‹ Histoire de la philosophie atomistiqueChapitre 36 sur 64 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

niKU CRÉATEUR ET ORCSA.NISATEUR.

Chez les Grecs, raloniismc était légitimemeiil issu de la philosophie de la nature; il avait son point de départ dans la connaissance sensible, qu'il prétendait seulement systématiser. Il admettait donc comme dminée, avant toute explication, la substance dont tous les phénomènes ne sont que les expressions diverses, c'està-dire la matière avec ses qualités communes et constitutives, sans lesquelles elle ne serait qu'une abstraction.

Ni Démocrite, ni Anaxagore, ni Epicure ne sentent le besoin de justifier fexistence de ce principe, qui Tonde la réalité spéculative en même temps que Texpérience pratique; ils se bornent à chercher quelle peut en être la forme primordiale indépendamment des apparences variables qu elle prend pour nos sens, quelles qualités simples et essentielles se trouvent la base de Tdtre et engendrent par leurs complications l'infinie variété des choses.

Non seulement l'atomisme grec, se plaçant sur le terrain de la connaissance positive, s'interdit de discuter l'origine de la matière, mais, par un postulat conforme à l'esprit de la science, il lui reconnaît la propriété fondamentale sans laquelle rien ne se fût fait par elle, le mouvement.

Avec ces deux facteurs, il a tenté d'expliquer le monde, et nous avons dû reconnaître que, s'il n'y a point réussi, c'est qu'il n'est pas parvenu à faire sortir soit de la matière, soit du mouvement, soit de leur concours, une loi du devenir capable d'expliquer l'ordre univei'sel.

Anaxagore d'un côté, Epicure de l'autre ont alors imaginé un troisième principe chargé de régler les deux autres; mais leurs

expédients n ont point vraiment comblé la lacune que chaque pas en avant fait mieux apparaître.

I/atomisme arabe est issu d'une préoccupation tout autre : transmis par une secte religieuse à une école de théologiens, il doit avant tout s accommoder aux exigences de la doctrine à laquelle il se trouve annexé. Le but du Calâm est d'établir Tempire absolu de Dieu : Dieu seul est principe et cause, aux yeux du musulman.

Il y a un postulat au seuil des deux systèmes, mais combien différent de Tun à Tautre! ici tout ce qui n'est pas Dieu ne saurait avoir qu'une existence secondaire et dérivée : la matière même avec les qualités qui la font réelle, le mouvement et ses variétés n'existent que comme manifestation de la puissance divine.

D'où résulte un changement d'aspect et de signification, qui ne fera que s'accuser à mesure que nous presserons l'examen.

Pourtant, à y regarder de près, l'opposition qui résulte de ces deux points de départ si divers n'est peut-être pas irrémédiable. De part et d'autre, après tout, la matière et le mouvement sont posés à priori : que ce soit par un postulat de l'expérience ou par un postulat de la foi, peu importe. Acceptés comme éternels ou rapportés à un Dieu , qui est éternel lui aussi, cela revient au même. Prenons les systèmes en eux-mêmes et voyons si le second a mieux répondu que le premier à la question posée par la philosophie naturelle.

Pour que l'atomisme soit une vérité et non une simple étiquette, il faut, d'une part, que le rôle des atomes comme éléments de l'être et agents de l'universelle évolution dérive clairement de leur nature propre, c'est-à-dire de leur division particulaire et de leur capacité de groupement, — et il faut, d'autre part, qu'il y ait un rapport certain entre les* formes complexes que prend cette évolution dans la réalité, et les déterminations simples, constitutives de l'atome; sans quoi il n'y a aucun motif pour préférer l'explication atomistique à toute autre explication matérialiste.

En un mot, et pour rentrer dans l'hypothèse du Galâm, en admettant que Dieu ait créé les atomes, leur ait donné le mouvement

et tracé un ordre, H a eu ses raisons d'imposer à la matière cette disposition plutôt que toute autre.

Nous devons donc demander au œéaieur et à fot^fonistUgur du monde le secret dernier de latomisme arabe, alors même que les préoccupations idéologiques n'y domineraient pas comme elles le font.

