‹ Histoire de la philosophie atomistiqueChapitre 41 sur 64 · II. Gassendi · texte numérisé non relu

II. Gassendi

I. ff Depuis de longs siècles, les atomes gisaient dans l'oubli, lorsque, au beau milieu du xvii^ siècle, un prêtre chrétien songea à réhabiliter Epicure W. t)

Rien n'est moins exact que cette note du Dicliontuûre des sciences philosophiques. Jamais, nous l'avons vu, l'atomisme n'a cessé d'avoir

^'^ fr L'atomisme peut être envisage vants et celui des philosophes. i» ( LMmiaf

comme hypothèse de physique ou comme jAilosopkîque , 1 899 , p. 69.) système de métaphysique. Il faut donc ^'^ Diet, des se. phii de M. Franrk,

distinguer deuxatomismes, celui des sa- article Atonies.

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des partisans, et, au temps'méme où Gassendi se décida à le rajeunir en ladaptant aux exigences de la philosophie moderne, il se trouvait représenté en Allemagne et en Italie par des savants qui en faisaient la base de la plus pratiqué de toutes les sciences, la médecine.

II est difficile sans doute de dire avec précision lequel, de Sennert, de Bérigard, de Magnen ou de Gassendi, a devancé les autres; mais la question n a pas une importance extrême, puisque aucun d'eux ne peut prétendre à une véritable initiative dans cette apparente restauration de Tantique doctrine. En étudiant les (r sources de Seunert(^)i), M. Lasswitz a montré que l'application de la philosophie corpusculaire à la médecine n était pas une nouveauté à la fin du xvi^ siècle: il cite Titelman (i55o); Léonard Fuchs, professeur à Ingolstadt et à Tubingen (mort en i565); le Français Fernel, dont Touvrage de physiologie a été publié à Paris en 1 667; sans compter Fracaslor et Giordano Bruno, chez qui Sennert a puisé directement. Il faut songer aussi aux contemporains : les Exercita-tiones philosophiœ de Gorlœus (David van Goorle) sont de lôao, comme le Novum organum de Bacon, qui fait, lui aussi, sa part à Tatomisme; le livre de Basso est de 1 6â 1; et, si la première exposition de Sennert est de 1619, son Epitome et ses HypomnenuUa n'ont paru qu'en i633'^>.

Quanta Gassendi , c'est en 1628 seulement qu'il se donne comme

^'^ Geick, der Atom,, I, A5o.

^*^ J'ai entre les mains , outre Touvrage de Lasswitz qui consacre une étude étendue et séparée à Sennert, à Sébastien Basso, à David Van Goorle, k Bérigard, à Magnen, les œuvres complètes de Sennert et de Magnen. De Sennert, deux livres seulement, le livre III de ï Epitome et le livre III des Hypomnemata , formant en tout une trentaine de pages de Tédition de Lyon (in-folio , 1 65 1 ) ; de Magnen, le Democrilus redioivuê, petit volume in-ft*

de &5o pages, ont trait directement à Tatomisme. L*examen que j*en ai fait m*a convaincu qu'il n'y a là rien de nouveau , rien d'intéressant au point de vue théorique. C'est k Gassendi qu'il faut s'en tenir pour cette période.

De même, les efforts de M. Lasswitz pour trouver chez Léonard de Vinci , chez Galilée, chez Descartes même, des traces d'atomisme ne montrent que son extrême conscience et le soin qu'il a de ne rien laisser d'inexploré derrière lui. On ne

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atomiste. Ne lui prêtons donc pas un rôle de novateur révoiulioonaire, qui ne saurait se soutenir. Gassendi est tout simplement entré dans une école florissante, où il porte et conserve sa libre originalité.

La seule question qu il faille poser est celle-ci : pourquoi y estnl entré ? Gomment s'est-il fait atomiste ?

L'auteur de la plus récente étude qui ait pai*u sur le moderne épicurien, M. Félix Thomas ('), na pas su dégager ce petit problème historique, dont l'intérêt n'échappe pourtant à personne; mais diverses monographies antérieures ^^^ qu'il eût pu mettre à profit, nous fournissent des renseignements suffisants pour le résoudre.

La première raison qui poussa Gassendi , au début de sa carrière, à chercher dans la philosophie ancienne le guide dont il avait besoin , est son opposition à la philosophie d'Aristote ^^K

D'où vient cette opposition elle-même? On l'ignore. Peut-être en avait-il puisé l'esprit dans la lecture de Vives et de Ramus, que son premier maître, le P. Fesaye, parait lui avoir mis entre les mains (^).

D'ailleurs, l'Université d'Aix où il avait étudié et où il revint dès 1617, comme professeur (il avait alors a 5 ans), était fort libérale. On y était au courant des plus récentes découvertes de Gopernic, de Galilée, de Kepler; Gassendi se prit d'enthousiasme

saurait nous demander d*entrer à notre tour dans le d<^tail de ces recherches, finalement négatives.

^'^ F. Thomas, La philosophie de Go»-

'') S. Sorbière, De vita et tnoribus P. Gassendi (Lyon, iG58), — A. Martin , HisL de la vie et des écrits de Gassendi (i854). — Tamisey de Laroque, Doc, inéd. sur Gassendi ( Rev. des quest. hist, , 1877, t XXII, p. aai et suiv.). — Th. Bameaud , Etude sur Gassendi {Nouv, annales de phil, cathol. , 1881).

