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L'ATOMISME THÉOLOGIQUE AU XVIP SIÈCLE EN FRANCE

Démocrite. Il y a pourtant quelque originalité dans Targumentalion qui occupe trois longs chapitres de son ouvrage : d^une part, il a en vue la réfutation de Descartes dont on connaît la théorie contraire; d autre part, il introduit, à titre d'exemples, une foule d'expériences tirées de sa profession de physicien, et qui donnent une valeur toute particulière et toute personnelle à son opinion ^^K

Les atomes ont en eux-mêmes la cause de leurs mouvements, qui fait partie intégrante de leur essence : la matière est active, non inerte : f^materiam non inertem sed actuosam esse^'^^it.

On peut faire différentes hypothèses pour expliquer les différences de mobilité des corps : ou ils sont par nature inégalement actifs, ou par suite de leurs formes différentes ils se gênent et s'entravent les uns les autres ; tr mais ils sont toujours dans une espèce de tenêiany d'effort pour recouvrer leur liberté et se mouvoir de nouveau : perpetuo quasi connituntur se expedire, motumque suum instaurare'^U.

Il est impossible de n'être pas frappé de l'analogie que présente cette théorie avec celle que Leibniz passe pour avoir inventée : (r l'effort i), c'est (T l'appétition t) de la monade; nous verrons même bientôt apparaître la cr perception i).

La conception est si hardie et si nouvelle, que nous croyons devoir nous y arrêter. Gassendi va nous aider à la comprendre.

Selon Âristote, dit-il, le principe du mouvement ne serait pas une cause efliciente, mais une cause finale. Mais la fin ne supposet-elle pas une activité à laquelle elle est proposée ? Quand on montre une pomme à un enfant, on ne saurait contester que, outre Yattrait qu'elle exerce, il existe en cet enfant une force qui le pousse vers elleW. crll est donc plus naturel, conclut-il W, de dire que, dans chaque chose, le principe de l'action et du mouvement étant

<*) Œuvres, 1, p. 193-316. ^*î Voir F. Thomas, rW«e, p.yS.Cest

^*'' Ilnd., I, p. 335. le raisonnement même de Pomponace.

^''^ Ibid., 1, p. 336. ^*) Œuvres, f, p. SSy.

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ia partie la plus active et la plus mobile, \ajleur en quelque sorte de la matière ^^\ — partie qu*on désigne ordinairement sous le nom de forme et qu on peut concevoir comme une contexture très déliée d'atomes très subtils et très ténus, — il est plus naturel de dire que la première cause motrice dans les choses physiques est Tatome : primam causam maventem in phyncU rébus e$$e atomos. En effet , lorsque les atomes se meuvent eux-mêmes en vertu de la force qu'ils ont, dès l'origine, reçue de leur auteur, ils donnent le mouvement à toutes choses et sont ainsi la source, le principe et la cause de tous les mouvements qui sont dans la nature, omnium qum in naiura suni motuum y origo , principium et cauM. *»

Une autre conclusion s'indique aussitôt : toute la force motrice venant des atomes (qui sont indestructibles en substance et en nature), quand les corps sont eu repos, la force ne périt pas, mais reste simplement neutralisée par un équilibre; quand ce mouvement se produit, il n'y a pas création, mais seulement dégagement, libération de la force : en sorte que la quantité d'énergie vive oo latente dans l'univers reste toujours égale à ce qu'elle était à l'origine. C'est le principe de l'équivalence et de la conservation de la force, déduit de la conception dynamique de la matière et substitué au stérile et abstrait axiome des Ëléates (rei nihilo nihil?), dont les atomistes s'étaient contentés jusqu'à ce jour.

La théorie du mouvement s'achève par une conception plus ingénieuse encore et plus originale.

On se rappelle les difficultés que présentait la question de la direction originelle et naturelle du mouvement élémentaire, dans la philosophie de Démocrite et d'Epicure. La pesanteur étant donnée comme l'unique force directement motrice, les atomes ne pouvaient être entraînés que par une chute y de haut en bas. Mais on objectait, non sans raison, que dans l'espace infini il n'y a ni bas ni haut, ni ascension ni chute. Le système de Gassendi supprime d'un trait la

Tpars illa mobiiissima actuosissimaque el quasi flos totîus materiae.^

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solution erronée et entreprend de rendre compte à nouveau de la direcUan que suivent les forces atomiques.