I. La notion de Dieu que le Koran apporta aux Arabes était fort simple : elle ne comprenait guère qu'un élément intrinsèque, la Puissance j et une seule forme intelligible, Y Unité. Mahomet réagissait surtout contre des habitudes fétichistes; de là son insistance à proclamer quVil ny a quun Dieui), celui dont Mahomet même est le prophète.

Aussi est-ce à prouver cette unité que la théologie s'attacha d'abord; les preuves de l'existence de Dieu ne vinrent que plus tard, avec les premières déterminations de la nature divine qui servirent de base à la démonstration (être primitif, être nécessaire, etc.). Maïmonide nous a conservé les principaux arguments qui avaient cours dans le Calâm.

Le premier(') est tiré de ce qu'on appelle Yobstaek muluel. En voici le sens : crSi l'univers avait deux dieux, il faudrait que l'atome, qui, en principe, ne saurait être exempt de deux accidents opposés ^^^ fût dénué des deux à la fois, ce qui est inadmissible, ou bien que les deux opposés fussent réunis ensemble dans le même temps, dans le même substratum , ce qui est également inadmissible . . . (^^t)

Maïmonide observe justement que. cette prétendue preuve est subordonnée à la théorie des Motecallemtn sur les accidents contraires et sur la réalité des accidents privatifs : que si l'on vient à repousser ladite théorie, le raisonnement tombe avec elle^^^

^') Guide des égarés, L I, p. kho. temps chaud et froid, en repos et en mou-

^'^ C'est la IV' pn>position ( voir Mnïiii. , vement, etc. G*e$t lier ie principe de cod-

ibid.f p. 385.) tradiclion à Tunilë de la Raison. '^'^ Eiemple : Talome serait en même ^^^ Maîmon., t. I, p. &4a et â43.

Un autre argument avance que, cr s'il y avait deux dieux, il faudrait qu'ils eussent quelque chose qui leur appartint en commun et quelque chose qui appartint à Tun d'eux sans appartenir à l'autre, et par quoi eût lieu leur diversité réciproques.

Maimonide avoue que la raison n*est pas sans valeur, mais se hâte d'ajouter que les Motecallemin n'ont pas le droit de l'invoquer, eux qui admettent en Dieu une diversité d'essence : crll ne serait donc pas impossible'^), avec ce système, que chacun des deux dieux renfermât plusieurs idées, de sorte que les unes il les eût en commun avec l'autre et que par les autres il en différât, -n

La troisième preuve est encore relative à la doctrine particulière du Galâm. Ses partisans attribuent à Dieu une volonté sans substratum, c'est-à-dire ne formant pas dualité dans son être : «rOr, disent-ils (^), la volonté unique qui n'est point dans un substratum ne saurait appartenir à deux; car une cause unique ne saurait produire deux résultat pour deux causes différentes, i) Maïmonide a raison de dire que cela peut s'appeler (t expliquer une chose obscure par ce qui est plus obscur encore?).

Quatrième argument : (r L'existence de Vaction prouve nécessairement qu'il y a un agent, mais ne prouve pas quil y en ait plusieurs. T) Objectez-vous que cr cela ne prouve point que la pluralité en Dieu soit impossible, mais seulement qu'il n'y a pas de raison pour en admettre plus d'un (^) d? Les Motecallemin vous répondront : (rDans l'existence de Dieu il n*y a point de possibilité, mais il est un être nécessaire y et, par conséquent, la possibilité de la pluralité en Dieu est inadmissible. ?)

La première raison n'était pas sans portée : elle ne s'éloignait pas sensiblement de la «r raison suffisante i> de Leibniz. La suite est malheureuse et Maïmonide a têt fait de montrer que cr c'est dans

^*' Guide des égares y l. 1. p. kkh. Et ^'^ J essaie ici de traduire le texte plus

pour le dëveloppemeot de li pi*euve : clairement que ne le fait M. Munck

pail. Il, cil. I, prop. .\i\ b xxi. {Guide, p. ii6), en marquant explici-

'' Ibid., p. â&5. lement Tobjeclion et la réponse.

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Yexisletèce de Dieu qu'il n'y a poiut de possibilité, mais qu'il en a dans la cotmamance que nous en avons (^) t).

