ÉCOLE ÉCOSSAISE
C'était un philosophe écossais qui, appliquant à l'étude de l'homme la méthode expérimentale de plus en plus dénaturée, en passant de Bacon à Locke et de Locke à Condillac, était arrivé à des conclusions devant lesquelles le bon sons devait nécessairement reculer épotwanté. C'était donc en Ecosse que devait commencer la réaction qui, devenue de plus en plus énergique contre les doctrines sensualistes , devait enfin faire rentrer la philosophie fourvoyée dans les larges voies du spiritualisme.
4S6 PHfLOSOraiE kODEHNË.
Au milieu des ruines sur lesquelles semblak s'Atre reposé satisfait et tranquille le génie destructeur de Hunoe» s*élevait encore, respecté par cet audacieux sceptique, le sentiment moral. Sur ce débris, échappé comme par hasard au naufrage de la raison humaioe^ HuTCBESON essaya de construire une nouvelle doetrfne qui y naturalisée en Ecosse par ce professeur doué d'an esprit ^f et naturel , présentée sous des formes simples et fiiciles à retenir, sVIeva peu à peu att rang d'une science philosopbrque.
Sbaftesbury était parti de cette considération qu'il y a un ordre de plaisirs et d'affections qui dififêrenl des plaisirs et des affections privées. Le point de départ de Hutcheson fut le même; Le système de la sensibilité était alors tellement répandu ,'qu'il eût été absolument impossible de s'en affranchir tout d'un coup ; et Hmcbeson eût couru risque de ne pas se faire comprendre, s'il se fût élevé de prime abord à de& idées et i des conceptions tout-à-fait opposées à la doctrine universellement reçue. Mais , sans sortir de la sensibilité , il établit une théorie du beau et du bien tout-à-fait différente de celle que les philosophes sensoah'stes avaient adoptée. 11 fait distinguer en effet dans le développement de notre sensibilité deux effets qu'il faut bien se garder de confondre. Il y a des affections externes qui n'appartiennent qu'aux sens ; maïs il y a en même temps un sens inliiiieur qui jouit et souffre quelquefois en même loraps (]ue la sensibilité physique, mais qui souvent jouit ou souffre sans elle, ou même contradictoirenieal à elle , et qui juge que la sensibilité extérieure a tort ou raison de jouir ou de soufirirà
Titoisitue ÉPOQUE. âfn
Appliqué aux arts » ce sens intérieur devient le sens du bean; appliqué à la connaissance des actions bu* maines, il devient le sens du bien. Eclaircissons cette théorie par deux exemples :
A la vue d'un naufrage terrible, mes sens sont désagréablement affectés. Ces cris, ces signes de détresse, ce canon d'alarme , ce désordre affreux , ine gênent et m'attristent ; et cependant ce spectacle me parait beau. L'océan bouleversé par les vents , les nues sillonnées par les éclairs ^ me semblent sublimes; il y a là un certain plaisir; barbare si Ton veut, mais réel , dont le caractère est profondément désintéressé. Il est désintéressé, |iarce qu'il précède tout eftlcul, parce qu'il est spontané, parce qd'il se produit avant toute conception d'utilité ou d'avantage extérieur, parce que, rebelle à la volonté^ il Se soustrait à sa dépendance.
C'est là le plaisir du beau, selon Hutcbeson.
