‹ Histoire de la philosophie atomistiqueChapitre 47 sur 64 · UATOMISME THÉOLOGIQUE AU XVU* SIÈCLE EN FRANCE · texte numérisé non relu

UATOMISME THÉOLOGIQUE AU XVU* SIÈCLE EN FRANCE

(lis que Descartes y voit une quantité continue. Quelles que soient les ressemblances d'autre part, il n'en faut pas plus pour constituer un antagonisme, qui semble irréductible, entre le système atomistique et le système cartésien, et Ton ne peut s'empêcher de trouver excessif que M. Lasswitz consacre quatre-vingts pages à Descartes dans l'histoire de l'Ecole corpusculaire ^^J.

II. Les disciples de Descartes n'ont pourtant pas tous admis cette incompatibilité.

L'un d'eux, — et non des moindres, — GordemoyW, avait rompu avec le maître sur la question de la matière et s'était fait résolument atomiste. Voici comment Leibniz raconte cette conversion (^) : crS'il n'y avait pas de véritables unités substantielles (dans la masse de matière, quelque organisée qu'elle puisse être), il n'y aurait rien de substantiel ni de réel dans la collection . . . C'était ce qui avait forcé M. Gordemoy à abandonner Descartes, en embrassant la doctrine des atomes de Démocrite pour trouver une véritable unité.?)

La lecture, un peu lente et pénible, du Discernement du corps et de l'dme^'^^ nous permet de commenter ce jugement. Il appert en effet que, d'après Gordemoy, (rla divisibilité suppose la composition; que toute substance est unité, que substantialité et divisibilité sont termes qui s'exduent?). Il ne faut pas confondre les tr corps 11, qui sont des substances étendues, avec la «r matière^, qui est un agrégé de ces substances. Chaque corps pris en soi n'est qu'une même substance; il n'est pas composé, donc il n'est pas divisible.

Cordemoy, d'ailleurs, entend bien rester 'cartésien en métaphysique. Il apporte môme, dans la conception des atomes, les principes de son maître. Ainsi ses atomes sont passifs y comme les

^'^ Gesch.derAtom.y II, 55-i â6. L'étude ^'^ Syttème noweaudeta na/acrf (1 698 ,

n'en est pas moins curieuse et nouvelle. Erdmann , p. s a6 ).

*'' Giraud de Cordemoy, ne en 1690, ^^^ Paris, 1666. (Jai la seconde ëdi-

mort en i68â. tion, in-&% 170&.)

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s'accommode, en somme, mieux de Fatomisme que de Tidéaiisme rationnel.

La critique de l'idée d'étendue par Pascal, Malebranche, Arnaud et Nicole (*' tend au même résultat. L'étendue leur apparaît comme essentiellement relative (^) : la conclusion qui s'impose à bref délai, c'est qu'on ne peut la considérer comme une propriété objective et inhérente aux objets, qu'elle n'a pas d'existence eu dehors de l'esprit. Berkeley y arrive bientôt W et, vers le même moment, Leibniz montre qu'tr outre l'étendue, il faut avoir un sujet étendu, c'est-à-dire une substance à laquelle il appartienne d'être étendue et continuées.

On entrevoit que le règ^ne du cartésianisme sera court et que, Newton et Leibniz aidant, l'atomisme va reprendre faveur dans la science et triompher au xvui* siècle.

^*^ Voir Pillon, op. cit., p. gi.

^'^ (rQui assure que ces verres, en grossissant tes objets, en auront change la grandeur vëritable?» (Pascal, Esprit géométriq. ) — «rSi nous avions les yeux laits comme des microscopes . . . n ( Male-

branche, Reeh, de la vérité, 1,6.) — irNos yeux sont des lunettes et nous ne savons pas. . . (Port-Royal, Logiq., IV, ch. i.) Partout, la relativité de retendue.

t') Voir le premier Entret. d^UyloM et PhihMm.

^28 IJVRE IV, CHAPITRE H.

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