Enfin (ruii moderne?) (pour Maïmonide) prétendait avoir trouvé une méthode démonstrative pour établir Tunité; c est celle dite du besoin j dont voici lexplicalion : a Ou bien c'était chose facile pour un seul Dieu de produire tout ce qui existe, et aloi*s le second serait superflu; ou bien cet univers ne pouvait être achevé et mis eu ordre que par les deux ensemble, et alors cliacun des deux, ayant besoin de Tautrc, serait affecté d'impuissance.-»

Maïmonide ramène cet argument à celui de l'obstacle mutuel et conclut avec raison que tout cela est bien pauvre (^). L'Ëcole du Calâni 'méprisait, parait-il, ceux qui disent que (r l'unité de Dieu doit être acceptée comme un dogme religieux?); accordons à leur critique que ce sont, au contraire, crdes gens d'esprit droit ceux qui préfèrent s'incliner devant une tradition que de recourir à de tels sopbismes (^U.

Nombre de musulmans pensaient d'ailleurs que les Motecallemin n'avaient point qualité pour démontrer l'unité de Dieu, attendu qu'ils la compromettaient eux-mêmes par leur théorie des aUribuU divins.

La question des a attributs?) est une de celles qui ont tenu le plus de place dans la philosophie arabe. Nous la résumerons en quelques mots.

La tradition alexandrine avait transmis aux Arabes une notion de Dieu presque abstraite, à force d'être raflinée. Le Principe commun de tous les êtres et de toutes les idées (to ^apSoTOv) considéré en lui-même, indépendamment des formes sous lesquelles il se manifeste aux sens et à la pensée, n'était plus, pour les néo-platoniciens cr qu'une existence incompréhensible, indéfinissable, dépourvue de toute qualité et de toute détermination, à laquelle ne convient aucune désignation précise, c'est-à-dire positive, pas même

'' Guide des éijwiêy t. I, p. Siy. — * Ibid., p. iig. — ^'^ llnd,, p. 4Ao.

celle (le Tétrc, puisque toute façon de le désigner et de le concevoir est une délimitation et à la fois un obscurcissement de son essence ineffable '*>7î.

Les péripatéticiens musulmans acceptèrent cette théorie sans la discuter, comme d'ailleurs toute la doctrine qui leur venait des Syriens sous le nom d'Aristote.

Ils se trouvèrent même confirmés dans cette direction par les premiers théologiens de Tlslam, qui, craignant d'une part de compromettre l'unité divine, et d'autre part de manquer au respect dû à Allah en lui prêtant les attributs de la nature humaine simplement amplifiés, se refusaient à déterminer, de quelque façon que ce fût, l'Essence suprême W.

Les Motazélites s'étaient tenus à cette résolution négative en y apportant quelques tempéraments qui leur permettaient de concilier l'unité pure avec l'idée de justice, inhérente à celle de la divinité W.

Le développement extraordinaire de la métaphysique aristotélicienne chez les philosophes amena l'Ecole du Gaiâm à prendre une conscience plus exacte des exigences de sa doctrine et décida la théologie orthodoxe à adopter une autre interprétation.

Si l'on dépouille Dieu de tous les attributs, ce ne peut être qu'au profit de la matière : or le souci fondamental des Motecailemin est précisément de ne rien accorder à la matière, pour ne pas limiter la toute-puissance divine. Il devient par suite nécessaire que nous retrouvions en Dieu le principe, au moins, de toutes les déterminations que présentent les choses (^l

(') Voir Franck , PUL et reUg. » p. gS ; FoaiWée, Pkii de PliU., t. II.

^') Cette secte prenait le nom de Ta*tiiiieê. C'était une réaction contre Texcès contraire des Çifatitet qui étaient tombés dans le plus grossier anthropomorphisme. (VoirMunck, Dieu desêe. pkiL, article Arabes; Silvestre de Sacy, Mé-

langet de Uu. orient., p. aSg; Franck, PUL et religr. , p. 98 .)

^') Sut \espartiian8 de la justice de Dieu et de la liherté humaine, voir les auteura cités ci-dessus, principalement Munck {Di€t.pkU.).

