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Caractères de la Philosophie de Spinoza

— 1° Utilitaire: pour lui la philosophie est l'étude du problème de la vie, la recherche du bonheur. Il fit l'expérience que ik toutes les choses qui se rencontrent dans la vie ordinaire étaient vaines et futiles ", et il prit la résolution " de rechercher si quelque chose était donné qui fût le vrai bien ". Il demanda à la philosophie de lui procurer ce bonheur qu'il ne pouvait trouver ailleurs. 2° Dédaigneuse de l'observation et de l'expérience : en tout, Spinoza procède à la manière des géomètres par définitions, axiomes, théorèmes et corollaires. Aussi bien appelle-t-il son éthique, Bthica, more geometrica demonstrata. 30 Panthéiste : il enseigne qu'il n'y a qu'une substance unique, infinie, dont les modifications expliquent la diversité des êtres existants. C'est d'une fausse définition de la substance — comme nous le verrons plus loin — qu'est sorti le panthéisme de Spinoza.

261. Philosophie de Spinoza. — La philosophie de Spinoza est surtout contenue dans son Ethique. Cet ouvrage comprend cinq livres : Le premier a pour objet Dieu; le second, la nature humaine; le troisième, les passions ; le quatrième, la servitude humaine ; le cinquième, la liberté humaine. Trois définitions sont à la base de son système: i° la définition de la substance ; 2° la définition de Yattribut; 30 la définition du mode. Par substance, il entend " ce qui est en soi et ce qui est conçu par soi " ; par attribut, " ce que la raison conçoit dans la substance comme constituant son essence " ; par modes, " les

affections de la substance, c'est-à-dire ce qui est dans une autre chose et est conçu par cette même chose ". C'est pourquoi nous pouvons ramener toute la doctrine de Spinoza à trois points principaux : i° la théorie de la substance ou métaphysique ; 2° la théorie de l'homme ou psychologie; 3° la morale et la politique.

262. Métaphysique de Spinoza. — De sa définition de la substance, Spinoza tire trois conséquences: i° la substance est cause d'elle-même; 2° la substance est infinie; 30 la substance est unique. Et comme conclusion générale : Dieu seul est substance et la substance est Dieu.

Cette substance, cause d'elle-même, infinie et unique, est libre. Cette liberté n'est pas l'absence de toute nécessité intrinsèque, mais plutôt l'absence de ' toute contrainte extérieure. En effet, le Dieu de Spinoza, sans être poussé à agir par une cause étrangère, est, toutefois, déterminé à l'action par sa propre nature.

Cette substance divine, unique, est douée d'une foule d'attributs ; mais nous n'en connaissons que deux: l'étendue et la pensée. Ces attributs se manifestent en une infinité de modes finis et passagers. Les modes de la pensée sont les âmes ; et les corps sont les modes de l'étendue. Dieu est donc la cause des êtres existants, non pas la cause au sens propre, mais la cause immanente, le substratum des choses, se confondant avec elles. C'est du panthéisme. Et Dieu considéré comme la cause de tous les êtres, s'appelle natura naturans ; si nous l'envisageons dans

la totalité des effets dont il est la source, alors, il est la natura naturata.

263. Psychologie de Spinoza. — S'il n'y a qu'une seule substance qui est Dieu, l'homme n'en est pas une. Il est une modification de l'étendue et de la pensée divines. L'âme est une série de pensées, le corps, une suite de mouvements. Entre ces deux séries il y a correspondance, parallélisme ; en effet, à chaque pensée correspond un mouvement corporel, et à chaque mouvement corporel, une pensée. Et voilà pourquoi Spinoza définit l'homme : " l'identité de lame et du corps ". Et aussi, c'est à cause de cette correspondance mutuelle, que chaque sensation, phénomène corporel, coïncide avec la perception, phénomène mental.

L'âme n'a pas de facultés : tout de même, il y a en nous la connaissance et Y activité.

