‹ Histoire de la philosophie atomistiqueChapitre 30 sur 64 · DOCTRINE ATOMISTIQUE DES MOTECALLEMÎN · texte numérisé non relu

DOCTRINE ATOMISTIQUE DES MOTECALLEMÎN

lité, qu elle est toujours déterminée d'une certaine façon, que son essence, enfin, comporte une qualification positive.

On est même porté à croire que cette qualification n*est pas quelconque, car Maïmonide prête au Galâm cette idée singulière ^^^ que (rde deux accidents opposés, ce qui reçoit (le substratum) en a nécessairement uni). Par exemple, crsi une substance n a pas en elle Taccident de la vie, elle doit nécessairement avoir l'accident do la mort; elle a le mouvement ou le repos, la réunion ou la séparation 7). Et comme certains accidents sont subordonnés les uns aux autres, comme on a, cravec l'accident de la vie, nécessairement aussi quelques autres espèces d'accidents, comme la science ou rignorance, la volonté ou son contraire, la puissance ou l'impuissance, la perception ou l'un de ses opposés?), il doit s'ensuivre que l'attribution des accidents aux substances n'est pas indifférente ^^\

Enfin ce qui tend à prouver que la substantialité a une valeur propre, c'est quelle ne se trouve que dans les corps simples, et non dans les composés : cr La cinquième proposition dit que cesi dam Taiome déjà que résident les accidents et qu'il en est inséparable ('). . . Selon cette proposition, ils pensent qu'on ne peut dire d'aucun des accidents existants dans un corps quelconque qu'il soit propre à l'ensemble de ces cdrps; cet accident, au contraire, existe, selon eux, dans chacun des atomes dont le corps est composé. Dans ce tas de neige, par exemple, la blancheur n'existe pas seulement dans tout l'ensemble, mais c'est chacun des atomes de cette neige qui est blanc, et c'est pour cela que la blancheur se trouve dans leur ensemble. De même ils soutiennent, à l'égard du c^rps mû, que c'est chacun de ses atomes qui se meut, et que c'est pour cela que son

(') Guide des égarée y 1. 1, p. 386. Tibbon, rrque rexistcnce de Tatome est

^^^ Ce n'est pas ici le moment de prë- aeewmplie par ces acddenisr)^ et la juge k

senler la théorie des accidents ou qualités : bon droit inexacte. I^a substantialitë n'est

nous la donnons j>1us loin d'après Maïnio- pas le fait d'une réunion d'accidenls : le

nide et d'après Sclimoelders. passage commenté ci-contre le prouve

^^^ Munck rapporle la version d'Ibn- bien.

3&6 UVRK m, PARTIE 1, CHAPITRE IV.

ensemble se meut. C'est ainsi que la vie aussi existe, selon eux, dans chacun des atomes du corps vivant, et de même, pour ce qui est de la sensibilité, chaque atome dans cet ensemble sensitif est, selon eux, doué de sensibilité. . • Quand on leur a objecté que les métaux et les pierres se trouvent, pour la plupart, doués d'une couleur intense, laquelle pourtant s'en va dès qu'on les réduit en poudre, ... et, ce qui est encore plus évident, que lorsqu'on coupe des parties de l'être vivant, elles ne sont point vivantes. • • , ils ont répondu à cela que l'accident n'a pas de durée. . • n

En d'autres termes, les Motecallemin n'admettent pour substances que les seuls atomes, et considèrent tous les corps composés comme des accidents ne prenant un aspect spécial que par suite de la faiblesse de nos sens qui ne dislin^^uent que la niasse.

Pour ces trois raisons, donc, la théorie de la substantialité semble hors de discussion, et l'on est porté à croire que les Arabes ne font que suivre ici la trace des Grecs.

Mais à mesure que l'on pénètre plus avant dans l'examen du système, les mots et les choses revêtent un sens tout différent.

En premier lieu, l'accident qui détermine la substance irne dure pas deux temps t) (c'est la sixième proposition (^)). • • La véritable idée de l'accident, c'est de ne pas subsister deux instants (deux atomes de temps); l'accident donc, aussitôt qu'il est créé, s'en va et ne reste pas, et Dieu crée un autre accident de la même espèce. Ce dernier s'en va également, et Dieu en crée un troisième de la même espèce . . .tt

Encore s'il existait entre la substance et l'accident un lien réel ou idéal qui permit de les unir ensemble dans la même idée, d'aflirmcr que, l'un revenant, l'autre reviendra nécessairement avec lui, rinconvénieut de celle caducité, de celle fluxilé universelle serait moindre: on ne peiit exiger de l'accident plus de permanence que de la substance, et puisque 1 être se renouvelle à lout inslant,

'^ Guide des ègai-és , l. I, p. 388.