(*) Cette explication si simple, si rationnelle n'a été donnée par aucun des

Faudra-t-ii donc admeilre une inuiliplicité d attributs qui annihilera Te^sence divine en la divisant, comme le font les chrétiens, «rqni posent Texistence de trois Dieux différents d? Les Molecallemin prétendent naturellement échapper à cette conséquence, où Maïmonide veut les acculer. La nature de Dieu peut être déterminée de deux façons sans que son unité soit altérée.

D'abord négativement: dire de lui qu il est incorpoi^l^ immatériel ^ n ajoute certainement rien à son idée.

Maïmonide nous a conservé les arguments du Calâm sur ce point (^); il suffira d'en résumer Tesprit. Si Dieu était un corps, il faudrait quil résidât ou dans un seul atome, ce qui rendrait les autres inutiles, ou dans tous les atomes, ce qui ferait autant de dieux. Dans tous les cas, il serait (rfinii), il aurait une certaine mesure et une certaine figure déterminée. Mais cette détermination, d'ailleurs contraire à Tessence divine, ne pourrait venir que d'un être déteftninanl y qui se trouverait ainsi antérieur à celui-là et serait le vrai Dieu^^'.

En somme. Dieu est incorporel parce qu'il e$i un; rien de plus légitime que cette façon de raisonner, et Maïmonide a mille fois tort lorsqu'il prétend que la démonstration *est tr extrêmement faible ('^v et qu'elle ne sauvegarde pas l'unité divine. De même, lorsqu'on dit que Dieu est l'être pnmiVj^ et étemel ^ on ne fait qu'écarter des limitations possibles de son essence; on dit qu'il n'est pas soumis à la condition du temps. Il n'en va pas autrement de Tattribut A%nke$$iié.

Schmoelders nous fait connaître quelques-unes des raisons alléguées à ce sujet par les Motecallemîn '*^

historiens de la pensëc arabe; on a lieu de 8*en ëtonner. Hâtons- nous d'ajouter qu elle ne contredît point aux expositions . de MM. Munck et Franck.

^') Guide deê égarés , t. I, p. &5o et suiv. H y a trois méthodes pour cette démonstration. J'abrège la série de ces raisonnements, dont la subtilité verbale ne

présente aucun intérêt pour ceUe étude.

^'^ Schmoelders donne de Targument une formule plus brève : «rCe qui est matériel est fini et divisible, et toute chose divisible est prodmte ei formée y> ; mais on ne sait d o& il la tire. {Euai, p. 1 87.)

^'^ Guide des égarés, t. I. p. &So.

*^ Essai, p. 1 54-1 56, 185-187.

Voici la liste des «r propositions d qui les résument :

1 ** UElre nécessaire ne peut pas être simultanément nécessaire par lui-même et par un autre [absolu);

â"" Il n est pas composé d'autres êtres, car il serait dépendant [simplicité);

3° Les autres êtres ne sont pas composés de lui [exclusion du panthéisme) ;

li"^ La réalité de Têtre nécessaire n'est pas un accessoire de son entité; elle en constitue le fond [contre Plotin) (*';

5^ Sa nécessité n est pas non plus accessoire [idem);

6^ (T Nécessaire par soi?) ne peut se dire que d*un seul être [unité);

7** L*être nécessaire se suflBt à lui-même et n'a besoin d'aucun complément [contre la théorie de Fénuinatian) ;

8® L'être nécessaire ne peut pas ne pas exister [argument de saint Anselme);

9^ Il est susceptible d'attributs et ne les exclut pas [pourvu quils soient déduits de son essence).

On le voit, la théorie est loin de manquer d'intérêt Nous n'en conservons ici que cette conclusion : «La nécessité, comme l'immatérialité, est un attribut négatif, qui ne fait que mieux ressortir l'unité divine, -n

Les Motecallemin reconnaissent d'autre part des attributs posi* lifs, mais ils sentent le besoin de s'en justifier par la distinction que voici : ils écartent l'idée des attributs de nature qui compliqueraient l'essence de Dieu ; ils acceptent seulement les attributs éCaotien qui expriment les conséquences et les manifestations de cette

^*) Celte proposition et la saivante sont tout à fait conformes i feqnit esrtésUn.

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essence '*'. Maïnionide ne manque pas de dénoncer la dîstinciiou comme un sophisme : cr Selon eux, il y a dans Fêtre éterner*^- des choses nombreuses , différentes les unes des autres^ Tidée de la science étant pour eux autre chose que Tidée de la puissance el autre chose que l'idée de la volonté. ?»

