HEGEL
311. Vie et œuvres d'Hegel. — Georges Frédéric Hegel naquit à Stuttgart. A dix-huit ans il entra au Séminaire de Tubingue où il étudia spécialement Kant et Rousseau. C'est là aussi qu'il se lia d'amitié avec Schelling. Durant les années 1805, 1816 et 1818, il fut successivement professeur aux Universités d'Iéna, d'Heidelberg et de Berlin. C'est dans cette dernière ville qu'il mourut en 183 1.
Hegel a publié la Phénoménologie de l'esprit, la Logique qui est la première partie de Y Encyclopédie des sciences philosophiques, les Principes de la philosophie de droit, les Cours sur la philosophie de l'histoire, la Philosophie de la religion, l'Esthétique et l'Histoire de la philosophie.
312. Caractères de la Philosophie d'Hegel. — i° Cohérente: malgré les obscurités de langage qui font contraste avec la clarté de Schelling, dans la philosophie hégélienne, tout est lié, ordonné d'une façon rigoureuse. 20 Idéaliste: pour Hegel, l'absolu ou l'esprit dans son devenir se développe suivant une nécessité inéluctable, d'ordre conceptuel; et, si son développement était complètement achevé, l'esprit deviendrait tout, l'infini serait réalisé. 30 Panthéiste : comme les doctrines de Fichte et de
Schelling, le système de Hegel est panthéiste à sa manière.
313. Division de la Philosophie d'Hegel. — Chez Hegel, l'esprit ou l'absolu se développe suivant une marche ternaire appelée thèse, antithèse et synthèse. Ce triadisme est toute la division de sa philosophie : la logique ou la thèse; la philosophie de la nature ou l'antithèse ; la philosophie de l'esprit ou la synthèse.
314. Logique d'Hegel. — Tandis que, pour Schelling, l'absolu est réduit à l'indifférence, pour Hegel, il est doué d'une activité immanente et s'appelle la Pensée, Vidée. C'est le rationel seul qui constitue la vraie réalité ; tout ce qui existe est Idée, Pensée. Cette Idée, cette Pensée qui est le rationel considéré dans ses conditions les plus universelles, forme l'objet de la Logique. C'est l'étude de [esprit absolu en lui-même lorsqu'il se pose ou s'affirme des catégories ou des différentes formes de son devenir.
315. Philosophie de la nature d'Hegel. — Elle a pour objet les différents stades que traverse Y Esprit, Vidée et VAbsolu lorsqu'ils s'extériorisent, ou se nient (antithèse).
316. Philosophie de l'esprit d'Hegel. — L'absolu opère un retour conscient sur lui-même ; il s'affirme et se nie en même temps (la synthèse), c'est la Philosophie de l'esprit. Dans ce retour sur lui-même, Y esprit ou Y absolu passe par trois phases successives : subjective, objective et absolue. La phase subjective s'appelle Psychologie : elle a pour objet l'esprit humain, elle étudie les diverses étapes de sa
connaissance. La phase objective s'occupe de l'espèce humaine et de tout ce qui la concerne : les mœurs, les lois, les cités, les familles. On l'appelle la science de l'esprit objectif. La phase absolue, nommée la science de l'esprit absolu, étudie l'art, la religion, la philosophie.
On pourrait concréter toute la philosophie d'Hegel dans la loi de Y identité des contraires; car, pour lui, penser, c'est concilier des contraires, et toute chose, pour se réaliser, doit se contredire elle-même. Ce triadisme: thèse, antithèse et synthèse, c'est un rythme à trois temps suivant lequel toute chose devient et se développe. Il est la loi inflexible, la condition essentielle de tout progrès dans l'ordre physique, intellectuel et moral. Ainsi, en Physique, l'attraction (thèse), la répulsion (antithèse) et la pesanteur (synthèse); en Logique, l'idée (thèse), le jugement (antithèse) et le raisonnement (synthèse); en Sociologie, l'individu (thèse), la famille (antithèse) et l'état (synthèse), sont, tour à tour, des manifestations de cette marche triadique et contradictoire que suivent les êtres d'une façon immanente et incessante — mais toujours dans l'ordre conceptuel ou dialectique.
Aussi bien, et avec raison, a-t-on appelé tour à tour le système d'Hegel, idéalisme logique, idéalisme transcendental, débauche d'idéalisme. Car, pour Hegel, Y absolu, Y idée n'est pas la source de toutes choses: celles-ci ne procèdent pas de celle-là, mais l'idée procède dans les choses, elle en est le processus. Et ce processus est indéfini, de sorte que tout
est dans un perpétuel devenir puisque, arrivées à leur troisième stade, c'est-à-dire à la synthèse, les choses redeviennent une thèse nouvelle qui, détruite par son antithèse, reconstitue une autre synthèse, et ainsi, indéfiniment.
317. Appréciation. — Hegel eut une influence extraordinaire sur ses contemporains et sur ses successeurs : influence à la fois positive et négative. Fidèles aux principes posés par le philosophe allemand, Strauss et Renan se servirent de l'héglianisme pour combattre la religion révélée, le premier, en niant l'existence historique de Jésus-Christ, le deuxième, en le plaçant dans la " catégorie de l'Idéal". Biichner, Moleschott et Voght, au contraire, voulurent réagir contre l'idéalisme à outrance d'Hegel, et dans leurs écrits, ils proclamèrent que seule la matière, éternelle et infinie, a le droit de cité.
Selon certains historiens, l'héglianisme est la synthèse, le dernier mot de toute la philosophie ; selon d'autres, elle est comme le point de départ de tout un système à venir. Malgré les exagérations pour ou contre, on peut dire qu'Hegel, en voulant unir ensemble les éléments épars des doctrines kantiennes, et éviter les difficultés restées insolubles pour le philosophe de Kœnigsberg, est peut-être celui qui a eu la compréhension la plus synthétique et la plus claire des problèmes philosophiques. Faut-il ajouter que ses théories ont trouvé un fidèle écho dans les aspirations de son siècle? C'est ce qui explique — en partie, du moins — leur grande vogue. Le prin-
cipe du développement dont la part fut si large dans la philosophie hégélienne, a dominé toute la pensée philosophique et scientifique de l'époque où vécut Hegel. Et voilà pourquoi l'idéalisme transcendental a été si bien accueilli. N'empêche qu'il est une doctrine fausse, susceptible des conséquences les plus funestes à la vraie foi et à la véritable science.
Troisième Période