^ dans lesquels les.maximes de cette école sont exposéœ et discutées, étaient devenus la lecture favorite des littérateurs. Elle eut en effet un assez grand nombre de prosélytes remarquables par leur érudition et leurs talents. Le premier de tous fut Juste Lipse^ né en 1547, dans une terre voisine de Bruielles. Critique et philologue distingué, il devint un 'interprète excellent de l'école stoïque, sans être, à proprement parler , un philosophe; car il lui manqua pour être un stoïcien pratique, ainsi qu'il l'a déclaré lui-même dans ses écrits^ une qualité indispensable , la constance. En général i son but était d'introduire les lecteurs à l'étude de la philosophie stoïcienne, et de les préparer en particulier à la connaissance de Sénèque, sans prétendre faire revivre cette doctrine comme convenable à son école et capable d'y régner. Gaspard Scioppius, dont le rôle philosophique ne fut pas non plus très-décidé , et qui publia des extraits des ouvrages de Juste Lipse ; l'Anglais Gattacker , qui , par son édition des œuvres d'Àntonin, contribua plus que ses prédécesseurs à

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propager et à éclaircir la morale des stoïciens ; Claude Saumaise et Hcmsius, s'occupèrent plutôt de ce système sous le rapport historique que sous le rapport philo^ sophique.

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