La connaissance admet trois degrés qui sont: i° ïimagination ou connaissance des phénomènes et des modes fugitifs, par laquelle nous acquérons des idées confuses, sans aucune valeur scientifique ; 2° l'entendement ou connaissance des causes et des attributs, qui nous fournit des idées claires et vraiment scientifiques ; 30 la raison ou connaissance des premiers principes et de la substance. Ce troisième degré constitue la connaissance parfaite, absolue, adéquate.

A la connaissance correspond l'activité. Pour Spinoza, la loi fondamentale de toute activité finie se formule comme suit : Toute chose autant qu'il est en elle, tend à persévérer dans son être. Cette tendance

s'appelle volonté si nous la considérons dans l'âme seule; envisagée dans le corps et l'âme tout ensemble, on la nomme appétit ou désir. L'appétit favorisé, engendre la joie; contrarié, il produit la tristesse. L'appétit correspond aux idées confuses de l'imagination. La volonté, au contraire, répond aux idées claires de la raison. Et puisque cette volonté n'est qu'un mode de la pensée divine, elle ne jouit donc pas de la liberté. Et, en réalité, l'homme n'est qu'un automate spirituel; et la croyance au libre arbitre est une pure illusion de la conscience.

264. Morale et politique de Spinoza. — Il semble, de prime abord, que Spinoza devrait nier toute morale, parce qu'il n'admet pas la liberté humaine. Il n'en est pas ainsi. Il croit à la possibilité d'une morale. Il l'explique à sa manière. Selon lui, il n'y a en soi ni bien ni mal. Cependant, pour l'âme, il y a des choses bonnes ou mauvaises, suivant qu'elles satisfont ou contrarient ses désirs. Les choses bonnes à l'âme augmentent son être, les choses mauvaises, le diminuent; et, puisqu'il y a dans tout être une tendance à sa propre conservation, l'âme devra nécessairement chercher ce qui lui procure de la joie, c'est-à-dire ce qui est bon et la perfectionne, et éviter la tristesse qui lui est un mal et la détériore. C'est dire que nous devons mener une vie raisonnable, une vie conforme à la raison. Et la raison, avons-nous vu, est le deuxième degré de connaissance qui nous procure des idées claires, distinctes, vraiment scientifiques. Et donc, la science nous élève à la vie de raison, nous affranchit du

joug des passions et nous conduit à la béatitude, laquelle n'est autre chose que connaître Dieu, l'aimer et vivre en lui.

Quant à- la politique de Spinoza, elle est semblable à celle de Hobbes, du moins, en principe. Avant l'établissement des sociétés, l'homme vivait à l'état de nature ; il n'y avait d'autre droit que la force. C'était la guerre de tous contre tous. Cependant, l'homme s'aperçut vite que son plus grand intérêt était de vivre en paix et en société avec ses semblables : d'où le pacte social. Mais contrairement au philosophe anglais, Spinoza soutient que le pacte social ne comporte pas une aliénation totale de la puissance individuelle. Pour lui, le plus stable des gouvernements n'est pas le despotisme, ou le gouvernement d'un seul, mais la république ou le gouvernement fondé sur la volonté de tous.

265. Appréciation. — Nombreuses et diverses sont les critiques faites de Spinoza et de sa doctrine. Durant sa vie, il fut exécré et aussi pendant tout le XVIIIe siècle. Au XIXe siècle, on l'a exalté outre mesure, en Allemagne, surtout. Ce qui a donné beaucoup de vogue à Spinoza, c'est sa doctrine connue sous le nom de panthéisme. Rempli de contradictions, ce système est fécond en conséquences les plus absurdes et les plus immorales. Suivant M. Saisset, il soulève " à juste titre la réprobation du sens commun ". Pour ce qui est du cartésianisme de Spinoza, nous dirons avec Leibniz qu'il fut immodéré; car, avec Spinoza, l'idéalisme cartésien aboutit au panthéisme, comme, avec Hobbes, l'empirisme de Bacon, dégénère en grossier matérialisme.

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