Caractère distinctif des Pères Grecs. — Les
Pères grecs aiment surtout les questions spéculatives. C'est une tendance du génie grec. Ainsi, le dogme a leurs préférences, ils s'appliquent à bien l'établir. Et lorsqu'occasionnellement, ils abordent la philosophie, ce sont les problèmes métaphysiques, les vérités rationnelles qui les attirent.
120. Saint Justin (103-168) naquit en Palestine. Vers l'âge de trente-trois ans il embrassa le christianisme, parce que l'Evangile seul pouvait lui procurer ce bonheur stable, ces croyances solides que son grand cœur et sa haute intelligence avaient en vain demandés à tous les systèmes, et surtout au
platonisme. Au service de sa foi — qu'il scella de son sang — il sut mettre ses connaissances philosophiques. Extérieurement, il continua de vivre comme par le passé, " promenant d'une ville à l'autre son manteau court et sa parole - indépendante 1 ". Il est l'auteur d'une célèbre Apologie de la foi chrétienne. Son Dialogue avec le juif Tryphon nous montre bien qu'il était parfaitement au courant de toute la philosophie ancienne. Sans aller jusqu'aux négations du fi déisme, il fait voir, dans ses écrits, combien la raison humaine est bornée et faillible. Les contradictions nombreuses des philosophes lui en sont la preuve.
121. Clément d'Alexandrie (vers 215), né à Athènes ou à Alexandrie, comme saint Justin, était aussi un converti du platonisme. Il montra toujours beaucoup d'estime pour la philosophie ancienne. Successeur de saint Panthène à Y école catéchéiique d'Alexandrie, il en continua les traditions avec éclat, et en poursuivit le but avec succès. Cette école de catéchèses se proposait de défendre la foi contre les attaques de ses ennemis en formant des chrétiens plus instruits et plus saints que les autres. On y enseignait la gnose orthodoxe, c'est-à-dire une connaissance du bien qui en entraînait l'amour et la pratique. La gnose, dans la vie morale, constituait un degré supérieur à la foi. Pour Clément, le simple croyant est le serviteur de Dieu, tandis que le
1. Iv, Duchesne, Histoire ancienne de V Eglise, t. I, ch. XII, p. 205, 2ème éd., 1906.
gnostique chrétien est son ami. Les gnostiques formaient une élite, une classe supérieure à celle des simples croyants.
Les principaux ouvrages de Clément d'Alexandrie sont les Str ornâtes, l'Exhortation aux Grecs et le Pédagogue.
122. Origène naquit à Alexandrie en 185, et mourut à Tyr vers 255. Ses principaux ouvrages sont le livre des Principes et la Réfutation de Celse. On a dit de lui qu'il était chrétien dans ses relations sociales, et grec dans sa conception du monde et de Dieu. C'est avouer que la philosophie païenne a exercé une grande influence sur Origène. On trouve dans ses écrits les traces de Philon, les réminiscences de Platon, d'Aristote et de Zénon ; on y rencontre du néo-platonisme, voire des théories gnostiques. Moins prudent que saint Justin et Clément d'Alexandrie dans l'usage des systèmes anciens, il a lancé des hypothèses hardies qui furent vertement critiquées et désavouées. Malgré ses louables intentions — s'il faut en croire certains auteurs — Origène n'a pas moins compromis la vérité chrétienne qu'il ne l'a défendue.
Cependant, il faut savoir gré à Clément d'Alexandrie et à Origène d'avoir mis en lumière contre le panthéisme moniste la thèse de la transcendance divine. Ils ont aussi enseigné la création du monde, c'est-à-dire sa production ex nihilo par un acte libre de Dieu, la spiritualité de l'âme et la liberté.
123. Quelques autres. — Parmi les Pères grecs dont les ouvrages traitent de philosophie, on peut
nommer encore : Tatien, qui ne suivit pas à la lettre les exemples de son maître Justin, car il se montra très virulent contre la philosophie païenne, et devint un fervent adepte de l'hérésie des gnostiques ; Athénagore, auteur d'une Apologie adressée aux empereurs Marc-Aurèle et Commode ; saint Irénée qui, dans son livre, la Réfutation de la fausse science, se montra un redoutable adversaire des Gnostiques.
Les autres Pères grecs furent avant tout théologiens. Ce sont saint Athanase (296-273), évêque d'Alexandrie, qui défendit la divinité de J.-C. contre Tarianisme ; saint Basile le Grand (329-379), évêque de Césarée, en Cappadoce, très versé dans les lettres sacrées et profanes ; saint Grégoire de Nazianze (325-389), ami de saint Basile; saint Grégoire de Nysse (330-396), frère de saint Basile, adversaire aussi de l'arianisme ; saint Jean Chrysostôme (347- 407), archevêque de Constantinople ; saint Cyrille d'Alexandrie qui combattit le nestorianisme ; Denys l'Aréopagite, mystique assez obscur ; saint Jean Damascène, adversaire des iconoclastes.
Les Pères Latins