ÉCOLE EMPIRIQUE DE BACON
HOBBBS.
Un des premiers philosophes qui ressentirent i'iri-
de philosophie au coUége ro^'al de Poitiers , ayant pçur titre ; Êludei ^ Cartésianisme , ou principes de la philosophie de René Descartes. C'est une
traduction élégante et fidèle des Principes de ce philosophe , suivie de morABaiOi choiais avec goût, el extraits des plus célèbres cartésiens da xYii* siècle.
fluence du sensualisme de Ba<SDD^ fut Thomas Hobbes» né à Malmesbury^en 1588. Il puisa dans Tintimité du chancelier le goût de la littérature classique, et l'aversion pour les subtilités de la scolastique , qui caractérise ses écrits. Sa philosophie se distingue surtout par la rigueur de ses déductions. H rejelte tout fait hypothétique, et s*en tient exclusivement aux faits jréels, qui se réduisent pour lui au mouvement et aux sensations. L*objet de la philosophie est tout corps conçu comoae susceptible d'engendrer un effet, et d'oifrir une composition et une décomposition. Toute connaissance tire son origine de la sensation, mais elle ne prend le | caractère philosophique qu'après qu'elle a été soumise au travail du raisonnement. Uobbes compare ce raisonnement à un calcul . C'est ou une addition de plusieurs choses, ou la soustraction d' une chose que l'on retranche de plusieurs. Ainsi, par exemple, un homme voit de loin un objet, il en acquiert une idée, qu'il appelle corps ; en se rapprochant il remarque que le corps se meut, et qu'il se trouve tantôt ici, tantôt là ; il reçoit donc une nouvelle idée, et dit que ce corp» est animé. En s'approchant encore davantage, il s'aperçoit que le corps animé parle et donne tous les signes d'un être raisonnable : il prend donc une troisième et nouvelle idée , et appelle le corps animé raisonnable. Enfm , quand il a connu clairement et parfeitement l'objet, il additionne ces trois idées, comme trois nombres, d'où résultent l'idée composée et le nom d'un corps qui est animé et doué de raison. La soustraction s'opère par le môme procédé, mais en sens inverse. Lorqu'on voie un homme de près, on en a une idée claire et corn-
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plèle; mais a une. plus gwind distance^ l'idée d'être raisonnable se perd , et il ne reste plus que celle de corps animé. Quand l'éloi^ement augmente encore, ridée de corps \iv9n( disparaît, et celle de corps reste seqle » jusqu'à ce que le ^çorps se trouve totalement soustrait à la vue.
La vérité et la fiiusseté consistent dans les relations des termes du langageou dans les déûnitions, et la métaphysique se réduit à une langue bien faite. Ùobbes est donc complé(^ment nominalisle.
Le fini et le délimité peut seul être connu; l'infini B'est susceptible d'être imaginé d'aucune manière, ni par conséquent connu;. c'est un mot qui ne supposepoîpil une- notion quelconque, mais qui est destiné à honorer un être d^nt la connaissance appartient uniquement à la foi. Hobbes ne laissait donc à la philosophie que la science des corps ( philosophie naturelle), celle de l'homme en général (éthique), et celle de l'état (politique). *
Sa philosophie naturelle est basée sur la théorie atomistique et corpusculaire ; «l'âme est dans son système, comme dans celui de Démocrite, un corps subtil. «^
Sa morale ou éthique se réduit au principe suivant : de la sensation agréable ou désagréable dépend l'idée du bien ou du mal; or à la sensation agréable ou désagréable, il est impossible d'appliquer une autre loi, sinon qu'il faut rechercher la première et éviter li seconde. Jusqu'à présent, comme on le voit, Hobbes tire rigoureusement les conséquences de ses principes : mais c'est dans sa politique surtout que sa logique