La pesanteur n'explique rien, d'abord parce que c'est un mouvement violent {^mos) qui souvent tend à leur destruction, ensuite parce qu'elle n'est point une force interne. Tout nous prouve, au contraire, que c'est une sorte d'influence qui porte certains corps vers certains autres, abstraction faite de la position qu'occupent ceux-ci dans l'espace. Pourquoi le fer se dirige-t-il vers l'aimant? Parce que l'aimant l'attire. La terre ne peut-elle pas être considérée comme un aimant plus puissant vers lequel convergent tous les objets placés près d'elle?

Donc, s'il est vrai que la pesanteur (qui est un mode de la force élémentaire) reste bien une tendance innée et primitive, propre aux atomes, en ce sens qu'ils sont d'eux-mêmes portés à l'action, il faut ajouter que d'autre part, (ren tant qu'elle est un mouvement déterminé dans une direction particulière, elle peut être considérée comme ayant sa cause en dehors d'elle (^) : Solemus gravita tem dicere qualitatem non ah intrinseco pellentemy sed ad extrinseco trahentemi>.

La direction particulière des mouvements locaux s'explique donc par l'attraction, qui est une propriété essentielle, quoique indirecte, médiate, réflexe , des atomes. Sous quelle forme maintenant s'exerce cette influence? Gassendi ne l'indique pas d'une manière positive et laisse le champ aux hypothèses. Peut-être cr les atomes qui sont rai^eux forment-ils de petits chaînons solides et continus qui enveloppent l'objet attiré (^^ . . -n peut-être les mouvements de cet ordre supposent-ils dans l'atome quelque chose de plus que l'énergie proprement physique : tr Concevez, dit-il, que Dieu ait créé et mis au delà des extrémités du monde une pierre avant que le monde fût créé. Pensez-vous que, le monde une fois créé, la

^'^ «r Adnoto /irûi^itfm motus esse ex- locum proBcisè... Videtur potius gravitas tsmum, H gravitatem esse non pos$e qua- lapidi indifa ut rem qumrat.n (I, 3&6.) litatem tpêi lapidi inditam ad quierendam ^^ Voir P. Thomaa, Thèêi, p. 176.

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pierre aurait été portée aussitôt vers la terre? Si vous le pensez, n'est-ce pas parce que vous reconnaissez qu il y a en elle comme un sentimefUy par lequel elle devine en quelque sorte que la terre est ? Agnosces quemdam quasi $ensum in lapide Juturum Juiêse quo terram hic esse Juisset percepturus?^^^^ Quel est alors, demande M. Thomas, le rôle des effluves émis par la terre? De réveiller précisément ce (T sentiment 7) endormi, de faire passer, comme dirait Aristote, un mouvement déterminé de la puissance à Tacte en agissant sur une â$ne.

crUne telle théorie est grosse de conséquences t> , conclut avec raison Tinterprète^^), car elle tend à nous faire concevoir les corps non seulement comme actifs, comme causes de leurs mouvements, mais encore comme doués d'une certaine sensibilité, ou tout au moins d'une certaine impressionnabilité, — pour employer une expression plus moderne, — qui ne diffère de notre propre sensibilité que d'un degré.

En d'autres termes, au-dessous de la vie consciente qui se manifeste en nous dans sa plénitude, il y aurait une vie obscure et inconsciente jusque dans les éléments premiers qui constituent le monde. Avions-nous tort d'évoquer le souvenir de Leibnii?

C'est bien là la pensée de Gassendi , et nous ne nous laissons pas tromper par une expression échappée à sa plume. Voici la manière dont il explique l'attrait de l'aimant (^) : <r Experientia nos facil certos esse in ferro nisi animamy at aliquid cerle analogum animœy quod tametsi tenuissimum, transferre tamen reliquam massam licet valde gravem ac inerlem possit. yt

Cette idée revient si souvent chez Gassendi, soit à propos de l'âme du monde, soit à propos des minéraux, des plantes, de la faculté sensitive, de l'action de Dieu sur le monde, que son disciple Bernier (^) (c'est M. Thomas qui nous l'apprend) avait réuni en note

^') Gassendi, Œuvres, I, p. 368. ^*) Voir Bernirr, Abrégé de la pkiLde

^'^ Voir Thomas, Thèse , p. 177. Gassendi, t. V, p. 3 18. U est, sur rf

^^^ Œuvres, II, p. t*j8. point, plus afiirmatif qiie son maitre.

