III. Les GartIsiens
1. Descaries avait deux bonnes raisons pour repousser latomisme, qu'il connaissait non seulement par Démocrite, mais par Gassendi.
D'abord il réduisait l'essence de la matière à la seule étendue; ensuite, et comme conséquence de cette définition, il tenait pour la division à l'infini de la substance matérielle.
(rLa nature du corps pris en général, écrit-il (^\ ne consiste point en ce qu'il est une chose dure ou pesante,.... (l'allusion à l'atomisme est évidente), mais seulement en ce qu'il est une substance étendue en longueur, largeur et profondeur, -n 11 insiste même sur la dureté ou solidité dans laquelle les atomistes font résider Tètre de l'élément : tr Nous n'en connaissons aucune chose par le moyen de lattouchement, sinon que les parties des corps durs résistent au mouvement de nos mains lorsqu'elles les rencontrent; mais si, toutes les fois que nous portons nos mains vers quelque part, les corps qui sont en cet endroit se retiraient aussi vite comme elles en approchent, il est certain que nous ne sentirions jamais de dureté, et néanmoins nous n'avons aucune raison qui nous puisse faire croire que les corps qui se retireraient de cette sorte perdissent pour cela ce qui les fait corps. D'où il suit que leur nature ne consiste pas en la dureté que nous sentons quelquefois à leur occasion, ni aussi en la pesanteur (^'. t)
Ceci, également, parait viser Gassendi et la (t sensibilité i) quil accorde à l'atome en même temps que la force (^) : cr Lorsque quel-
^'^ Princip, de la phii, II, h (ëdilion premièrement la^duret^. . . la pesan^
iiHia de 1706, p. 78). tear. . . la cotileor. . . la chaleur. . .,
^') Voir Prineip, > Il , 1 1 : irSi , pour dous trouverons que la véritable idée que
mieux discerner la vërilable idée que nous nous en avons consiste en cela seul que
avons des corps, nous prenons une pierre nous apercevons distinctement fu'elie ett
et en ôtons tout ce que nous saurons ue une Muhêtanee àendue, . . 9» (p. 81). point appartenir k la nature de ce corps: ^'^ Prineip, ^ II * 9 (p- 79i méoie ëdil.).
liU UVRE IV, CHAPITRE I.
que&-uiis distinguent ia substance d^avec l*extension et la grandeur, ou ils n entendent rien par le mot de substance, ou iU forment seitlenieiit en leur espiil une idée confuse de la substance immatéi'ielle quib attribuent à la substance matérielle, y^
De là suit (t qu'il ny a point de vide au sens que les philosophes prennent ce mot, à sçavoir pour un espace oîi il n'y a point de substance; il est évident qu il n y a point d'espace en l'univers qui soit tel, pour ce que l'extension de l'espace ou du lieo intérieur n'est point différente de l'extension du corps (^).d
Il s'ensuit aussi que les corps, n'étant qu'étendus, sont divisibles à rinfmi , comme l'espace géométrique dont ils occupent une partie, et, par conséquent, que la conception atomistique est chimérique: (tII est très aisé à connaître'^) qu'il ne peut y avoir des atomes ou des parties de corps qui soient indivisibles, ainsi que quelques philosophes ont imaginé. D'autant que, si petites qu'on suppose ces parties, néanmoins pour ce qu'il faut qu'elles soient étendues, nous concevons qu*il n'y en a pas une d'entre elles qui ne puisse être encore divisée en deux ou plus grand nombre d'autres plus petites, d'où elle suit qu'elle est divisible ... Et quand même nous supposerions (^) que Dieu eût réduit quelque partie de la matière à une petitesse si extrême qu'elle ne put être divisée en d'autres plus petites, nous ne pourrions conclure pour cela qu'elle serait indivisible, pour ce que, quand (même) Dieu aurait rendu cette partie si petite qu'il ne serait pas au pouvoir d'aucune créature de la diviser, il n'a pu se priver soi-même du pouvoir qu'il avait de la diviser. .• i»
Gela n'empêche pas Descartes d'adopter une sorte de mécanisme qui, si l'on fait abstraction de la notion de force, se rapproche assez de celui de Gassendi; mais l'opposition est dans la nature du principe matériel, où Gassendi voit une ({uantitc discontinue, tan-
^'^ Princip,f 11, 16 (p. 86). Tatoinisme tliëologique exprime sous le
^'' Ibid,, |[, tii» (p. 90-99). nom de solidùé et qui n'implique que
^^ (isbl lii, nu fond, te postulat que Findivisibilité (/eyaiV.