‹ Histoire de la philosophie atomistiqueChapitre 31 sur 64 · DOCTRINE ATOMISTIQUE DES MOTECALLEMÎN. U · texte numérisé non relu

DOCTRINE ATOMISTIQUE DES MOTECALLEMÎN. U

que cette tHcfle que nous croyons avoir teinte en' rouge, ce n'est pas nous qui Favons teinte, mais c'est Dieu qui a fait naître cette couleur dans Tétofle, au moment où celle-ci s'est unie à la couleur rouge; car, disent-ils, bien que nous croyions que cette couleur a forcément pénétré dans l'étoiïe, il n'en est point ainsi. . . Ils soutiennent encore, en vertu de celte proposition, que lorsque l'homme meut la plume, ce n'est pas l'homme qui la meut; car ce mouvement qui naît dans la plume est un accident que Dieu y a créé. De même le mouvement de la main . . . sans que la main ait une influence quelconque ou une causalité sur le mouvement de la plume ('). . • Il n'y a absolument aucun corps qui exerce une action : le dernier efficient n'est autre que Dieu. • . En somme, on ne peut dire aucunement : telle chose est la cause de telle autre; c'est là l'opinion de la grande majorité des Motecallemin (^). ?>

Il est impossible de méconnaître la ressemblance de cette théorie avec celle des causes occasionnelles de Malebranche. L'unique différence est que Malebranche admet d'une part l'unité et la continuité de l'âme humaine, de l'autre des lois générales par lesquelles Dieu régit les phénomènes ou accidents qui forment le monde.

C'est sur ce dernier point que la doctrine du Galâm doit être pressée et réduite à sa signification essentielle.

L'exposition de Maïmonide, que nous venons d'analyser, est certainement exacte dans les grandes lignes; mais nous ne devons pas oublier qu'elle est conçue dans un but de polémique, et que le commentateur a d& s'attacher à présenter le système par les càléé où il prête le plus à la critique. Si nous nous en tenions à ce que nous venons de dire, les Motecallemin pourraient être accusés de supprimer toute vérité, toute science, et même toute foi.

Maïmonide lui-même va nous fournir les moyens de rectifier cette interprétation, trop sommaire et trop péreroptoire.

^'^ Maîm., t* Il p* 393. toute rebtive d'aillears, vioit des Aseha-»

^*^ Ibid,, p. 396. L'unique exception, rites et concerne la volonté homame.

Il esl bien évidenl que, tout en niant la subst-antialité et la causalité des êtres créés, les Motecallemln n'entendaient pas dira qu'il n'y a, en fait y aucune permanence ni aucun ordre dans le monde; Tasserlion eût été puérile, et Maïmonide ne se fût pas attardé, comme il Ta fait, à la réfuter.

Us pensaient seulement que le principe de celte permanence ei deeei ardre nest pas dans les choses ^ mais dans le Créateur^ qui leur donne ou leur maintient, à tout instant ^ Tètre avec les raisons d'être et les manières d'êlre. La théorie, ainsi formulée, se rapproche assez du cartésianisme pour que nous nous croyions dispensé de montrer qu elle est, après tout, plausible.

Il n'en faut, pour le moment, retenir que ceci : elle ne nie pas la liaison des phénomènes en coexistences substantielles ou en successions phénoménales , et elle ne nous invite nullement à en douter. Seulement elle nous dit sur quoi nous devons appuyer notre attente de certains accidents qui se produisent régulièrement selon l'ordre de la substantialité ou de la causalité : non sur une nécessité inhérente aux objets ou aux phénomènes, nous l'avons dit, mais sur Y habitude que nous avons de voir les choses se passer ainsi, suf la probabilùé, YadadêsibUité que rien ne sera changé au plan de Dieu, c'est-à-dire, en somme, sur les raisons mêmes qui servent aujourd'hui à fonder la certitude de l'induction pour l'Ecole anglaise.

Ceci n'est point un rapprochement de complaisance : qu'on lise Maïmonide lui-même, en écartant les tendances toujours péjoratives de sa critique, et l'on verra que noti*e interprétation n'a rien de paradoxal.

Maïmonide commence (^) par faire un gros contre-sens en déclarant que, pour les Motecallemin , cr tout ce qui est possible est admissible ?)• Schmoelders a relevé, avec juste raison, celte erreur. Oui , le Calâm pose en principe (t qu'il serait passible que la sphère

^*^ Voir Gmitlê desegarhy 1. 1 , p. &oo et saîv. I^ discussion concerne surtout la X' pro- |>ositioii des Motecallemln.

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