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les principaux passages où elle est exprimée, afin sans doule de la présenter au lecteur comme le dernier mot de la doctrine.

Enfin, peut-être faut-il noter que Gassendi, en ajoutant cette détermination à l'atome, lui retire le clinameriy c est-à-dire l'aclivité arbitraire, que ie mode de la création divine rend inutile.

Tels étant les éléments primordiaux des choses, comment se forment les combinaisons diverses par lesquelles se constituent les êlres particuliers?

Pour les objets inanimés, la question ne présente aucune difficulté : les lois créées en même temps que les atomes ont imprimé au mouvement une direction qui n a qu'à se continuer. Le monde matériel ne fait que poursuivre son eirtstence suivant les formes qu il a reçues par Yeiïet de l'impulsion initiale.

Il en va moins simplement pour la nature organique. Nous avons indiqué déjà dans quel sens Gassendi résout le problème : «On peut supposer que Dieu, dans la première création du monde, créa les semences de tout ce qui fut d'abord et de tout ce qui devait être engendré . . . qu'il créa en même temps toutes choses comme si toutes les choses qui naissent présentement avaient été faites au commencement et créées dans leurs semences y de sorte qu'il ne se fasse rien maintenant qui ne doive son origine à cette efficace parole (')... v

Nous sommes donc autorisés à penser que tout corps naturel vivant dérive d'une semence, soit que cette semence ait été créée par Dieu à l'origine du monde, soit qu elle ait été formée plus tard en vertu des lois que Dieu a établies (^).

Par l'effet de ces lois, la particule matérielle qui a reçu le rôle de semence s'agrège d'autres particules pour former peu à peu un organisme conforme au type dont elle porte le germe en elle.

Ainsi la vie n'est qu'une génération continuée (^). Bien qu'elle

^'^ Œuvres, I, p. iga. nombreuses de Gassendi liii-mAme et de

^') Voir sur ce point la thèse de M. F. Bernier. Thomas, p. 991, qui cite des rëfërences ^*^ Œuvres, II, p. 58fi.

àiS

réside dans un écoulement et un renouvellement pet*pétuels, le type se maintient, parce que chaque partie nouvellement introduite prend exactement la place de celle qu'elle remplace, et se subordonne aux mêmes lois.

Chez tous les êtres vivants, sauf Thomme, Tâme est matérielle: (rCe doit être quelque substance tràs ténue, et comme la fleur de la matière, avec une disposition ou habitude et symétrie particolière de parties, au dedans de la masse grossière du corpsC'.D

Gassendi maintient Tassimitation traditionnelle de Fâme au ^eu'^^^ mais il n y a pas besoin de chercher si loin pour la définir : Tânie n'est autre chose que la semence créée par Dieu, — ou résultant des lois de la création, — etT c'est un même principe qui pi*oduit à la fois en nous la forme, la vie et la conscience.

Enfin cette semence consiste-t-elle dans un seul atome, et devons-nous prêter à une particule de matière isolée tant de puissances diverses?

Gassendi ne le pense pas. Il estime que la sensibilité proprement dite, avec la conscience, la mémoire et Timagination qui raccompagnent, est le résultat d'une certaine combinaison d'atomes spéciaux choisis parmi les plus subtils et les plus mobiles de tons.

Même il est si peu en état de comprendre quel parti la philosophie atomistique peut tirer des rr combinaisons t» pour expliquer tes diiïrrenciations progressives des êtres '^), qu'il sent le besoin de

^'^ rrVideri ergo potius aniinam substantiam quamdam tenuissimam ac veluti florem materiœ, cani speciali dispositione habitudÎDeve et symmetria partium , intra ipsam massam crassiorem corporis degentium.t) (II, aSo.)

^') A caiwe de la mobilitë qu*elle entrelicnl dan» le corps et de la combustion inceafiante qui Taccom pagne.

^^^ M. Thomas rapproche ici de l'opinion de Gassendi un passage de M. Boutronx ( Df la contingence des lots de la na-

ture) qui admet que, dans les synthèses chimiques, il se forme quelque chose de nouveau, et quil y a dans les composés quelque chose qui ne se trouve pas dans les composants : «rLa synthèse serait donc un mvstère, un miracle dans la nature, puisqu'elle implique un commencement absohi.') Gassendi n'est pas loin de penser ainsi , puisqu'il fait remonter à Dieu la loi qui permet à cette synthèse, c'eslà-dire k ce commencement, de se produite.