Dans un pays luttant pour son indépendance et pour sa liberté, le général ennemi , en passant dans Un village i somme l'alcade et le curé du Heu de lui donner des renseignements qui doivent être dirigés contre les leurs. Siir le refus du curé , il le fait saisir et fusiller sur la place. Interrogé à son tour, l'alcade , sans daigner lui répondre, s'avance calme et intrépide près du cadavre de son compatriote , s'agenouille , et , sans faste, sans ostentation, y reçoit la mort en. héros. Au récit de ce dévoûmaut sublime, mon âme est' profondément contristée; la nature physique souffre el gémit; mes larmes coulent. Mais, tandis que la sensibilité extérieure souffre, quelque chose d'intcriour me dit : cela est bien; et j'éprouve une émotion soudaine et involontaire ( ma
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tête se lève^ mon cœur se gonfle et bat plus vite; il semble que mon sang coule plus librement dans mes veines. A cette sensibilité noble et désintéressée réveillée en moi , je sens que je suis vérilaUement un homme. Tel est, selon Hutcheson, le plaisir du biea. Après s'être attaché à prouver que ce n'est ni aux sens extérieurs ) toujours variables , ni aux raisonnements laborieux , mais au sentiment moral que nous devons rapporter la connaissance du beau, Hotcheson lie ces recherches avec celles qu'il a développées sur
les idées du bien et du mal moral , et soutient que oe sentiment moral, qu'il a établi comme principe de nos jugements, n'est pas intéressé. Autre chose est le plaisir, autre chose est l'intérêt. Il est touchant qu'à la vue d'une fleur, d'une belle statue, de formes gnicieuses, un être sensible soit spontanément aflecté d'un sentiment délicieux ; mais aussitôt qu'il considère l'avantage que peut lui procurer l'objet du plaisir qu'il éprouve, il n'y a plus rien de pur et de spontané en lui ; il y a réflexion , et par conséquent intérêt. Le plaisir n'est point produit par l'intérêt, mais il en ^t le fondement. Ce sont donc deux choses qu'il faut bien se garder de confondre.
Après avoir montré que le principe de la morale, quel qu'il fût , était désintéressé , Hutcheson chercha ce principe et. le trouva dans la bienveillance. Adam Smith son élève, connu principalement par son traité classique sur la richesse des nations , présenta ce système d'une manière plus scientifique, en développant sa doctrine de la sympathie , dans le bel ouvrage qui a pour titre : Théorie des sentiments moraux. Par la sym-
pathie , nous noqs supposons à la place de celui que nous voyons agir, et nous jugeons de la convenance de ses actes d'une manière impartiale, dégagés que nous sommes d'ailleurs de ses diverses positions personnelles. De ces jugements impartiaux résultent autant de règles générales pour toutes les actions particulières. Le résumé de cette morale est : Agis de telle sorte que les hommes puissent sympathiser avec toi.
Fergusson introduisit dans la philosophie écossaise un esprit d'analyse plus exact et plus sévère. Attaché à la morale sympathique de Smith , il ne put cependant s^Qûipêcher de voir que cette doctrine était incomplète, puisqu'elle excluait la volonté, qui contient elle-même toute morale. Helvétius et Smith avaient imposé à la volonté, comme loi unique, le premier l'égoîsme, le second la sympathie. Fergusson, en adoptant ces deux lois soifS le nom de loi de conservation et loi de société , s'éleva au-dessus de ces deux philosophes , en démontrant l'existence d'une troisième loi, qu'il appelle loi d'estime, d'excellence et de perfection. Bien qu'il soit encore ici vague, indécis, indéterminé, c'est cependant un immense pas. fait vers la philosophie rationnelle. Il était réservé à Reid de sortir de ce vague , pour établir une véritable méthode.
Les trois philosophes que nous venons de mentionner n'étaient pas parvenus à dégager la morale et la connaissance humaine des liens de la sensibilité physique. Richard Price s'éleva à une* plus grande hauteur, en opposant au principe empirique qui fait sortir de la sensibilité toutes nos connaissances, un, principe tout contraire^ savoir, que l'entendement ou la faculté
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pensante est essenUellemeot distinct de la seDsibiltté , et qu*il eu résulte un ordre de biis dont les caniclères lui sont exclusivement propres et ne peuveni être confondus avec ceux des foits sensibles* Cet écriiraiD éclaircit avec beaucoup d'babileté plusieurs des questions morales les plus importantes, et combattit le système du sens moral, comme incompatible avec la caractère immuable des notions fondamentales de la vertu et du devoir; reconnaissant dans ces notîoiis , ainsi que dans celles de substance et de cause, des principes primitifs et éternels de T intelligence, indépendants de la volonté. Price a parfaitemoit exposé la différence essentielle qui sépare la moralité de la sensibilité, la vertu du bonheur, et en ipéme temps les rapports qui rattachent Tun à l'autre ces deux derniers éléments.
