‹ Histoire de la philosophie atomistiqueChapitre 24 sur 64 · CONCLUSIONS SUR L'ATOMISME ANCIEN · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS SUR L'ATOMISME ANCIEN

primitives inhérentes à la matière , latomisme s'est trouvé en mesure de rendre compte, d'une façon relativement satisfaisante, de révolution universelle , que Thylozoîsme maintenait dans le domaine du mystère en persistant à considérer Tètre comme un germe organisé qui se développe selon les lois de la vie.

Je dis que la valeur de la théorie atomistique est (r relatives, parce que celle-ci repose en somme sur une hypothèse qu'aucune expérience ne peut vérifier, et parce que les solutions auxquelles elle a abouti nont de portée que par rapport à la science antique; mais j'estime avec Lange (^^ que, (tsans atteindre à la vérité absolue, elle se rapprocha de l'essence des choses, autant du moins que nous pouvons la concevoir scientifiquement, plus qu'aucune autre doctrine créée par le génie grec'^^; qu'elle fut, en tout cas, un pas plus direct et plus accentué vers la science des phénomènes naturels que les théories profondes mais incertaines qui sont sorties presque en entier des rêveries d'un individu n.

On peut faire à l'atomisme deux reproches : d'abord il n'explique pas la production du mouvement, ensuite il n'explique pas la direction que prend le mouvement dans l'évolution.

Sur le premier point, la critique n'a rien qui soit particulier à l'atomisme, et tout système naturaliste y est nécessairement exposé. En effet, la conception proprement physique de la matière consiste à en faire le substratum ou le véhicule inerte d'un mouvement reçu. Par définition, la matière ne peut ni créer, ni augmenter, ni diminuer l'impulsion qu'elle subit et prolonge. C'est précisément en cela que le mécanisme diffère de l'hylozoïsme , qui admet la production de forces nouvelles ou tout au moins l'apparition de phénomènes imprévus issus de la force primitive. Celte conservation et cette équivalence de Ténergie, qui sont depuis Descartes un des fondements de la philosophie naturelle, supposent l'antériorité de Tim-

('> Op. eit,, l^ tià. thngoricienDe des nombres et rid<k>iogie

^*) «Beaucoup plus que la théorie py- de Platon.» (Id., tUi.)

pulsion motrice au devenir, supposent, en d'autres termes, que le mouvement est donné à priori, postulé^ hors des limites du système. Épicure, en voulant corriger sur ce point Démocrite, est donc sorti du domaine de la physique; il na fait que compliquer le postulat en transportant à chaque atome le mystère de Imitiative. Sans doute, la pesanteur n est pas une explication, et elle implique elle-même le mouvement cosmique, nous dirions aujourd'hui la grovitolûm, dont elle est une forme; il faut toujours la <r chiquenaude t) à laquelle Pascal s'indignait de voir réduire le rôle divin; mais celte supposition ne saurait être esquivée, si ce n est par un retour aux fantaisies du mysticisme.

Sur les lois du mouvement, la situation n'est pas aussi favorable à l'atomisme. La vérité est qu'il n'a su ni les distinguer, ni les formuler, ni les expliquer; nous avons dû le reconnaître en étudiant Démocrite.

Seulement, deux atténuations se présentent d'elles-mêmes à ce vice original de la doctrine.

D'abord la direction du devenir naturel ne peut s'expliquer que par l'hypothèse d'un plan préconçu, c'est-à-dire d'un dessein, d'une fin représentée dans une intelligence. Or l'emploi de la finalité dans les questions physiques soulève des difficultés que tous les philosophes, depuis Bacon et Descartes, ont dénoncées, cr Quand nous attribuons, dit Lange, à l'élan subjectif, au pressentiment individuel de certaines causes finales, une grande influence sur la direction de l'énergie du mouvement de l'esprit vers la vérité, nous ne devons pas oublier un seul instant que ce sont précisément les caprices de l'imagination, le point de vue mythologique, qui ont entravé si longtemps et si puissamment le développement de la science, et l'entravent encore aujourd'hui de tant de côtés ... Si ce procédé possède, dans les circonstances favorables, une haute valeur subjective, fondée sur ce qu'il facilite le jeu réciproque des facultés intellectuelles, on peut dire en revanche que le commencement de l'examen clair et méthodique des choses est le seul et

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