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s'excuser de rapporter à un agrégat une propriété qui ne se trouve pas dans Télément. S'il fallait toujours, dit-il, que tout ce qui est dans le composé fàt dans le composant, il faudrait prêter à la tome la faculté de voir, d'entendre, de rire et de pleurer, <rhominem constare ex principiis quae ipsa rideant, plorent, etc. • . Nihil répugnât convenire aliquid toli, quod non couveniat partibus (^). ^

D'ailleurs, nous le savons déjà, les qualités de l'atome ne sont point absolument hétérogènes aux fonctions que détermine l'agrégation : crOn ne peut pas dire absolument que les êtres sensibles se fassent d'éléments insensibles, mais plutôt qu'ils se font des choses qui, bien quelles ne sentent pas effectivement y contiennent néanmoins le principe du sentiment, de même que les principes du feu sont contenus et cachés dans les veines du caillou. ^

Nous avons déjà vu, dans ce sens, que notre philosophe accorde une sorte de sensibilité aux minéraux.

Néanmoins le problème n'est pas résolu, Gassendi l'avoue luimême (^l Et il s'aperçoit bien que ce n'est pas spécialement cette transformation-là qui est inintelligible d'après les principes qu'il a adoptés, mais toute autre dans laquelle le composé se trouvera pourvu d'une détermination que n'avait pas le composant.

C'est ainsi que les qualités qu'acquièrent les choses inanimées et les plantes, par exemple ((rpar quel progrès les fruits des arbres deviennent-ils doux ? ^) , lui paraissent aussi mystérieuses que la production du sentiment par les atomes insensibles du corps vivant.

Lange ^^\ qui en fait la remarque, indique la raison de cet embarras : c'est que les atomistes n'accordent aucune attention à ta combinaison, où les péripatéticiens plaçaient le secret même de la forme y c'est-à-dire Y essence de l'être et de ses fonctions. La division particulaire leur permet pourtant, bien mieux que la matière conti-

^'^ OEumtê, Il , p. 34&. puiaqae c'est ase chose, ou je me trompe

^'^ lUd., Il, p. 347. crli faut avouer fort, qui surpasse Tesprit humain. 9» Il më-

qu*il n'y a pas lieu cl*espérer que ceci connaît doncle pouvoir des combinaisons.

puisse nous devenir sensible et manifeste, ^'^ Hùt. in mater. , I, 9&0.

h^O LIVRE IV, CHAPITRE I.

nue, (le concevoir un plan gradué de Tunivers fondé sur la progression des formes, puisque iagrégat est la forme la plus înlellîgîble de la combinaison.

La chimie d'aujourd'lmi est revenue à cette conception , en fondant ensemble Tatomisme ej. le formalisme, et le système des 9tne$ périodiques en est Texpression provisoire.

Au reste, Gassendi n'a point poussé Tapplication du système jusquà Tâme humaine, ou du moins jusqu'à la raison (^) : il rapporte celle-ci à une âme immortelle qui habite le corps et le fait participer, dans une certaine mesure, à l'exercice de la pensée.

A en croire M. Pillon , cette inconséquence romprait Tunité de la doctrine et lui enlèverait toute valeur en tant qu'explication naturaliste. Nous en jugeons autrement : la spiritualité de Tânie n'esl point du même ordre que la conception de Dieu; elle na aucune utililé théorique dans la conception de Gassendi; elle ne modifie en rien son interprétation de l'univers. C'est une simple concession — vraisemblablement sincère — à une religion qui fournissait au système son principe. Averroès et, avant lui, Aristote avaient donné l'exemple d'une contradiction de ce genre, si l'on veut que ceci en soit une. On peut la justifier d'un mot : Dieu étant admis, il faut que Thomme puisse le connaître, et une pareille connaissance ne peut être le fait d'un simple agrégat d'atomes; de là la raison de l'âme immortelle.

IV. Tel est l'alomisme de Gassendi, et il ne mérite sûrement pas le dédain ni l'oubli où il est tombé.

Les plus récentes publications ne lui rendent pas encore son véritable rang.

M. Pillon n'en a compris ni le sens ni la portée ^^^; on peut

'*) Cesi ia position même «rAverroès. \ye\\ près aulaiit, el là il ne fait aucune

^'' Il Y consacre une demi-page dans allusion au dynamisme de Gassendi, que

une exposition où Lncr^ce occupe six signaient cependant toutes le» oUmIps de

feuillets doubles et M. Charles Lemaire à seconde main.