Il y a beaucoup de rapports entre la morale adQ|>tée par ce philosophe et celle qui fut plus tard enseignée par le célèbre Kant.
THOSAS R£ID.
Mous voila déjà bien loin de la morale d'fielvètius el du scepticisme de Hume : mais cette première époque, représentée par Hutcbeson, Smith et Fergusson, oÏÏre encore un certain caractère d'indétermina|ion dans la forme et dans le (ond de ses doctrines philosophiques* Déjà sont mieux appliquées les règles de la méthode ; mais, pour qu'elles le soient complétemem c^ rigoureusement , il faut une main plus sûre et plus exercée. La voie était préparée, Thomas Reid y entra, et> ie
TBOISIÈME ÉPOQUE. 431
(lambeau de l'observation à la main, il la parcourut d'une marche plos^ ferme et plus assurée (i).
Etonné des conséquences justes et inévitables que Bume avait tirées du principe de Locke sur les idées, Reid voulut examiner ce principe avec soin. Il aborda fvanctiement l'examen des résultats que lui présentait cette pbilosophie y et se posa cette première question : y a-Hl ou n'y a-t-il pas des corps ? Allant ainsi au cœur du système , il ruina le principe des idées , telles que les avait considérées Técole sensualiste, et vit aisément qu'il n'était pas obligé d'admettre les conséquences d'un principe qu'il désavouait. Aussitôt que Reid eut reconnu dans une question particulière la nécessité d'une méthode exacte et sévère, il la transporta dans les autres questions de la philosophie, et sentant la nécessité de renoncer à ces croyances faciles nées d'observations incomplètes et inexactes, illa-pri( pour guide dans toutes les recherches qu'il entrepris dans la suite.
La seule question de la réalité des corps, qu'il venait de poser , met en jeu une foule de facultés, et nécessite l'application d'un grand nombre de lois de notre nature. Conduit, en approfondissant cette question, à donner un cours de métaphysique , Reid y porta toujours la même rigueur de méthode. Lorsqu'il étudiait unç faculté, il la considérait sous toutes, ses faces et l'a« naljf sait dans tous ses éléments. Examinait-il une loi,
(1) Voyez, pour de plus amples développements , le discours prélimiDaire placé par M. Buchon en tèle de sa traduction de VHistoire des sciences méta- ^ytlqtiet, ponU4|iie6 et motalet» depuis la renaissance des lettres, par Dniali Slewart
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il la considérait dans ses applications diverses , pour saisir au milieu des changements qu'elle éprouve l'idée précise qu'il faut y attacher. C'est ainsi que l'on vit réellement appliquer pour la première fois en philo* Sophie les préceptes* donnés par Bacon dans son Navum organum , et par Newton dans ses Regnke ptàlasûphtmdi.
Le scepticisme de Hume fut attaqué avec plus de force encore par James Beattie , professeur de morale à Edimbourg, qui reconnut avec Reid un sens commun supérieur à l'expérience , et par lequel les principes de la connaissance sont déterminés. Ce sens commun est y suivant lui, une faculté de l'esprit humain , qui reconnaît la vérité ou fonde la croyance , non par une argumentation progressive, mais par un penchant immédiat, instinctif et irrésistible , lequel ne tire pas sa source de l'éducation et de Tbabitude, provient uni-* quement de la nature, et agit indépendamment de notre volonté , et d'après une loi , dès que l'objet se présente. Le sens commun est encore, d'après le même philosophe , la^source de tous les principes de la morale pratique. C'est sur lui que reposent l'idée de la liberté morale, la loi du devoir, l'espérance d'une vie future et les bases de la religion. Sous ce dernier point de vue, la doctrine du sens commun fut employée avec de plus grands développements encore par un autre Écossais, Jacques Oswald^ dans son Appel ms&u commun en faveur de la religion. %
Mais de tous les successeurs de Reid c'est Dugald Stewart qui a rendu les plus grands services a la science philosophique. Après avoir combattu Locke et ses disciples dans ses Essais philosophiques ^ il fit ,
dans son bel ouviUge sur la Phibsophie de (esprit hmiiain, l'analyse de plusieurs facultés importantes, telles que l'abstraction et la généralisation des idées , qui avaient été négligées par Reid; il établit sur des bases positives la nouvelle logique que préparaient peu à peu les travaux deVécole d'Edimbourg. Mais ce fut surtout en morale qu'il remplit heureusement les lacunes qu'y avaient laissées Reid , Smith et Fergusson. Guidé par les exemples de ses devanciers, riche de celte multitude d'expériences qu'avait fait éclore depuis un demi-siècle la méthode de l'école écossaise , parmi des hommes doués au plus haut degré du talent dé l'observation , il composa un ouvrage qui les renferme toutes^ ingénieusement et méthodiquement distribuées dans des classifications étendues. Les Esquisses de philosophie morale peuvent être con^dérées comme le Iraité de morale le plus complet qui ait encore paru en Angleterre.
