‹ Histoire de la philosophie ancienne et moderneChapitre 59 sur 72 · ÉCOLE IDÉALISTE DE DESCARTES · texte numérisé non relu

ÉCOLE IDÉALISTE DE DESCARTES

Nous avons vu que Descartes était parti de la pensée pour arriver à la notion du monde extérieur^ mais qu'il n'y était parvenu qu'en appuyant sur Vidée innée d'un être parfait, dont la véracité était le garant uni-

que de la réalité de nos sensations. Ce principe laissait L ouvertes à la philosophie première deux routes oppo* sées : Tune qui, partant de Texpérience, et n'admettant rien que de sensible, conduisait à nier la réalité des idées innées : cett^ route fut suivie par Técole de Locke ; l'autre qui, partant des idées inné^^ conduisait à rejeter tout témoignage de 1 expérience et des sens : c'est ce que firent Spiisosa et Malebranche.

j Le principe da Descartes, énoncé par l'enthyméme : Je pense ^ donc je suis ^ comprend deux termes ou éléments de nature hétérogène : l'un psychologique, le nm actuel de la* conscience ; l'autre ontologique , le moi absolu. Pâme substance ou chose pensante. Mais comment trouver le lien qui unit deux éléments aussi divers? Descartes avait tranché la question avant même de Kavoir posée : Spinosa et Malebranche la reprirent en sous-œuvre, et. voici à peu près comment raisonnèrent ces deux profonds métaphysiciens :

Lorsque l'entendement s'eflbrce de concevoir séparément et hors du moi actuel la chose ou substance pensante, il ne peut s'empôcher detrouver de nombreux rapports entre cette substa]>ee et une autre substance, qui a de son côté Vétendue pour attribut essentiel ou mode fondamental. Mais puisque la distinction qui est censée avoir lieu entre l€è deux substances n'est autre , par le fait , que celle de deux attributs ou modes fondamentaux qui caractérisent respectivement chacune d'elles, pourquoi y aurait-il deux substances et non pas une seule qui réunirait les attributs distincts de pensée et d'étendue? Sous tees attributs. Descartes lui-même comprend tout ce que nous appelons les êtres, qui sont

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tous ou pen$(nu$ et inéiendiu, ou non penmna , et , par cela , matériels et étendus, et pures machines.

Ne aerait-il pas possible, par conséquent, de dé^ montrer qu'il n'y a et qu'il ne^pent y a^olr qu'nne seole substance , l'être unitersel , seul néêessaire , le grand tout, à qui appartient exclusivement la réalité ou le titre de substance, et dont tout ce que nous appelons improprement de ce nom n'est en effet que modification ? Or, comme il est logiquement certain quêtons lea eflfetssont éminemment ou formellement renfermés dans leur cause ^ ne peut*on pas dire que tous les êtres sont renfermés dans l'être universel , qui est Dieu ;^ que c'est en lui seul que nous pouvons voir ou penser tout ce qui existe réellement ; que c'est en lui enfln que nom sommes f que nous nous nunuHms et que nous semons ? Tel est le résultat auquel arrivèrent eeS bardis penseurs^ Unis jusque-là par la rigueur des déductions logiques, ici le mysticisme les [sépare : Spinosa arrive au panthéisme , et Malebranche à la tnsion de Dteus

snaosA.

Le Juif fiaruch (B^nok) Smnosa, fié & A.msterdaaa en i63S, se signala dès «son enfance par son ardent désir de connaître la vérité. Ses doutes sur les doctrines du Talmud et ses sentiments religieux , mais exempts de toute superstition, le rendirent indifférent à l'égard des cérémonies du culte dans lequel il était né, et lui attirèrent beaucoup de^ persécutions de la part de ses coreligionnaires^ 11 se tint caché *dans quelques mai* aons de chrétiens, étudia le latin > le grée, leS mathé«

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matîques et la pbiloeopdie , spécialement celle de Des* cartes , doot la clarté l'attirait aana contenter aon mprii rigoiireua'^t pénétrant.

Le caractère et le système de Spinosa ont été égaler ment méconnus et dépréciés avec une eitréme iiijus« tioe (i). L'impartialité de l'hisUHre exige que, tout eu signalant Terreur fondamentale à lequeile le conduisit la rigueur systématique de son esprit, nous rendions hommage à ses \ertus. U irécut toujours de la manière la plus frugale ; il était d'une modestie et d'une afiabilité rares , soutenait sans que rien l'effrayât tout w qu'il croyait être vrai , et donna plusieurs preuves touchantes de son désintéressement. Il mourut à la Haye en 1677^ après avoir consacré sa vie à la méditation dans le silance et la retraite, et laissant la réputation d'un vrai sage et d'un homme de bien.