DOCTRINE ATOMISTIQUE DES MOTECALLEMÎN. Ul

il est naturel que la même condition s'applique a la manière d'être.

Mais une loi de ce genre, qui lierait la volonté divine, n'est pas compatible avec les principes du Galâm : (rCela se continue ainsi tant que Dieu veut faire durer cette espèce d'accident et de substance ('). Si Dieu veut créer une autre espèce d'accident dans cette substance 9 il le fait; mais s'il s'abstient de créer et qu'il ne crée plus d'accident, cette substance cesse d'être. ?>

Ce n'est plus ici la substance seule, en tant que substratum, qui est compromise, c'est l'essence, qui la fait ce quelle est. Maïmonide lie s'y est pas trompé (^) : cr Ce qui a fait adopter cette opinion aux Motecallemin , c'est qu'on n'admet point chez eux qu'il y ait une nature des choses^^\ et que, par exemple, la nature de tel corps exige que celui-«i soit affecté de tel ou tel accident, t*

Il faut lire dans ce sens cria discussion qui eut lieu entre un Motecallem et un philosophe (^^ t). (t Pourquoi, demande le Motecallem au philosophe, trouvons-nous le corps de ce fer extrêmement solide et dur et de couleur noire, et le corps de ce beurre extrêmement tendre et mou et de couleur blanche??) Le philosophe répond selon Aristote; mais le Motecallem réplique : (rll n'existe point A^ forme qui, comme vous le croyez, constitue la substance, de manière à en faire des substances variées, mais il n'y a partout que des accidents ... Il n'y a point de différence entre la substance du fer et celle du beurre, car tout est composé d'atomes pareils les uns aux autres, -n Et voici la conclusion (^) : (r que toutes les substances sont identiques; qu'il y a un seul et même rapport entre toute substance et tout accident; que telle substance n'est pas plus apte que telle aulre à recevoir tel accident; et que, de même que tel atome n'est pas plus susceptible de mouvement que de re-

(*^ Guide des égarés, 1. 1, p. SSg. ^^^ Maïmonide, Guide des égarés, t. I,

^^) Ibidem, p. âo^ et suiv. Cette discussion ^tait eé-

<^' Maïmonide la déjà dit plas haut lèbrc au moyen âge dans les écoles, (l.l.p. 35i). ^^) ftirf., I. I,p. 4o6.

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pos, de même les atomes ne sont pas plus aptes les uns que les autres à recevoir Taccident de la vie (par exemple), ou celui de Tintelligence ou celui de la sensibilité . . . n

Après cela, on jugera sans doute qu il ne peut plus guère être question de substantialilé. La conséquence deviendra plus évidente encore si Ton pousse à bout la théorie.

Non seulement les accidents ne tiennent pas aux substances, mais ils ne tiennent pas entre eux. Aucun rapport fixe et néces^ saire ne les relie(^): ((On ne saurait admettre que telle substance possède certains accidents qui lui soient particuliers et par leiqueh elle soit disposée et préparée à recevoir des accidents secondaires; car, selon les Motecallemin , un accident ne saurait porter un autre aecident.Ti

Ils nient absolument que les groupements et les combinaisons aient une importance quelconque pour la nature des choses (') : d'abord cr il n importe que le nombre des atomes réunis soit plus ou moins grand, car, selon la cinquième proposition, l'accident existe dans chacun des atomes ?>; le nombre des éléments n'est pour rien dans l'aptitude que peut avoir une substance à recevoir les accidents en question; ensuite la présence des accidents propres à chaque atome ne détermine pas l'adduction d'accidents nouveaux : dans le cas de la couleur verte de Témeraude, qui disparaît dès qu'on réduit la pierre en poudre, ou du corps vivant qui perd la vie si on le partage, le Galâm n'admet point, avec Maïmonide, que l'accident cr couleurs ou cr vie?) compète à l'ensemble et non pas aux parties séparées ^^\ et il se tire de la difficulté par un expédient.

De là suit que la causalité disparait avec la substantialité : les accidents, ne se succédant pas nécessairement, ne peuvent se commander. C'est ^a destruction complète du déterminisme mécanique organisé par Démocrite. Si certains faits en suivent d'autres, c'est à l'intervention divine seule qu'il le faut imputer: tr Ils soutiennent^*'

^•^ Maïm., l. I, p. 4o6. ^'^ Maïm., l. I, p. 388.

^*^ Ibidem. (») lbid,,p. .391.

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