Le caractère distinctif de la philosophie écossaise est une sagacité rare^ une patience et une rigueur d'analyse dignes des plus grands éloges. Jamais les phénomènes de la conscience , les principes constitutifs de toute science humaine n'avaient été étudiés et décrits avec autant de pénétration et d'exactitude. Elle a prouvé d'une manière qui ne laisse rien à désirer que , dans le développement de nos facultés, la sensibilité physique ne joue qu'un rôle secondaire ; elle a marqué la différence profonde qui sépare les notions particulières des principes généraux; de ces lois primitives de notre intelligence , que le monde extérieur ne nous donne pas, mais d'après lesquelles au contraire nous apercevons et
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concevons le monde extérieur. Ces principes nécessaires» sur lesquels Platon avait £àit reposer ses hautes théories, que le méthodique Aristote avait classés en catég<MrieSy que Leibnitz avait proclamés sons le nom de vérités l^rnelles, et que l'école de Locke avait négligée , peros qu'elle était impuissante à les faire sortir de la tion f les philosophes d'Ëk^sse les retrouvaient au fond de la conscience soumise à une analyse n^ goureuse.
Mais ces observateurs infatigables auraient pu rendre à la philosophie de plus grands services encore , 8*ils n'avaient pas circonscrit dans des limites trop resserrées les objets de leurs recherches. C'était beaucoup , sans doute, que d'avoir constaté les caractères actuels de la connaissance humaine , et classé avec méthode les différentes espèc^ d'idées contingentes ou nécessaires. Mais il n'est pas au pouvoir de l'esprit humaia de se contenter de ces monographies de facultés , de ces énumératJons de faits internes ou externes, avec quelque exactitude qu'ils soient constatés et décrits. Il veut savoir quelle en est l'origine; il fiiut qu'on lui montre par quelle voie ils sont entrés dans son inidligenoe* L'école d'Edimbourg a laissé entièreo^ent de o6b& les questions relatives à l'origine de nos connaissaBces. Elle a refusé pareillement d'aborder un problème pk» important encore : celui qui a pour objet de constater leur légitimilé. C'est «cependant un fait incoalesiable que la science philosophique ne peut être coa»piè&e i que si elle fait connaître la portée légitime des pria* cipes dont elle a déterminé les caractères actuels et primitife» Ces lois, ces catégories, tw idées nécessaires
TROISIÈME tPOQUE. 4^3
dépendent-elles de la nature même de notre intelligence? Est-ce elle qui leé crée et les impose ensuite à la nature? Si elles ne sont pas son ouvrage , qui les lui a révélées? Quel motif a-t-elle d'y ajouter foi ? De quel droit peutelle les appliquer aux objets éilérieurs ? L'école éeos^. saîse s'est renfermée à cet égard daos un silence qui fiBiit honneur à sa prudence et à sa circoâ^eMlon f mais qui ne saurait satisfaire les exigences légitimes de l'esprit humain.