Spinosa s'était fait une loi de ne tenir pour vrai que ce qui lui apparaîtrait avec toute évidence , et comme conséquence manifesle de principes suffisamment dé« monstratifs. C'est ainsi qu'il tenla de former un système dans lequel il prétendit exposer les principes de la morale , en les déduisant , avec toute la rigueur de la méthode mathématique , des notions les plus élevées de la raison , telles que nous les avons reçues de Dieu; et c'est dans ce but qu'il donna le jaom d'éihiqne à son système. Cet esprit de méthode et de précision scientifique l'éleva presque jusqu'aux points les plus élevés de la spéculation , et l'amena à cette théorie &meuse i

(1) CoLBR , prédicateur luthérien , qui a donné la vie de ee philosophe , éeritit au hts du portrait de SpinoM , qui se trouve en tète de aon ouvrage ,

préparée, comme nous Fa^Ks vu, par Descartes; suivant laquelle il n'existe qu'une seule substance. Dieu, l'être infini, avec ses attributs infinis d'étendue et de pensée ; toutes les choses finios étant de pures appa* renées , des déterminations ou modes de l'étendue infinie et de l'infinie pensée. La substaàce n'est pas un être individuel , mais elle fait le fond de toute individualité ; elle n'a point été faite , elle subsiste par elle* même {causa sm). 11 n'y a que l'individuel, ou autrement les modifications des attributs infinis de la substance, qui commencent à être; savoir : du sein de l'étendue infinie, le mouvement et le repos; et duseia de l'infinie pensée, les modes de l'intelligence et de la volonté. Tout corps particulier, toute intelligence finie, ont pour fond et pour soutien , les uns l'étendue sans limite, les autres la pensée absolue; et ces deux infinis forment entre eux une unité nécessaire, secorres* pondent intimement, sans qu'aucun deux ait engendré l'autre. Toutes les choses finies, corps et âmes, sont en Dieu; Dieu est leurcause immanente ( causa miAcnm^). Il n'est point lui-même une cause finie, quoique toutes les choses finies procèdent de la substance divine, et cela nécessairement et non pas en vertp d'idées et dç buts prédéterminés.

Il n'y a point de hasard : il n'y a qu'une nécessité unie en Dieu avec la liberté, parce qu^il est l'unique substance dont l'existence et les actes ne sont limités par aucun autre. Dieu agit en vertu d'une nécessité intérieure, inhérente aux conditions mêmes de son être^ et sa volonté est inséparable de sa connaissance. 11 n'existe point de causalité finale déterminée librement

verstel^'ou tel but^ il n'axiste de causalité que celle de la nature ménae et de ^a constitution propre. *

La notion directe, imfbédiate d'une iadividualité réelle et actuelle, s^appelle l'esprit, Vàme (mens) de cette individualité;.. et réciproquement cette individualité, comme l'objet direct d'une telle notion, s'appelle le corps de cette âme. Ces deux ehoscs ne font qu'un seul et même objet , que l'on envisage tantôt sous l'attribut delà pensée^ tantôt sous l'attribut de l'étendue. Toutes les idées, en tant qu'on Les rapporte à Dieu, sont \raies ; car toutes les idées qui sont en 'Dieu correspondent parfaitement à leurs objets : d^ù il suit que toute idée absolue, en d'autres termes, toute idée complète en nous , correspondante a son objet, est une idée vraie. Le faux a sa raison dans la privation de la pensée , résultat de son application à des idées désor-* données et corrompues.

C'est dans la pensée active et vivante de la réalité de Dieu que consiste notre félicité suprême ; car plus nous savons la reconnaître, plus nous sommes portés à vivre selon ses volontés, et c'est en cela que consiste à la fois notre bonbeur et toute notre liberté. Notrç volonté n'est pas absolument libre : en effet, l'âme est déterminée en tel ou tel sens par une cause déterminée elle-même par une autre cause , et ainsi de suite. 11 en est de même des autres facultés de notre âme , dont aucune n'est atisolue et indépendante en soi.

La profondeur des idées de Spinosa , la marche serrée du raisonnement, la hardiesse d'une conception où il s'agit d'expliquer le fini par l'iilfini, répandent une grande obscurité sur sa théorie philosophique, et

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