''^ «"Gassendi n^esl qu*un espnt à demi indépendant. S'il secoua le joug d*Anstcte, ce ne fut que pour choisir dans I antiquité une autorité qui le souUnt...-" (Dict, des se, phil,, art. ^Gassendi^.)

^^^ M. Thomas, qui n'a pas songé k rechercher les origines de la doctrine de Gassendi, jelte en passant ces uoms sans aucune indication justificative de la thèse qu ils semblent impliquer. Cest le De Vila et moribus de Sorbière qui nous fournit ce renseignement, dont la portée n'a pas besoin d'être établie.

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pour cette science naissante (^), si hardie et si sûre, et son dt^goût pour le péripatélisme s'en augmenta.

En iGq/i, il publia ses « Ëxercitationes paradoi^cae adversus Aristoteleosi). C'était précisément Tannée oi^ paraissait le fameux arrêt du Parlement de Paris (6 septembre) défendant, f^à peine de vie y de tenir ni enseigner aucune maxime contre les auteurs anciens et approuvés V, .

La menace n'avait rien de théorique : la fin de Ramus, de Vanini, de Giordano Bruno était encore dans toutes les mémoires.

Gassendi cessa d'attaquer Âristote, mais il chercha un moyen de nuire plus sûrement à son école, et ce ne fut pas là le moindre des moti& qui l'inclinèrent vers le seul système de l'antiquité qui fût nettement inconciliable avec le péripatétisme; ainsi la clairvoyance de la haine avait-elle conduit les Motecallemin à embrasser le système de Démocrite pour mettre les r philosophes ^ en échec.

L'hostilité contre Àristote se doubla bientôt, chez Gassendi, de rhostilité contre Descartes (^^ qui le confirma dans la même direction; en effet, par sa théorie de la divisibilité à l'infini, celui-ci en venait à nier l'atome (').

Il serait d'ailleurs injuste de ne voir dans le choix du système de Gassendi qu'un effort de réaction ou un procédé de polémique : (rCe ne fut, dit Lange^^), ni par hasard, ni par manie d'opposition qu'il s'occupa de la personne et de la philosophie d'Épicure. Il étudiait la nature en sa qualité de physicien et d'empirique. Or déjà Bacon, luttant contre Aristote , avait désigné Démocrite comme le plus grand philosophe de l'antiquité. Gassendi , versé dans This-

^'^ Il essaya d'en exposer publiquement ^'^ Voici le texte le plus probant : Prin-

les principaux r^ultats, encourage dans etpeê de la phtL, s* partie, ch. xxx : «fil

cette direction par le savant Peyresc et est aise de connaître qu'il ne peut pas

par le prieur de la Vallette, Gauthier. y avoir d'atomes, c'est-à-dire des parties

(Voir Sorbière, Martin, Bameaud, etc.) des corps ou de la matière, qui de leur

^'^ Voir Objections aux MidiladonB et nature soient indi visibles. « Instanees. ^^^ HUt. du mater,, I, p. aSo.

tm UVRK l\\ CHAPITRE I.

foire el la pliiiologie, avait étudié tous les systèmes phîlosophii|ue! (le raiitiquité; il choisit parmi ces systèmes, avec un jugement sur, celui qui répandait le plus complètement aux tendances empiriquet in temps modernes yi.

Réduisons un peu la portée de c^tte dernière proposition el nous aurons la raison exacte : c'est parce que Gassendi était d abord et avant tout sensualiste qu'il dut se sentir poussé vers Thypothèse la plus résolument matérialiste qui s'offrit à lui.

Enfin il faut tenir compte des circonstances personnelles et fortuites. Les biographes racontent qu'un jour Peyresc lui communiqua, sans autre intention, l'éloge d'Epicure par Puteanus: ff Aussitôt il le lit, et si grand est son enthousiasme, qu^il prend la résolution de réhabiliter aux yeux de tous un philosophe et une doctrine injustement décriés. . . La lettre qu'il écrit à Puteanus pour le féliciter de cet éloge, et qui est datée du mois d'avril i6q8('^ fait déjà mention du projet qu'il a formé. Dès le mois de septembre de la même année. . • , il se met en quête de documents. Il s'adresse de nouveau à Puteanus ^'^K en le priant de lui fournir quelques éclaircissements (').i^ Il écrit à Heinsius, à Jean Vossius, à Naudé, à Gampanella, à Galilée, toujours dans le même sens, pour exposer son plan , ses idées et solliciter des avis; ce n'est qu'en 1669 qu'il achève l'ouvrage auquel il a ainsi consacré vingt ans de sa \ie.

On voit que le parti qu'il a pris d'adopter Tatomisme est réfléchi et mûri : c est dans le secret de sa pensée que gît la raison dernière de ce choix. Gassendi n*ignorait si\rement ni Sennert, ni Magnen, ni de Goorle, ni Sébastien Basso; pourtant l'on est fondé à aflirmor que ce ne sont pas des influences historiques qui l'ont déterminé, et que son adiiésion à l'épicurisme est Tacte d'esprit le plus libre qui se puisse concevoir dans cet ordre.

^'' L.es lettres de Gassendi, recueillies ^'^ iSyn/a^m/i, t. VI,p. â6(sepL 16^9).

par M. de Montaud, forment le G' vo- ^' M. Thomas (7'Afse, p. aa et ^3)

lume du Sjf.nta^ma (t. VL p. 1 1). donne ici quelques détails intc^ressants.

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