Néanmoins les ouvrfl^es des philosophes de l'écohl dÉ dimbourg doivent être regardés comme une intro^ ductioû nécessaire à l'étude des Aicciltés iniellectoellest Leur méthode est celle du siècle : c'est celle de Tob* servation; elle a donné à la science psychologique Une baee inébranlable. Ils auraient pu aller plus loin sans doute; mais, dans la voie qu'ils ont suivie , en est certain du moins qu'ils ne se sont pas égarés (4)«
(1) Les otTru^es de Reid et la phis grande fMrtle de eèu de Dagafd Stewarl oot été tniduits cb françMs. M. Joufflroy a fait sviTre la traéveCion des œuvres complètes de Th. Reid , de fragments qui sont les seuls échautil* Ions qui nous restent de renseignement de U. Koyer-Gollard. On lui doit tBSSi la iradttétiM dec Esquisses de phUosophie mordke de BtigaUl StêWart, ouvrage dont M. Cousin a donné, dans ses Fra^atents pbilMOfliifiM»» «m analyse détaillée. Sous le titre à'Histoire abntgee de^sciences mùaphy^ sîques , politiques el morales , depuis la renaissance des leiires , M. Bucteoo a traduH tm éiseoura pvMié par SieMrt es léte du supplément à VKncyclopédie britannique. D'autres essais du même auteur sur les sysltees d« Locke , Hartley , Priestley , Darwin et Horne-Tooke , ont été traduits par M. Huret. Nous devons mentiontier atissi parmi les ouvrages les plus propres à filtre eonnatlre feaprlt de la ^iloMpliie éeMilklae , plnsieurs essais de 9ir James Haekifltodi , traduits par M. Sinrâ , sens le titre de Méimtpes phklosophiques*
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t'UILOSOPHIE ALLEMANDE.
Répandue par rinfluenoe des mœurs el des idées françaises , secondée par Frédéric le Grand » la philosophie de la sensation n'avait pu jeter de ptofondes racines dans la patrie de Leibnitz. Tout en obéissant à la tendance empirique dont il n'était guère possible de s'affranchir alors , les philosophes allemands se distinguaient encore par les efforts qu'ils ne cessaient de faire pour donner à leurs analyses plus de rigueur el de profondeur philosophiques. Rarement aussi ils méconnurent les intérêts sacrés de la morale. Cependant le sceptidsme de Hume, sur lequel Sdlzer appela leur attention , produisit en Allemagne la sensation la plus vive. Alors commença un nouveau mouvement pbîlo* sophique, analogue à celui qui avait précédé, en Ecosse, la réforme opérée par Reid et Dugald Stewart. Pendant cette époque de transition , remarquable aussi par son esprit d'indécision et d'indétermination, le sens moral fut appelé pour combattre Tinfluence du sensualisme. Il se manifesta pareillement une tendance assez prononcée vers l'éclectisme : on se persuadait , dit Tennemann , que la vérité, semblable à un rayon de lumière brisé , devait se trouver éparse dans tous les systèmes.
Telle fut à pjeu près la direction que prirent dans leurs travaux J. Basedov^t, qui porta dans ses ouvrags sur 1 éducation des vues analogues à celles de Rousseau; Moïse Mendelsshoh qui, dans ses recherches esthétiques et psychologiques^ unit l'élégance à la clarté.
Platner Garve et Meiners se distinguèrent par le même esprit de modération et d'éclectisme ; Féder se rappro-* cha plus des doctrines de Locke, qu'il répandit dans des manuels appropriés au grand nombre des lecteurs. Un philosophe qui n'obtint pas de ses contemporains toute l'attention qu'il méritait, J. -Nicolas Tétens avait cependant déjà porté dans ses recherches plus de rigueur et d'exactitude. 11 sut avec beaucoup de sagacité^ et sans tomber dans aucune hypothèse matérialiste, étendre les conséquences de la doctrine de Locke sur l'origine de nos connaissances , découvrir les facultés fondamentales^ et maintenir les principes de la vérité objective. Il essaya de réfuter le scepticisme de Hume , et ouvrit enfin les voies à. une philosophie plus profonde. Tout était ainsi préparé pour une révolution dans la philosophie : elle devenait d'autant plus urgente que déjà plusieurs génies pleins d'originalité, Lessing, WiNGKELMANN , GcETHE, Herder, avaicut reuouvelé en divers sens le mouvement intellectuel , et ouvert la route à de nouvelles idées sur les sciences et les arts; ce fut dans dç pareilles circonstances qu'EiiMANUEL Kant entra dans la carrière.