L'ATOMISME THÉOLOGIQUE AU XVll* SlÈGf^ EN FRANCE. /iil

adirmer quii ne le connaît que de seconde ou troisième main, par un article de dictionnaire.

M. Félix Thomas, qui a consacré à Gassendi tout un volume bien étudié et bien documenté, n'a pas su dégager Fesprit véritable de sa philosophie. Il ignore manifestement les autres atomistes et ne 8 avise pas que la comparaison est le seul moyen de mesurer l'originalité et la valeur du penseur qu'on étudie. Il paraît croire que c'est Epicure qui a inventé l'atomisme, et admettre qu'il n'y a d'atomistes ni avant ni après Gassendi au xvu* siècle. La filiation de pensée qui relie la Manadologie au Syntagma lui échappe, aussi bien que les rapprochements qui s'imposent entre la conception par Gassendi d'une loi unique, réglant toutes les combinaisons matérielles depuis le premier moment de la création, et les hypothèses de la chimie contemporaine.

Lange seul a pénétré la signiGcation profonde de cette doctrine ; malheureusement, il est, sur ce point comme sur la plupart des autres, mal instruit et peu renseigné, et l'on ne peut attendre de lui qu'une idée juste et ingénieuse jetée au passage.

Après l'exposition qui précède, il nous semble facile de porter une conclusion.

Malgré l'introduction de Dieu, — et celle de l'âme immortelle, qui en est le corollaire obligé, — le système de Gassendi est bien un alomisme, je veux dire un essai d'explication qui repose sur la nature particulaire de la substance et sur l'indépendance de chacune des unités composantes. L'addition du théisme n'a ici pour but que de donner au mouvement matériel la loi qui lui manquait jusqu'alors; et cette interprétation se justifie par le rôle particulier que joue le Dieu de Gassendi dans l'univers. Dieu n'est pas présenté comme une volonté arbitraire et sans cesse agissante dont l'action échapperait aux exigences de notre raison, ainsi qu'il apparaît chez les Motecallemin ; il n'intervient qu'une fois dans la constitution de réti*e, et c'est pour le constituer défi-

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iiitivenieiit avec les lois qui régleront à jamais son développement ultérieur.

Gela revient donc à dire que les atomes portent en eux la raison de toutes les combinaisons où ils pourront jamais entrer.

S'il faut maintenant qualifier cette variété datomisme, dironsnous, avec M. Thomas, que nce nest plus un mécanisme, mais un dynamisme véritable i?? Nous n'en conviendrons pas sans quelques réserves.

Oui, le système de Gassendi est un dynanisme, en ce sens qoe chaque atome contient en lui-même le principe de son mouvement et ne se contente pas d'en être le véhicule inerte et indifférent, comme le veut Descartes. Mais, dans ce sens, il s*oppose au mécanisme cartésien y non au mécanisme atomistique de Démocrite, qui, lui aussi, place le centre de la force dans l'atome raème et le proportionne k sa masse; aucun atomiste n'a jamais admis que les particules matérielles fussent des «r éléments géométriques ii transmettant simplement un mouvement reçu.

Ge n'est pas là ce qui constitue essentiellement le mécanisme comme nous devons l'entendre ici : c'est la liaison réglée^ prévigible, nécessaire de tous les mouvements qui se produisent dans cet ensemble de forces; c'est la réduction de tous ces mouvements à une loi immanente, initiale, essentielle, dont les formes variées de l'évolution ne sont que les lointaines applications.

En ce sens, Gassendi est-il mécaniste? Il Test si bien, qu'on peut soutenir qu'il fut le premier à l'être non seulement sur tous les modernes, mais même sur tous les anciens (*). G'est lui qui a imaginé de ramener la finalité à n'être qu une conséquence de la loi primordiale, et qui a ainsi trouvé le moyen de concilier la téléologie et le déterminisme. Descartes et Leibniz lui doivent tous deux quelque chose, mais sa conception domine leurs deux systèmes, dont elle réunit toutes les raisons d'être et tous les avantages.

^'^ J'A'arle Pylhagoro, dont la doctrine n'a pas une signincalion physique bien certaine el n a pas pour but dVxpiiqner IVvolution des formes passogères de la naturr.

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