Mais, ailleurs (^), sans s'en apercevoir, il les excuse pleinement : (T Celui qui ne connaît pas la nature du feu croit qu'il y a en lui six vertus différentes : une par laquelle il noircit, une autre par laquelle il blanchit, etc.. mais celui qui connaît la nature du feu sait hien que c'est par une seule qualité agissante qu'il produit toutes ces actions : la chaleur. Or si cela a lieu dans ce qui agit par la nature, il doit en être de même, à plus forte raison, à Tégard de celui qui agit avec volonté, et à plus forte raison encore à Tégard de Dieu ... et lorsque nous percevons en lui des rapports de sens divers, parce que, dans nous, Vidée de la science est autre chose que celle de la puissance,. . . comment pourrions-nous conduire de là qu'i7 y ait en lui des choses diverses qui lui soient essentielles ? -n

Les Motecallemîn n'ont jamais dit autre chose, et leur théorie n a pas d'autre sens.

Ils ont donc quelque raison de se croire autorisés à définir, sous forme d'attributs, quelques-uns des rapports les plus généraux que Dieu ait avec l'univers. Si l'on en croit Schmoelders t*^ cries rigoristes n'admettent pas plus de sept ou huit attributs : i^ la puissance; 2® la volonté; 3** la vie; û** la science; 5** la faculté d'entendre; 6^ la faculté de voir; 7'' la faculté de parler -n, au moins «ries langues de l'âme i), c'est-à-dire la faculté qu'a Dieu de communiquer sa pensée aux anges, aux prophètes (comme il le fit à propos du Koran).

Il est surprenant que les critiques qui ont eu à apprécier cette doctrine ne lui aient pas rendu justice : elle consiste, en dernière

^*) Sur ccUe distinction, voir Munck, ^'^ Guide des égarétt^ p. 907 et 308.

Dkt. des 9C, phii, {sriicle Arabes), ^^^ Essai, p. 187. L'établissement de

^') Guide des égarés ^ I , p. hhhei â^i.5. celle liste n'est nullement justifii*.

analyse, à restituer à Tessence divine tous les attributs qui sont nécessaires à l'explication du monde et sans lesquels Tidée de Dieu serait inutile.

H. La conséquence d'une pareille conception de la divinité est facile à prévoir, et nous la connaissons déjà : toute puissance, toute réalité, toute détermination sont transportées en Dieu, et Tunivers ne garde que l'existence fragmentée et précaire que nous savons.

Avant d'aborder par le détail la théorie de la création, disons que cette conclusion est parfaitement légitime d'après les principes du système, et peut-être est-elle la seule rigoureusement conséquente dans l'hypothèse du monothéisme entendu au sens personnel et religieux. M. Franck estime qu'il est préférable, en tout cas, de considérer le monde comme donné et la nature comme se suffisant à elle-même, sauf à s'élever plus tard jusqu'à la conception de Dieu; assurément, c'est la vraie méthode philosophique, mais celle-là est une méthode de recherche ^ non une méthode dogmatique. Ici nous faisons œuvre de religion : Dieu seul est posé d'abord, et tout le reste doit en être déduit.

Je ne m'étonne donc pas de voir la dépendance de l'univers poussée au dernier degré dans l'ordre logique comme dans l'ordre physique, et je me résigne d'avance à ne trouver chez les Motecallemin ni mbstanlialité , ni cati^/i/e' véritables, ni loUj ni nature au sens antique. Maimonide a dit le vrai mot en croyant les railler : crPour que Dieu soit efficient j il faut qu'il fasse tout'^^T).

Mais ce que j'ai le droit de leur demander, c'est de juêtifer le choix qu'ils ont fait de Vatomisme pour leur physique; c'est de montrer pourquoi le siystème particulaire convient mieux qu'un autre à la réalisation de leur but. Et c'est dans cet esprit, comme cela a été dit déjà, qu'il faut discuter leur conception de la création.

^*) T. I, p. SgS. (rC'est là ce qui s'appelle vraiment croire que Dieu est efficient; et celui qui ne croit pas que Dieu agisse ainsi nie, sdon eui, que Dieu soit efki9nL%

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