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est rigoureuse : en voici les « doctriaes fondamentales. Tous les hommes sont égaux pei* la naturêV et^ avant rinstitution des gouvernements , ils avaient tous un droit égal à la jouissance des bieps^du monde. Suivant Hobbes. l'homme est naturellement un animal solitaire et égoïste , et l'union sociale n'est qu*ude ligue intéressée, suggérée par des vues prudentes d'avantages personnels. La conséquence nécessaire est donc que Tétat de nature doit être une giierre perpétuelle, dans laquelle chaque individu h^a pour ga^é dé sa sûreté que sa force ou son esprit, et dans laquelle l'industne est nulle, parce qu'elle n'a point âe garantie ^e la jouissance de ses produits. Afin de confirmer cet aperçu sur l'origine de la société, Hobbes en appelle à des faits qui tous le%jours se présentent à notre expérience. « Quand un homme, dit-il, va en voyage, n'a-t-itpas le besoin de s^armer et de se faire bien accompagner t
Avant de se mettre au lit, ne ferme-t-il pas sa' porte à
clé? Même (\ans sa maison, ne met-il pas une serrure à ses armoires; et par ces actions n'accuse-t-il pas autant ses semblables que je né lie ^ais par mes discours? »
Dans l'intérêt du maintien de la paix et de la sécurité publiques , il est nécessaire que tout homme abandonne une partie de ses droits naturels, et se contente de la môme portion de liberté qu'il croît utile d'accorder aux autres; ou, comme le dit tfobbes : « Tout homme ^doit se dépouiller du droit naturel qu'il a sur tout, le droit de tous les hommes sur toutes les choses signifiant à peu prés qu^aucun homme n'a droit à aucune chose. » Par suite de cette transmission dés droits
naturdi^ à un individu ou à un corps 4'iû<|ividus , la multitude di^jenl une personne unique,* sous le nom d'état ou de république, chargée d'exercer^ pour (a défense commune, la volonté et le pouvoir commun. On ne peut doi^ enlever le pouvoir de gouverner â ceux auxquels il a été conQé, et on ne peut l'es punir de leur mauvaise gestion : on doit chercher Tinterprétation des lois, ïfc^.dans les conunentaires des philosophes, mais dans laulorité du gouvernement; autrement la société serait à cbaque instant exposée à se dissoudre et à se trouver réduite à ses premiers éléments, si discordants entre eux. Oh doit donc iregarder Tautorité du magistrat comme la seule régie du juste et de rinjuste, et chaque citoyen doit écouter la voix du magistrat comme la voix de sa propre conscience. • Peu cj'années après, en 1631 , Hobbês poussa encore plus loin son argument en faveur du pouvoir absolu des princes, dans un ouvrage' auquel il donna le nom 'dé Lév%athan\ par ce nom, il désigne le corps polifiquer 11 y insmue que I homme est une bête de proie qu on ne peut apprivoiser, et que le gouvernement est fa chaîne vigoureuse qui l'empêclie de faire le mal.
Cette doctrine de la monarchie absolue , représentée comme lldéal du vrai gouvernement , décèulait tout naturellement de k morale de I)ob|)es ; 6( cette morale était une conséquence forcée de sa phifosoptiie générale, dont la racine était (}ans la t6nc|ance sensualis^ de Bacon.
Ce ne fut pas seulement dans l!exposition de se^ doctrines qu'Hèbbes se montra logicien conséquent ; dans la pratique, irfut véritablemiinC lliomme de ses
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théories. En 1618 , pressentant les troubles qui mena* çaient TÂngleterre, il avait fait une traduêtioB de Thucydide, pour dégoûter ses concitoyens des excès de la démocratie. Plus tard, il qoittarAngleterre avec la famille des Sluarls , fidèle à cette famille par fidélité à ses propre principes; mais lorsque Cromwell eut établi un pouvoir assez conforme ^ 4ridée de sa monarchie, Hobbesne'balança pasàibireses soumissions au dictateur.
Ce qui distingue particulièrement Hobbes, c'est la précision et Tenchainement de ses idées. Ses éléments de philosophie sont partagés en trois sections , qu'il
intitule (fe Corpore, de Hominê, et de Cive; c'est-à-dire , du corps en générjil f du corps comme individu déterminé, et de l'homme oamme membre de la société. C'est dans le premier de ces ouvrages que sont tracées les règles de sa logique, qui. a pour titre : Conq^uiaiiOf sive Logica (i). Les uns et les autres ont été étudiés avec grand soin par Locke et Hume» auxquels ils ont suggéré plusieurs idées importantes.