‹ Histoire de la PhilosophieChapitre 19 sur 126 · Laforet, op. cit · texte numérisé non relu

Laforet, op. cit

une très large place. Elle est donc tout-à-fait opposée à l'école ionienne.

33. Pythagore. — Pythagore naquit à Samos vers 600 av. J.-C. Après avoir beaucoup voyagé, il se fixa à Crotone, dans la Grande Grèce, où il ouvrit une école de philosophie. D'après certains historiens, il mourut vers 504, à Métaponte, victime d'une émeute soulevée par le parti démocratique.

Les pythagoriciens ne formaient pas seulement une école, mais aussi une espèce de congrégation d'ascètes dont les membres s'engageaient à professer les mêmes doctrines en religion, en morale et en politique. Ils devaient garder le silence le plus rigoureux durant cinq ans et professaient la soumission la plus absolue à l'autorité du maître. Le magister dixit était le dernier argument dans les discussions, et suffisait à clore le débat. Parmi les disciples de Pythagore, on mentionne spécialement Philolaits de Crotone et Archytas de Tarente.

Pour Pythagore, le nombre est le principe et la matière des êtres. C'est ce que témoignent Philolaùs, son disciple, et Aristote. Comment Pythagore en est-il arrivé à cette conclusion ? Il ne faut pas oublier que les mathématiques étaient particulièrement cultivées par les pythagoriciens et que pardessus tout, Yunitê, Yordre, Yharmonie était une des préoccupations constantes de leurs recherches philosophiques. Or l'harmonie est le résultat de la combinaison des nombres, et ceux-ci sont produits par l'union du pair (fini, déterminé) et de l'impair (infini, indéterminé). D'autre part, Philolaùs re-

connaît que les choses sont constituées par deux principes : le limitant et l'infini ou indéterminé. " Il est nécessaire, dit-il, que tout ce qui est, soit ou limitant — fini, ou illimité, — infini, indéterminé, ou à la fois fini et infini 1. " Ce qui revient à dire que l'impair (infini, indéterminé) et le pair (limitant, fini, déterminé) sont les éléments des êtres. Or l'impair et le pair, suivant les pythagoriciens, forment le nombre. Le nombre est donc le premier principe des choses. Voilà pourquoi, au dire d'Aristote, toutes choses leur " ont paru (aux pythagoriciens) formées à la ressemblance des nombres, et les nombres étant d'ailleurs antérieurs à toutes choses, ils pensèrent que les éléments des nombres sont les éléments de tous les êtres, et que le ciel tout entier est une harmonie et un nombre 2 ". Tout ce qui existe est un mélange de pair et d'impair, et partant, un nombre et une harmonie. A la tête des nombres est Y Un premier qui représente Dieu. Unité vivante, ontologique, Dieu est entouré du vide. Ce vide, opposé à Y Un est éternel et infini comme lui. C'est de Y Un et du vide que le monde naît éternellement. Entre Y Un et le vide, il y a tendance à s'unir. Une fois que le vide est entré dans Y Un, il y introduit la séparation ; et cette division donne naissance au monde. Ce monde est éternel ; produit, il a dû commencer, logiquement, ou dans l'ordre de la pensée, oui ; chronologique-

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